Désiré Sègbè et le meneur de Liverpool Sadio Mané ont noué une puissante amitié au Sénégal puis à Metz. Avant la finale de la Ligue des Champions, l’attaquant d’Epinal évoque « son frère ».

Déni Biram Ndao, petit village du Sénégal, dans les environs de Dakar. On est en 2010. L’attaquant Désiré Sègbè débarque à l’académie Génération Foot mais comprend vite que la communication sera difficile : il ne parle pas le wolof. Arrivé quelques mois auparavant, Sadio Mané, enfant de la Casamance, se charge alors de jouer les interprètes avec ses bases de français. Le Béninois, qui cherchait un traducteur, ne le savait pas encore : il venait de rencontrer un ami. « Un frère. »

« Il a aimé ma gueule, j’ai aimé la sienne ! », résume Désiré Sègbè, 25 ans. « Entre nous, ça a matché tout de suite. » À tous les niveaux. Sur les terrains, l’attaquant se régale des passes de Mané. « J’étais trop gâté. J’avais Sadio à ma gauche et je profitais de ses caviars. Il était moins fort qu’aujourd’hui, mais c’était déjà le même joueur. S’il avait donné à manger aux autres, pour lui, le boulot était fait. »

Deux saisons plus tard, Sègbè découvre la Moselle. Le FC Metz, qui avait eu vent de cette amitié, libère une chambre du centre de formation pour eux, « la 16 ». Malheureusement, ils n’auront pas souvent l’occasion de taper le ballon ensemble. « Sadio était arrivé avec une pubalgie et moi, je me suis ensuite blessé au genou… »

Puis les chemins se séparent. Mané va construire sa carrière de Salzbourg à Souhthampton, pour atterrir à Liverpool. Sègbè emprunte des chemins plus modestes, Esch, Le Puy, Pagny, Epinal aujourd’hui. Mais la connexion reste active. Les deux amis se voient « autant que possible » pour partager des parties de « Uno, de ping-pong, de tennis-ballon ou vivre tout simplement ».

« À la fin, c’est le boss »

En général, ils se voient à Paris ou Liverpool. Mané, 26 ans, est également venu supporter son pote, plus jeune d’un an, en Coupe de France, dans les Vosges, face à l’OM. « Quand on se retrouve, on redevient des gamins de 5 ans, on lâche prise », confie Sègbè. « Sadio est très réservé, mais quand il est en confiance, on le découvre très taquin, toujours prêt à sortir une connerie. »

Le Béninois se rendra évidemment à Kiev pour soutenir son « frère », convaincu que Liverpool va renverser le Real. « Sadio le mérite tellement », dit-il. « Un jour, il sera dans un club du top 3 mondial. Et il s’imposera, comme partout. Parce qu’il n’a jamais connu la gloire brutalement, comme une flèche. Il arrive toujours incognito dans un club, sur la pointe des pieds, mais à la fin, c’est lui le boss. »

Seul petit nuage dans cette amitié : ils ont peu joué ensemble. Mais ils en rêvent. Même s’ils doivent patienter jusqu’à leur 40 printemps. « Ce serait magique. »