Alors que la plupart des joueurs africains sont encore privés de compétition à cause du Covid-19, le Sénégalais Ndende Adama Gueye, lui, a repris le chemin des entraînements et des matches depuis quelques semaines. Le « Lion », qui évolue dans le Championnat des Îles Féroé depuis 2008, est devenu une figure du football dans ce petit archipel de 50.000 habitants situé en plein Atlantique Nord.

Au téléphone, la voix de Ndende Adama Gueye paraît lointaine, comme un symbole. On a beau être en France et le footballeur dans un autre pays d’Europe, les Îles Féroé, on a l’impression que le Sénégalais est à l’autre bout de la Terre. Ce qui n’est pas totalement faux lorsqu’on considère les quelques 5.300 kilomètres qui séparent ce petit archipel dans l’Atlantique Nord, perdu entre l’Écosse et l’Islande, de son Thiès natal.

« Je croyais que j’allais au Danemark »

Ndende Adama Gueye, 37 ans, n’oubliera jamais ce jour de février 2008 où il a débarqué dans cette contrée de quelques 50.000 habitants. « Quand je suis arrivé ici, je n’avais jamais entendu parler de ce pays, raconte celui qui avait auparavant passé un test en Roumanie en 2004 et avait joué quelques mois en Pologne en 2005-2006. Lors de mon voyage, je croyais que j’allais au Danemark [1] et je ne connaissais pas ce nom : les Îles Féroé. Il faisait trop trop trop froid… Dès la fin de mon premier entraînement, j’ai appelé l’agent qui m’avait fait venir ici. Mais le gars m’a dit que je devais rester une ou deux semaines pour tenter de m’adapter. Mais je lui ai immédiatement dit ‘non, je ne peux pas, je vais mourir de froid’ ».

Le club de B68 Toftir est, lui, séduit par les qualités de ce milieu défensif athlétique et nettement plus technique que la plupart des footballeurs locaux. « Ils m’ont dit ‘il faut que tu restes, on a vraiment besoin de toi’ et ils ont appelé mon agent pour insister. »

Une figure du football local

Ndende Adama Gueye signe alors un contrat d’un an. À ce moment, il est loin d’imaginer qu’il va en faire douze autres, représentant les couleurs de cinq clubs de la première division locale, la Betri Deildin. « Les gens me connaissent vraiment bien et me respectent, ici, assure l’actuel pensionnaire du Tvøroyrar Bóltfelag. J’ai déjà été élu meilleur milieu de terrain défensif. C’était en 2014, il me semble ».

En plus d’une décennie, le joueur formé à l’AS Thiès et passé par le Diaraf de Dakar a vu débarquer d’autres Africains aux Îles Féroé. « Il y a beaucoup de Ghanéens, de Nigérians, souligne-t-il. Le Championnat est assez dur. Il n’y a pas beaucoup de tactique et de technique. Ici, ils aiment jouer physique. Quand tu regardes les matches, ça te paraît facile. Mais lorsque tu es sur le terrain, tu te rends compte que c’est un peu comme en Angleterre ».

Bientôt à la retraite ?

Ndende Adama Gueye ne regrette en tout cas pas son choix et cette longue expérience aux Îles Féroé, même si les stades ne sont pas toujours plein à craquer et que le climat est rarement propice au football. « C’est un bon pays. Les gens sont gentils. Ils aiment les footballeurs, glisse l’ex-international U21. J’ai eu des propositions au Danemark et au Koweït, mais comme j’avais à ce moment-là un contrat de trois ans, le club n’a pas voulu me laisser partir ». Il ajoute : « Et puis je me suis dit que j’étais à l’aise ici. Pourquoi je partirais ? Mais avec l’âge, je me dis que je vais peut-être m’arrêter l’année prochaine. »

Lorsque tout sera fini, Ndende Adama Gueye rentrera sans doute au Sénégal, où il se rend chaque année d’octobre à janvier, durant l’intersaison. Il pourra alors raconter ses déplacements d’ile en ile pour les matches, les paysages verdoyants, les milliers de moutons. « En Afrique, lorsque je dis aux gens que je vis aux Îles Féroé, ils regardent sur Internet et me disent : ‘C’est ce petit pays, là ?! C’est où ça ?’ Ils sont étonnés. ‘C’est quel genre de pays, ça ?’, me demandent-ils ». Le plus Féringien de tous les Sénégalais saura quoi leur répondre.

 

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