Le sélectionneur du Sénégal des U20, par ailleurs coach du Stade de Mbour, revient sur la qualification pour la Can 2019 qui se tiendra au Niger. Youssouph Dabo parle aussi du transfert de son attaquant en club et deuxième meilleur buteur du championnat, Thierno Thioub. Entretien avec EnQuête.

Vous avez réussi à qualifier le Sénégal à la Can U20. Peut-on dire que c’est un ouf de soulagement ?

Oui bien sûr! C’est toujours un soulagement d’atteindre un objectif. Parce que celui-ci, c’était de se qualifier à la Can 2019. Donc après l’avoir fait, c’est un soulagement.

Est-ce que ça a été facile de réussir ce pari ?

Non, ce n’était pas facile parce que pour le premier match (deuxième tour des éliminatoires), on a eu l’Egypte qui est une nation de football. On est parti chercher la qualification chez elle. Ce n’était pas évident du tout mais ça nous a permis de franchir un palier sur le plan mental. Et c’est très important dans ces compétitions. Au dernier tour, nous avons eu le Congo. Après avoir fait un bon résultat chez eux (les Congolais), un match nul de 2 buts partout, il fallait bonifier ce résultat chez nous. On l’a fait de fort belle manière, avec un score de 4 buts à 1. C’était magnifique à la fin. Mais difficile !

“Je pense que s’il n’y avait pas eu ce tournoi de l’Ufoa, on se serait cassé les dents”

Vous n’avez pas disputé beaucoup de matches de préparation. Comment vous vous êtes débrouillé pour présenter une équipe capable de décrocher le billet pour 2019 ?

On a eu la chance tout de suite, après le début de la préparation, d’avoir à jouer un tournoi au Liberia. Le tournoi de l’Ufoa (Union des fédérations ouest africaines de football) où on a fait un grand match. Au départ, on ne s’était pas fixé d’objectif particulier. Pour ce tournoi, ce qui nous intéressait, c’était de pouvoir préparer les joueurs pour la double confrontation contre l’Egypte. Donc on s’est servi de ce tournoi pour voir le niveau des uns et des autres. Et ça nous a permis de voir ce qui n’a pas été satisfaisant avant de pouvoir aborder le match contre l’Egypte. Je pense que s’il n’y avait pas eu ce tournoi, on se serait cassé les dents. Mais heureusement, on l’a eu avant. Après, on a eu un match de préparation contre la Mauritanie à Dakar. On l’a aussi bien négocié. ?a a fait qu’on s’est qualifié. Les gens pensent qu’on n’a pas eu assez de temps. Entre le début de la préparation et la double confrontation contre l’Egypte, on n’a pas eu beaucoup de temps. Mais entre le début de la préparation et la dernière sortie, on n’a pas eu assez de temps pour se préparer.

Le championnat était également fini. Comment vous avez pu faire la sélection’ Sur quoi vous vous êtes appuyé ?

Il faut savoir que j’ai un staff assez compétent, que ce soit mon adjoint, le préparateur physique ou les autres membres. Chacun, en tout cas, a une certaine connaissance dans le domaine. Même en étant en fin de saison avec le planning qu’avait mis le préparateur physique Assane Faye, ça nous a permis de pouvoir charger les batteries des joueurs. Il a mis en place une planification qui a été très bonne. On l’a vu d’ailleurs sur les matches, que ce soit avec la Mauritanie qu’avec les deux matches avec le Congo. On n’a jamais été en difficulté sur le plan athlétique. Je m’appuie sur ces gens-là pour pouvoir améliorer le groupe.

Quand on hérite d’une sélection qui a été deux fois vice-championne d’Afrique, quelle appréhension peut avoir un entraîneur ?

Je n’ai pas d’appréhension dans ce que je fais. Certes, je ne suis pas un entraîneur très expérimenté mais je ne suis pas un débutant non plus. J’ai une petite expérience. Il y a des choses que je maîtrise beaucoup plus avec le temps, bien sûr. Je sais que le travail qu’on a commencé à mettre en place va payer sur la durée. Donc, je n’ai pas d’appréhension. Je ne l’ai jamais eue d’ailleurs, parce que j’ai des idées claires. Je sais ce que je veux et où je veux amener ce groupe. Et incha Allah, on va y arriver.

“Le football, c’est un sport collectif. En tout cas, celui qui commence à marcher sur un projet personnel va s’exclure du groupe tout seul. C’est arrivé avec certains joueurs que j’ai eu à sortir du regroupement et ils ne sont plus revenus depuis”

Comment les joueurs vous ont accueillî ?a a été facile de vous fondre dans la masse ?

Je n’ai pas eu assez de difficultés. Parce que c’est un nouveau groupe, il fallait déjà mettre les bases concernant la vie du groupe, leur (les membres) dire aussi l’état d’esprit que j’attendais de tout un chacun, à savoir que le collectif prime sur l’individualité. Je fonctionne comme ça. Le football, c’est un sport collectif. En tout cas, celui qui commence à marcher sur un projet personnel va s’exclure du groupe tout seul. C’est arrivé avec certains joueurs que j’ai eu à sortir du regroupement et ils ne sont plus revenus depuis. ?a ne nous a pas empêchés d’avancer. Ce sont des jeunes joueurs, ils sont en formation, il faut qu’ils comprennent l’importance de la vie de groupe. Quelles que soient les qualités qu’ils ont les uns, les autres, il faut qu’ils sachent que tout seul, ils ne peuvent pas y arriver. Ils ont besoin de leurs partenaires. A partir de là, il faut partir avec beaucoup d’humilité et de respect par rapport aux règles qui sont mises en place.

Quel sera l’objectif de la Can des U20 au Niger ?

Le Sénégal a joué les deux dernières finales des deux éditions précédentes. L’objectif se fixe (donc) tout seul. Maintenant, il faut qu’on soit capable de relever cet objectif. On ne s’attend pas (à finir) en dessous de la finale. Ce n’est pas une catégorie où on se dit qu’on a du temps. On n’en a pas. Il y a une restriction d’âge, il y a certains qui sont là et qui ne le seront pas pour la prochaine Can. C’est dire qu’il faut du temps pour travailler (mais) on n’a jamais de temps avec cette catégorie. Il faut être productif tout de suite. On ne peut pas faire autre chose. Donc l’objectif se fixe tout seul. Après, à nous de relever le défi.

On va sortir un peu du cadre des U20, pour parler de votre club, le Stade de Mbour. Votre meilleur buteur, Thierno Thioub, vient d’être transféré à Moscou. Comment avez-vous accueilli la nouvelle ?

Avec beaucoup de satisfaction ! C’est un garçon que j’ai eu à amener à Guédiawaye FC. Malheureusement, on n’a pas fini la saison ensemble. Je suis venu à Mbour et il a voulu aussi continuer le travail avec moi. C’est la confiance qu’il avait en moi. Il m’a rejoint ici au Stade de Mbour parce qu’au début, c’était difficile pour lui. Mais il s’est adapté, il a bien travaillé. Il a fait une belle saison qui lui a permis de décrocher ce contrat.

?a permet aussi au Stade de Mbour d’avoir une visibilité parce que, même s’il a signé dans l’équipe B du Spartak Moscou, c’est un bon club quand même. Tous les gens qui suivent le football connaissent ce club. Dans les clubs traditionnels, le dernier joueur qui est parti d’ici et a signé dans un club reconnu, c’est Abdoulaye Diagne Faye. Je pense qu’il est parti du Sénégal pour le RC Lens. Sinon, les joueurs qui sont partis sortent dans des centres comme Diambars ou Génération Foot. Thierno Thioub est parti du Stade de Mbour. C’est un honneur pour le club et pour la ville de Mbour. Maintenant, il faut continuer à travailler et garder cette philosophie et pouvoir sortir d’autres joueurs qui vont éventuellement rejoindre les bons clubs.

Avant de partir, Thierno Thioub avait fini 2e meilleur buteur de Ligue 1 sénégalaise. A-t-il les potentialités pour réussir au Spartak Moscou ?

Il a une bonne marge de progression. Au départ, il s’entraînait avec l’équipe première, cela veut dire qu’il a du potentiel, une bonne marge de progression. Maintenant avec les bonnes infrastructures qu’il aura là-bas, il aura le temps de travailler, de bien progresser et de pouvoir s’améliorer dans tous les domaines. Je suis avec lui, tous les jours, au téléphone. On échange beaucoup. Et je sais que c’est un garçon qui a une grosse envie de réussir. Et à partir de là, je pense qu’il pourra arriver là où il veut aller.