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RÉGALE-TOI, SÉNÉGAL

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Après ses deux victoires d’affilée face à l’Afrique du Sud, le Sénégal s’est enfin décidé à donner une suite à l’épopée du Mondial 2002. Et après seize années de diète, c’est peu dire que les Lions de la Téranga ont une dalle terrible.

Aliou Cissé peut faire tomber ses grosses lunettes et s’effondrer en larmes sur la pelouse du Peter Mokaba Stadium. Vendredi dernier, son équipe n’a pas été flamboyante dans le jeu, mais qu’importe : le but de Diafra Sakho et le c.s.c. gaguesque de Thamsanqa Mkhize ont suffi pour décrocher un ticket pour la Russie, où lui et les siens vivront le deuxième Mondial de leur histoire. Une qualification acquise au terme d’une phase de groupes – aux côtés de l’Afrique du Sud, du Burkina Faso et du Cap-Vert – dont les Sénégalais sont sortis invaincus, bien qu’accrochés à l’aller comme au retour par les Étalons (0-0 puis 2-2). Mais l’histoire aurait pu être bien plus complexe sans l’imbroglio du match en Afrique du Sud.

Le 12 novembre 2016 à Polokwane, les Bafana Bafana s’étaient imposés 2-1 à la faveur d’un penalty sifflé pour une main imaginaire. Quelques mois plus tard, la FIFA a pris la décision de faire rejouer le match et de suspendre à vie l’arbitre ghanéen de la rencontre, Joseph Lamptey, pour « manipulation de match » sans que l’enquête ne puisse définir si celle-ci avait été commanditée. « Quelque part, on nous a rendu justice » , se réjouissait alors Augustin Senghor, président de la Fédération sénégalaise, au micro de RFI avant de reconnaître qu’il fallait encore savoir saisir cette seconde chance. Chose faite un an plus tard au même endroit, où le Sénégal a décroché vendredi dernier son précieux sésame, s’offrant le luxe de le valider définitivement dans une ambiance de fête nationale ce mardi à Dakar lors du match retour face à ces mêmes Sud-Africains, grâce à un but de Kara Mbodji au bout du temps additionnel.

Seize ans de sécheresse

Une liesse que n’avait plus connue le Sénégal depuis une certaine année 2002 et le temps de Papa Bouba Diop, Ferdinand Coly ets El-Hadji Diouf. En Corée du Sud et au Japon, les Lions de la Téranga et leur « Sorcier blanc » Bruno Metsu avaient fait une entrée fracassante en infligeant à la France l’une des défaites les plus marquantes de son histoire et en atteignant les quarts de finale. Seize ans plus tard, le Sénégal a soif de ce genre de moments. Seize années où le frisson a laissé place à la déception. Les portes des Mondiaux se fermant les unes après les autres, alors que le premier tour de la CAN est resté un plafond sur lequel la génération Mamadou Niang s’est cognée de 2008 jusqu’à cette année. Des limites que s’emploie à exploser la génération Mané. Car malgré les déconvenues, le CV des joueurs sénégalais s’est depuis étoffé.

En 2002, la sélection était composée à 90% de joueurs évoluant dans le championnat de France. Aujourd’hui, la donne est différente. Les cadres sont installés dans de solides équipes européennes, comme Kalidou Koulibaly (Napoli), Cheikhou Kouyaté (West Ham), Idrissa Gueye (Everton) et encadrent de grands espoirs comme Keita Baldé, Ismaïla Sarr ou M’Baye Niang. Enfin, le Sénégal a dans sa manche l’as Sadio Mané qui, malgré ses blessures récurrentes, peut devenir l’atout numéro un du Sénégal. « C’est un garçon brut. Il ne faut pas oublier qu’il est encore jeune » , expliquait son sélectionneur Aliou Cissé il y a quelques mois. « Aujourd’hui, je pense qu’il est encore un peu fragile, un peu tendre pour porter l’équipe nationale comme tout le monde le dit. C’est à nous de l’aider, à ses coéquipiers de lui faciliter la tâche pour qu’il puisse justement à un moment donné porter cette équipe nationale comme Jules-François Bocandé ou El-Hadji Diouf l’avaient fait. » Cela n’a rien d’un hasard : pour marcher dans les traces des anciens, c’est logiquement trois anciens « mondialistes » , Aliou Cissé assisté de Lamine Diatta et Tony Silva, qui ont été mis en place sur le banc.

Aliou Cissé, la marque du « gaïndé »

Voilà trente mois que le mécano Aliou Cissé a les mains dans le cambouis pour redémarrer une machine sénégalaise qui avait calé lors de la CAN 2015. C’est pour remettre le Sénégal au rang des nations africaines influentes, que la fédé a choisi l’ancien capitaine de Bruno Metsu. Un sélectionneur jeune, charismatique et donc capable de fédérer un groupe autour de lui. Ex-adjoint de l’équipe olympique à Londres, il donne le pouvoir à la génération de Sadio Mané, Idrissa Gueye et Moussa Konaté, au détriment de Papiss Cissé ou Demba Ba, et fait de Cheikhou Kouyaté son capitaine. Après des débuts timorés, les Lions confirment lors de la CAN 2017 qu’ils ont retrouvé leur mordant, terminant en tête de leur groupe devant la Tunisie et l’Algérie et butant sur le futur lauréat camerounais en quarts.

Mais la qualité du jeu proposé, ajoutée à la frustration des joueurs écartés, ne permettent pas aux doutes de se dissiper complètement autour d’Aliou Cissé. Pourtant, l’ancien joueur du PSG sait rester droit face à la critique, lui qui avait déjà été bien secoué brassard au bras avant et après le Mondial 2002. « C’est vrai que par moment, on manque de maîtrise collective et là-dessus on devrait progresser, (…) mais la difficulté en équipe nationale, c’est de mettre en place un collectif huilé » , expliquait l’ancien défenseur parisien au média sénégalais Galsenfoot.com. « On a eu le courage d’apporter des ruptures, se passer d’autres joueurs qui n’entraient pas dans notre philosophie. (…)Maintenant beaucoup de gens parlent, mais ne savent pas ce qui se passe à l’intérieur de ce groupe-là. Avant de parler du futur et du présent, il faut d’abord savoir ce qu’il s’est passé. Depuis que j’ai pris l’équipe en 2015, beaucoup de choses se sont passées, on a fait du chemin. » Un chemin qui se prolongera jusqu’à la Russie et que la France aurait bonne idée de ne pas croiser. Histoire de s’éviter quelques fantômes.