Trois ans après avoir raccroché les crampons, Souleymane Diawara, l’ancien défenseur des Girondins et de l’OM, est désormais actionnaire du GS Consolat, le club emblématique des quartiers Nord de Marseille. Dans cet entretien accordé au Parisien, il regrette de n’avoir pas participé au Mondial avec le Sénégal.

Le Sénégal retrouvera cet été la Coupe du monde pour la première fois depuis 2002. Malgré 48 sélections, vous n’avez jamais eu l’occasion de la disputer…

C’est le seul regret de ma carrière. D’autant plus qu’on avait l’équipe pour y aller. Mais à chaque fois, il y a eu un petit détail qui a fait qu’on échouait en qualif. Je suis encore leurs résultats aujourd’hui. Je ne sais pas s’ils pourront rééditer l’exploit de 2002 (NDLR : élimination en quarts de finale), mais la nouvelle génération a du talent. On ira peut-être voir quelques matchs en Russie avec Mamad.

Vous avez ressurgi cet automne dans le football avec l’équipe de Consolat, en National. Quel est votre objectif ?

C’est un projet sur lequel on a réfléchi pendant deux ans avec Mamad (NDLR : Mamadou Niang). On l’a vraiment étudié, on a pesé le pour et le contre. Et finalement on s’est lancés en octobre. Mamad est entraîneur adjoint, moi je suis actionnaire. L’ambition à long terme est de développer un deuxième club professionnel à Marseille après l’OM. On aimerait construire un stade, déjà, et bâtir un centre de formation, pour faire grandir Consolat. Ce n’est pas un coup de tête, ce n’est pas juste pour mettre nos noms sur un bout de papier. On a des idées.

Y a-t-il vraiment la place pour un deuxième club pro à Marseille ?

Attention, l’OM reste l’OM, jamais on n’aura l’ambition de le dépasser. Mais dans tous les autres pays, en Italie, en Angleterre, en Espagne, on arrive à avoir deux équipes dans la même ville. Ça se fait partout, sauf en France, même si maintenant il y a le Paris FC en Ligue 2… Pourquoi on ne réussirait pas à Marseille ? Vu l’importance du foot dans cette ville, je pense qu’il y a moyen.

Mamadou Niang a fait le choix du banc. Le staff technique, ce n’était pas pour vous ?
(Sûr de lui.) Pas du tout ! Mais alors pas du tout ! La pelouse ne me manque pas. C’est la différence entre Mamad et moi : lui est vraiment passionné par le jeu. Quand tu vas chez lui, il est toujours en train de regarder un match, un championnat étranger, en Colombie, en Argentine, au Chili… Moi, je n’ai jamais été comme ça. C’est pour ça qu’on fait une belle paire.

Vous avez achevé votre carrière en 2015, à Nice, à 36 ans. Vous n’avez pas eu l’opportunité de poursuivre ailleurs ?
Si, si, j’ai eu des opportunités, mais après mon histoire (NDLR : il a été incarcéré près de trois mois dans une affaire d’extorsion pour laquelle il comparaîtra en correctionnelle), je n’avais plus l’envie, plus la tête au foot, je me suis renfermé… J’avais été contacté par trois ou quatre clubs de L 1, et à peu près toute la L 2. Mais ça ne m’intéressait plus.

Donc le milieu du football ne vous avait pas claqué la porte au nez ?
Non, pas du tout. Moi le premier, je pensais que mon image allait être salie, mais j’ai reçu des messages de soutien de nombreux clubs et dirigeants. Je pensais aussi que certaines personnes seraient à mes côtés, et finalement elles n’étaient pas là… Disons que c’est du 50/50. Le foot est un monde de bâtards, mais il y a aussi des gens bien.

Cette expérience vous aide-t-elle quand vous conseillez des jeunes ?
Je ne suis pas un condé (NDLR : un policier), hein ! Mais je leur dis d’être prudents. Aujourd’hui, tout va deux fois plus vite avec les réseaux sociaux. Nous, il n’y avait pas tout ça. Il y avait les journalistes, oui, mais ils sortaient avec moi, donc ils ne pouvaient rien dire (rires).

Vous avez évolué 17 saisons en pro. Quel est votre meilleur souvenir ?
Le jour où j’ai rapporté mon premier contrat professionnel à mes parents, au Havre. Incontestablement.

Que pensez-vous du nouveau projet à L’OM ?
C’est intéressant, maintenant il faudra voir les résultats. C’est bien beau de parler de Champions Project et compagnie, mais derrière il faut du concret. Pour l’instant, ça me semble sérieux, et bien parti. Je pense qu’ils peuvent créer la surprise, je l’ai toujours dit.

Et le coach Rudi Garcia ?
Je n’ai jamais travaillé avec lui. Depuis Le Mans, il a vraiment fait du bon boulot dans chaque club où il est passé et il a la carrure pour Marseille. Il lui fallait un temps d’adaptation. Les résultats sont là. Le terrain ne triche pas.

Ça vous aurait plu, de disputer des clasicos contre Neymar ou Di Maria ?
Qui n’aimerait pas ? Quand tu joues, c’est pour affronter des grosses machines, des grosses écuries. J’aurais vraiment kiffé, oui. Si tu as peur des gros matchs, il faut arrêter le football.

Que pensez-vous du débat autour de la protection des joueurs comme Neymar, justement ?
Protégé, mais protégé de quoi ? En France, les défenseurs jouent physique, c’est comme ça. Alors papa, si en plus tu commences à le narguer, il va mettre le pied, il va être plus agressif sur toi, c’est certain. En gros, Neymar, il ne faudrait pas le toucher ? C’est bon… (il soupire).

Vous aviez la réputation d’être un défenseur rugueux. Ça pouvait servir pour intimider l’adversaire ?
Je pense, oui. Je me souviens d’une interview de Flo (NDLR : Florian Thauvin) au moment de sa signature à Marseille, dans laquelle il disait qu’il flippait quand il me voyait, parce que j’étais dur sur l’homme. Dédé Gignac me disait ça aussi. A l’époque, je ne voulais pas de chaussures fluos, comme les autres. Si l’attaquant te voit avec ça, il n’a pas peur. Moi, il fallait qu’elles soient noires, et sales, très sales. Je montrais aussi mes crampons de 18 à l’attaquant quand je pouvais. Il devait comprendre à qui il avait affaire.

Bio Express

Souleymane Diawara Né le 24 décembre 1978 à Gabou (Sénégal)

Clubs successifs : Le Havre, Sochaux, Charlton, Bordeaux, Marseille, Nice.

Sélections : 48 avec le Sénégal (zéro but)

Campagnes (4 Can) : 2004, 2006, 2008 et 2012