Équipe Nationale – Le meneur de jeu: un faux débat?

    La légende du football sénégalais Yatma Diop, ancien joueur du Jaraaf de Dakar, disait entrevoir une faille dans le jeu de l’équipe nationale du Sénégal. ‘’Personne ne peut faire comme Louis Camara, Oumar Gueye Sène ou encore Khalilou Fadiga’’ disait-il dans une interview récemment. Bref, il pense, comme beaucoup de techniciens sénégalais, que l’équipe manque de meneur de jeu; que l’équipe manque d’un organisateur entre la ligne médiane et la surface de réparation adverse qui s’occupe de la gestion du jeu et du « link » entre la défense et l’attaque. Mais qu’en est-il vraiment de ce débat à propos du meneur de jeu ou « playmaker » comme le disent les anglais?

     

     Le numéro 10 : un poste révolu ?

    Le meneur de jeu à l’ancienne, appelé « Enganche » en Argentine, « Trequartista » en Italie ou encore « Meia-Armador » au Brésil a toujours été opposé au second type de meneur de jeu, plus en vue de nos jours, qui est le « Regista » (terme italien) ou en d’autres termes le « deep-lying playmaker ». Mais la grande différence entre ces deux postes est en réalité une différence d’étendue de fonctions. Mais la réalité est que l’évolution du football depuis les grandes années des meneurs de jeu comme Michel Platini, Zico, Socrates ou encore Zidane a fait que la mise en place d’un système de jeu tournant autour d’un 10 avancé est devenu risqué. En effet les vulnérabilités défensives des équipes employant ce dispositif se sont fait voir au cours des années, due notamment au travail défensif minimal qu’avait à faire le meneur de jeu, qui avait plutôt tendance à se focaliser sur l’organisation du jeu avec le ballon et sur les attaques de son équipe.

     

    Ce qui est souvent le cas dans l’évolution du football, les défenses se sont adaptées et rendent maintenant la tâche plus difficile pour le meneur de jeu axial, souvent avec des marquages serrés. Le numéro 10 dont les techniciens aiment parler et dont ils sont à la recherche, se fait de plus en plus rare. Même un club comme le Real Madrid joue maintenant en 4-3-3 avec la créativité venant surtout des latéraux et des ailiers. Pour les nostalgiques, des joueurs experts en la matière, il en reste encore, tel que Mesut Özil d’Arsenal ou encore James Rodriguez du Bayern, qui évoluent dans le même registre qu’un Zidane à son apogée, même s’il ne s’agit plus du même niveau de jeu. Aujourd’hui la créativité dans le football provient souvent des joueurs placés très bas au milieu, des attaquants excentrés qui pique dans l’axe, ou encore des latéraux à vocation offensive, rendant la tâche plus difficile pour le 10 classique de se faire une place dans un dispositif qui se veut efficace, s’il n’est de classe mondiale telle que de Bruyne, Özil ou James.

    L’évidence : L’équipe nationale du Sénégal est dans son temps

     

    En 2002, le Sénégal était dans son temps. Khalilou Fadiga évoluait comme meneur de jeu et était la plaque tournante de l’équipe. Aujourd’hui le football a changé. Ce n’est pas juste au Sénégal qu’on est à la recherche d’un meneur de jeu, mais également en France, en Angleterre et même en Italie. Cette recherche pourrait ne pas avoir lieu d’être puisqu’un des rôles principaux à avoir détrôné le 10 classique est celui du meneur de jeu défensif reculé appelé « Regista » en Italie. Andrea Pirlo est sans aucun doute le plus grand exposant de l’art dans le jeu moderne et a pu briller dans ce rôle au grand Milan AC des années 2001-2009 notamment grâce au travail de Gattuso et Ambrosini placés de part et d’autre devant lui, dans un milieu restreint.

    Avec le Sénégal, Aliou Cissé est un adepte du 4-3-3. Dans un dispositif pareil le milieu défensif dont on parle peut être un milieu récupérateur et destructeur, comme le coach des Lions lui-même l’a été ou peut être justement un Regista. Nous disons que le Sénégal est dans son temps car le Sénégal possède un pion essentiel capable d’assurer les deux rôles, comme il l’a démontré en Angleterre et en équipe nationale. Il s’agit de nul autre que : Idrissa Gana Gueye.

    L’importance et le rôle de Gana Gueye en équipe nationale ne peut pas être soulignée davantage. Il s’agit d’un joueur avec un pourcentage de passes réussies d’environ 90% depuis la saison derniére ainsi que le meilleur taux de tacles réussis en Premier League en 16/17 (135 tacles, en notant qu’il s’est absenté pour la CAN). Mais Gana est aussi le Regista de l’équipe nationale. Son travail sobre fait qu’il est difficile de s’en rendre compte. Il y avait donc peut-être du vrai dans les propos de Lucio Antunes, entraineur du Cap-Vert, quand il disait que Gana était « la clé ». De plus, avec l’industrie d’un Kouyaté et d’un Pape Alioune Ndiaye placé de part et d’autre d’IGG5, le milieu du Sénégal peut être redoutable. À l’image de Gana, Sadio Mané et Keita Baldé prouvent encore une fois que le Sénégal est dans son temps. Les nouveaux « meneurs de jeu » dans plusieurs grandes équipes du football moderne sont nul autre que les ailiers. On peut citer Cristiano Ronaldo, Lionel Messi, Gareth Bale, Neymar ou encore Eden Hazard. L’ailier de débordement à la Moussa Ndiaye ou Garrincha est révolu. Aujourd’hui les ailiers sont beaucoup plus amenés à piquer dans l’axe et à percuter. L’heure est donc aux « meneurs de jeu exilés » comme le disait Jean-Marc Furlan. Peut-être que ce n’est qu’une question de temps avant que ce trio de joueurs important de l’équipe nationale sorte leur plus grand jeu, pour qu’on retrouve un Sénégal qui gagne, un Sénégal d’une dimension international.

     

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