A chaque fois que la sélection sénégalaise de football se qualifie, elle est bizarrement étiquetée favorite pour le sacre final. Un véritable paradoxe eu égard à son palmarès encore vierge.

Une anomalie que tente d’expliquer le journaliste Babacar Khalifa Ndiaye dans son livre : « Le Sénégal à la Can de football : Pourquoi les Lions n’y arrivent toujours pas ? » Il était invité à s’exprimer sur le thème : « Le Sénégal et la Can : Atouts et écueils » des rendez-vous de l’Association nationale de la presse sportive (Anps) tenus samedi dernier à la Maison de la presse.

Les rendez-vous de l’Association nationale de la presse sénégalaise (Anps) sont des rencontres périodiques qui font intervenir l’ensemble des acteurs ou décideurs du sport en général sur des sujets de l’heure. Naturellement, la prochaine coupe d’Afrique des nations, prévue en Egypte du 21 juin au 19 juillet prochains, a occupé l’ensemble des débats. Non pas sur la liste définitive du sélectionneur, mais sous l’angle des échecs répétés qui ont jalonné le parcours des Lions dans cette compétition. Quoi donc mieux que le journaliste Babacar Khalifa Ndiaye, auteur du livre : « Le Sénégal à la Can de foot : Pourquoi les Lions n’y arrivent toujours pas ? », publié récemment aux Editions Papyrus Afrique, pour traiter le sujet.

Introduisant le thème central : « Le Sénégal et la Can : Atouts et écueils », Mamadou Koumé, journaliste formateur au Cesti, de s’interroger : Es-ce que nous avons des joueurs capables de rivaliser avec les meilleurs depuis les éditions de 1986 à maintenant ? Es-ce que nous avons des entraîneurs assez outillés pour faire progresser nos joueurs ? Es-ce que nous avons cette culture de la gagne, ce mental à la hauteur de nos potentiels ? Des interrogations auxquelles Babacar Khalifa Ndiaye, fort de son expérience de plus de dix participations à une phase finale de Can, a tenu à apporter des éléments de réponse. S’appuyant sur le témoignage des joueurs, dirigeants sportifs, politiques ou administratifs qu’il a eus à côtoyer durant ces campagnes, Babacar Khalifa Ndiaye qualifie le parcours jusqu’ici des Lions en Can « d’anomalie et de paradoxe ».

C’est une anomalie car, « malgré le bon réservoir de joueurs dont dispose le Sénégal à chaque campagne, son palmarès reste encore vierge. Mais, bizarrement, à chaque fois qu’il se qualifie en phase finale, il est étiqueté favori » ; et ça, fait-il savoir, c’est un paradoxe. Cela n’explique certainement pas ces échecs répétés des « Lions », mais certains sont à mettre sur le compte de l’amateurisme des dirigeants, des choix tactiques douteux d’un entraîneur, des problèmes d’arbitrage ou tout simplement d’un manque d’expérience.

L’obstacle des pays organisateurs en match à élimination directe (1990, 2000, 2004, 2006) Comme en 1986 déjà au Caire, le Sénégal retrouve la compétition, 18 ans après sa dernière participation, mais se voit étrangement désigné favori. Il y avait de quoi, certes, avec un effectif des plus enviés. Mais, après deux victoires successives dont une mémorable infligée, d’entrée, au pays organisateur devant 120.000 spectateurs, le Sénégal, gagné par l’euphorie, a mal négocié sa troisième sortie perdue 1-0 devant la Côte d’Ivoire et se fait éliminer. Pis, à cette édition, les dirigeants fédéraux avaient montré une méprise totale du règlement de la compétition qui a consacré pour la première fois le goal-average particulier. Ce fut d’ailleurs le premier gros choc émotionnel de tout un pays, eu égard à l’engouement populaire qui a accompagné l’équipe d’alors.

Rebelote pour celles de 1990 en Algérie, 2000 au Nigeria, 2004 en Tunisie et 2006 en Egypte encore. Le dénominateur commun pour ces campagnes, c’est que le Sénégal s’est toujours fait sortir par le pays organisateur en phase à élimination directe. Et ce, parfois dans des conditions rocambolesques. Excepté en 1990 où le Sénégal a payé la mauvaise communication de son sélectionneur d’alors Claude Leroy qui estimait avoir atteint sa mission après avoir qualifié l’équipe en demi-finale, préférant différer ses ambitions à l’édition suivante en terre sénégalaise.

Une mauvaise stratégie qui a complètement démotivé les partenaires de Jules François Bocandé, finalement classés quatrièmes à l’issue du tournoi. Sinon, des faits de jeu ont souvent eu raison des « Lions » du Sénégal. D’abord, l’invasion du terrain après l’égalisation du Nigeria en quart de finale du tournoi qu’il organisait en 2000 avait sérieusement entamé le moral des partenaires de Khalilou Fadiga qui s’étaient finalement inclinés 2-1 après prolongations.
Ensuite, il y a eu ce fameux brouillard de Radès intervenu après le but marqué par le Tunisien Jahouar Mnari à la 65e et qui s’est dissipé juste après le match comme par enchantement. Ou enfin ce fameux pénalty non sifflé par l’arbitre camerounais Evehe Divine en demi-finale face à l’Egypte en 2006. Un pénalty oublié qui aurait permis au Sénégal d’égaliser à deux buts partout à moins de cinq minutes de la fin du temps réglementaire et de garder intactes ses chances d’accéder en finale.

L’édition de 1992, disputée à domicile, n’a pas non plus connu franc succès du fait d’une équipe vieillissante. Selon Babacar Khalifa Ndiaye qui rapporte son témoignage, Victor Diagne, l’un des plus jeunes joueurs de l’époque, a d’ailleurs « eu la bonne explication de ce qui s’est passé » en affirmant « qu’on a perdu cette Can parce que Claude Leroy a joué avec l’équipe du peuple et non avec son équipe ». Tout comme celle suivante qui a vu le Sénégal se qualifier à la faveur de la disqualification de l’Algérie. Cette génération dite « sacrifiée » était laissée à elle-même après le traumatisme subi à domicile 2 ans auparavant.

2002 : Le début d’une nouvelle ère

Néanmoins, 2002 marque le début d’une nouvelle ère, celle du renouveau et où le Sénégal a obtenu son meilleur résultat jusqu’ici avec cette place de vice-champion. Là, la bande à Omar Daff a épaté son monde, (re)conquis le cœur des supporters au point de créer un engouement jamais égalé. Mais la belle symphonie en terre malienne a finalement souri au Cameroun vainqueur à l’issue de la séance des tirs au but. Mais les petits démons refont surface à Tamale au Ghana en 2008 avec des histoires de clans des joueurs de la belle épopée malienne, en fin de carrière pour la plupart et qui avaient fini d’exaspérer le sélectionneur d’alors, Henry Kasperkzak. Ce dernier prend la décision d’abandonner le navire en pleine compétition.

La Can 2012 en Guinée Equatoriale, avait, elle, suscité beaucoup d’espoir chez les supporters sénégalais convaincus que cette édition sera la bonne. Le Sénégal débarque à Bata fort de son parcours quasi sans fautes en éliminatoires qui l’a vu barrer la route au Cameroun. Mais la compétition donne une autre tournure. L’équipe entraînée par Amara Traoré va connaître la plus grosse désillusion de son histoire avec trois défaites en trois matchs tous sur le même score 2-1. Une terrible désillusion.
Comment le Sénégal, donné favori avant la compétition, peut-il se retrouver dernier d’un groupe aussi abordable que la Zambie (future championne à la surprise générale), la Guinée Equatoriale (pays organisateur) et la Libye (en proie à une instabilité politique) ? Pour bon nombre d’observateurs, c’est le mystère, la grande inconnue. Même cas de figure trois ans plus tard dans ce même pays en 2015 où le Sénégal est éliminé au premier tour dans un groupe composé du Ghana, de l’Afrique du Sud et de l’Algérie. Sur cette campagne, les choix du sélectionneur d’alors Alain Giresse, qui, après une victoire probante sur le Ghana 2-1, avait décidé de changer presque la moitié de son équipe au deuxième match contre l’Afrique du Sud 1-1 avant de perdre le troisième 2-0 face à l’Algérie. Particulièrement décrié au pays, Giresse est démis de ses fonctions et remplacé par Aliou Cissé qui s’apprête à disputer sa deuxième campagne sur le banc des Lions. La première au Gabon n’avait pas non plus assouvi le désir de titre des supporters sénégalais, la faute à un mur quasi infranchissable camerounais en quart de finale que le Sénégal perdra finalement aux tirs au but.

Une énième désillusion qui, cette fois, n’en appelle pas au départ du coach. Bien au contraire, elle a renforcé l’union sacrée autour du jeune technicien convaincu que le Sénégal est sur la bonne voie pour enfin réaliser son rêve. Babacar Khalifa Ndiaye espère, cette fois, qu’on y arrive et qu’il y ait une suite à son livre comme ça on pourrait se demander : Comment et pourquoi les Lions y sont parvenus ?

RELATION PRESSE ET EQUIPE NATIONALE : La nécessité de concilier deux préoccupations 

Parlant des relations presse et équipe nationale, le journaliste Cheikh Tidiane Fall estime que « dans le football, l’exigence des relations presse-équipe nationale est plus forte, car il a une grande portée médiatique qui ne laisse personne indifférente, surtout quand il s’agit de l’équipe nationale ou des joueurs qui la composent ». Dans ce cadre, dit-il, « le processus de la relation avec la presse exige une attention particulière, car il peut avoir un impact sur l’équipe et ses performances si on n’arrive pas à concilier ces deux préoccupations : celle des journalistes sportifs qui veulent glaner le maximum d’informations relatives à la vie du groupe, la préparation et la participation de l’équipe nationale aux compétitions et celle de l’encadrement administratif et technique de l’équipe obligée de se prêter à cet objectif de relation presse-équipe nationale tout en voulant protéger le groupe et éviter qu’il soit perturbé. « D’où la nécessité de travailler dans un cadre précis », a proposé M. Fall.

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