L’attaquant sénégalais de Rennes, auteur de plusieurs écarts il y a quelques années, espère marquer son club par des coups d’éclat sur le terrain.

Entre l’entraînement, les soins et la séance photo de famille au Roazhon Park, Mbaye Niang s’est arrêté quelques instants, lundi dernier. L’international sénégalais (23 ans), buteur face à la Pologne (2-1) lors de la dernière Coupe du monde, est revenu sur sa trajectoire et son image parfois égratignée. Son talent l’avait emmené à l’AC Milan, où il s’est parfois illustré. L’attaquant a été prêté quatre fois pour gagner du temps de jeu (Montpellier, Genoa, Watford et Torino), et est arrivé à Rennes, son septième club, en fin de mercato, en prêt du Torino.

«Le Torino vous a prêté avec option d’achat en fin de mercato. Pourquoi Rennes ? 
Il y avait Leganés et d’autres propositions, notamment Galatasaray, qui a insisté aussi jusqu’au dernier jour. J’avais une idée en tête pour pouvoir me relancer, et j’ai voulu suivre cette logique de revenir dans un Championnat que je connais et dans une équipe rodée qui a bien marché la saison passée. J’arrive sur la pointe des pieds pour faire parler de moi sur le terrain et m’inscrire dans la durée.

Votre saison passée au Torino, où vous retrouviez le coach Sinisa Mihajlovic, que vous aviez connu à l’AC Milan, n’a pas été assez réussie (4 buts) ? 
J’ai eu des hauts et des bas. Après un départ difficile, j’ai été très bon de novembre jusqu’à mars. C’est ensuite redevenu plus difficile. J’avais besoin de retrouver le sourire et la joie de jouer.

Quelle image pensez-vous avoir en Italie et en France ? 
J’ai évolué plusieurs années en Italie, j’ai fait ce que j’avais à faire dans un grand club (AC Milan), j’ai aussi démontré dans des grands matches que je savais répondre présent. Si certains se disent qu’après Milan je redescends d’un cran à Rennes, je ne suis pas d’accord. Je ne viens pas me relancer dans un petit club, mais dans un club qui peut nourrir de belles ambitions.

En France, on a d’abord l’image du phénomène de précocité : premier match et premier but en L1 à seize ans à Caen en 2011… Puis le grand saut à l’AC Milan à dix-sept ans. La notoriété, le statut qui change, la pression qui va avec… 
La pression, non, c’était plus de l’excitation. Quand j’avais seize ans, je rentrais sur le terrain en me disant divertis-toi, kiffe. C’est pour ça que je réussissais à faire des choses pas mal. J’étais insouciant. Après, les gens commencent à te connaître, donc, tu ne peux plus réellement faire comme ça.

Qui a particulièrement compté dans votre évolution ? 
À Caen, Franck Dumas et Pape Fall (son adjoint)ont toujours cru en moi, ils m’ont beaucoup aidé. À treize ans, Dumas m’a appelé pour m’entraîner avec les pros. Je n’y croyais pas et j’ai mis trois buts. De là, il m’a dit : “Quand tu auras quatorze, quinze ans, tu viendras t’entraîner avec nous deux fois par semaine.” Et, un jour, à seize ans, quand j’étais au centre, ils venaient de perdre un match, on était relégables. Je lui écris une lettre et je lui dis : “Si tu as envie de te sauver, il faut que tu me fasses jouer.” Il m’a pris pour un fou (sourire). Une semaine après, il me convoque à l’entraînement et me fait entrer pour la première fois en L1, contre Toulouse (1-1, le 24 avril 2011)

«Depuis quelques années, vous n’avez plus rien entendu de négatif, d’extrasportif sur moi, donc, c’est que j’ai compris»

Dans un grand écart comme celui de Caen à Milan, c’est inévitable d’avoir la tête qui tourne ? 
Oui, c’est logique. J’arrive dans un club avec de très grands joueurs, c’est compliqué. Mais c’est bien cadré, et on t’aide. Il y avait Mexès, Ambrosini, Robinho, (Kevin-Prince) Boateng aussi, et puis les cadres comme Abbiati. Avec des gens comme ça, tu surmontes un peu plus facilement les moments de turbulence.

Vous avez aussi connu quelques écarts (*)… Avec le recul, que vous dites-vous ? 
Ça peut paraître un peu fou, mais je me dis tant mieux si j’ai fait ces bêtises à ce moment-là, pour que je puisse aujourd’hui devenir un père de famille posé, avec une femme et un enfant. Ça m’a aidé à grandir.

Avez-vous joué avec votre carrière ? 
Oui, quand on voit ce que j’ai pu faire, mais ça appartient au passé. L’important, c’est d’avoir pris conscience que ce n’était pas des choses à faire. Aujourd’hui, je regarde vers l’avant, je pense différemment.

Montpellier (janvier-mai 2014), ça fait partie des souvenirs contrastés ? 
Ça s’était très bien passé sportivement (4 buts, 2 passes décisives), comme au Genoa (janvier-mai 2015), à part l’écart que j’ai pu avoir. Mais les gens se souviennent du négatif. À moi d’apprendre de ça. Je pense que, depuis quelques années, vous n’avez plus rien entendu de négatif, d’extrasportif sur moi, donc, c’est que j’ai compris.

La Ferrari, c’est fini ? 
Non, mais elle reste cachée, maintenant (sourire)

(*) Entre deux matches de barrages qualificatifs pour l’Euro 2013, face à la Norvège (1-0 ; 3-5), dans la nuit du 13 au 14 octobre 2012, il avait quitté Le Havre pour une boîte de nuit parisienne avec Yann M’vila, Chris Mavinga, Antoine Griezmann et Wissam Ben Yedder. Puis il avait été condamné en février 2014 à dix-huit mois de prison avec sursis et 700 euros d’amende après un accident au volant d’une Ferrari à Montpellier avec délit de fuite, blessures involontaires, mise en danger et conduite sans permis ; il avait connu un accident de la route en février 2016 en Italie.