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L’ancien sélectionneur de l’équipe du Sénégal, Amara Traoré s’est confié à notre envoyé spécial à Saint-Louis sur beaucoup de sujets : son parcours en tant que coach des Lions de 2009 à 2012, son passage en Guinée et l’actualité des hommes d’Aliou Cissé.  Entretien.  

Coach, après l’équipe du Sénégal, vous êtes allé en Guinée pour diriger l’As Kaloum, le Horoya puis le Sumba Fc. Qu’est ce qui a retenu votre attention dans ce pays ?

J’ai eu la chance d’aller en Guinée où j’ai entraîné l’As Kaloum. Après, j’ai entraîné le Horoya. Avec le président Antonio Souaré (patron du Horoya) avec qui on est restés des amis, on a beaucoup de complicité, je fais partie de ses conseillers. C’est pour cela qu’on me voit souvent en Guinée. J’aime ce pays, les gens sont accueillants comme au Sénégal. Après l’équipe du Sénégal, je devais chercher une autre expérience. C’est pour cela que les gens me voyaient souvent en Guinée, et ils ne comprenaient pas. Mais, Antonio et moi avons dépassé le stade d’entraîneur et de président.

Son engagement dans le football vous a certainement séduit ?

C’est un frère. C’est un monsieur qui a un projet africain, une vision pour l’Afrique. Donc, ça me va très bien. Puisque je suis un panafricain, je défends le football africain. C’est donc quelqu’un qui a une ouverture qui dépasse tout l’entendement humain. Ce n’est pas une question économique qui nous lie. Donc cet homme (Antonio Souaré) m’a séduit par rapport à tous ces aspects que je viens de citer.

« LA GUINÉE FAIT PARTIE DE MOI »

 Donc, la Guinée vous a beaucoup apporté même si vous êtes maintenant au Sénégal?

Effectivement, la Guinée m’a beaucoup apporté, j’adore la Guinée et je vais y retourner un jour. La Guinée fait partie de moi, même si je suis Sénégalais et que j’adore mon pays. Vous savez la Guinée et le Sénégal sont tellement liés. Ce qui fait que je fais des allers et retours entre la Guinée et le Sénégal. Mais, il m’arrive aussi de faire de la consultance de temps en temps.

Mais là, vous êtes chez vous à Saint-Louis et il se dit que vous êtes rentré définitivement au bercail. Est-ce le cas ?

C’est vrai, je suis à Sain-Louis, mais c’est pour mettre en place une académie de football. On va bientôt recevoir les récépissés de l’Académie. L’objectif c’est promouvoir le football et l’éducation des enfants. Tout ça a été discuté. C’est l’Académie Ndar. C’est pour essayer d’équilibrer le football sénégalais parce qu’aujourd’hui, il faut saluer ce que Diambars, Génération Foot et Dakar Sacré-Cœur font. Vous savez, on ne peut pas développer un football d’un pays sans la formation des joueurs. Mais, il faut saluer la multiplication des écoles de football dans le pays, car ça permet de maîtriser le processus de nos jeunes footballeurs. Vous savez, l’Allemagne après la Coupe du monde 98 en France, ils ont rééquilibré en allant à Clairefontaine étudier et échanger avec les meilleurs au monde. C’est comme ça que beaucoup de talents sont nés comme Sami Khedira. Je pense que c’est ça le vécu et l’expérience. C’est copier ce qui se fait. C’est ce qu’il faudra mener chez nous.

Donc, c’est vous le propriétaire ?

Aujourd’hui, il faut que le Nord puisse avoir son Académie, tout le Sud. Mais, nous, on l’appelle ‘’Ndar Académie Foot’’. Vous savez en football, le meilleur entraîneur au monde c’est celui qui sait copier. On a mis ces projets en place et on va aller chercher les moyens. C’est mon académie, mais j’ai dit aux gens de ne pas dire que c’est l’académie d’Amara. Que chacun dise mon académie. Chacun doit se l’approprier. Mais, je suis à la tête de cette académie.

Est-ce les derniers résultats du Sénégal en petites catégories sont une source de motivation pour vous ?

Il ne faut pas se leurrer. Nous sommes au début d’un processus. Diambars et l’avènement de Génération foot commencent à payer dans nos petites catégories. Ça ne se fera pas du jour au lendemain, mais nos sélections jeunes sont en train de se rivaliser avec d’autres sélections. Les olympiques ont raté de peu les jeux olympiques, les U20 seront à la Can et les cadets ont raté de peu la Coupe d’Afrique. Tout ça, c’est grâce à la Fédération et à la direction technique. Il y a également la Fifa qui forme les entraîneurs pour la licence C. Dans le football, il faut avoir des éducateurs spécialisés.

« EN TANT QU’ENTRAÎNEUR, JE N’AI PAS GAGNÉ BEAUCOUP D’ARGENT »

Allons plus loin pour parler de votre carrière d’entraîneur. Ce métier vous a-t-il permis d’être riche ?

En tant qu’entraîneur, je n’ai pas gagné beaucoup d’argent. C’est lorsque j’étais footballeur professionnel que j’ai gagné beaucoup d’argent. Tout ce que j’ai investi dans la vie, je l’ai fait avant d’arriver en équipe nationale. La dernière maison que j’ai investie, c’était avant d’arriver en équipe nationale en 2000. En ce moment je jouais en France (Metz, Gueugnon, Bastia, Châteauroux…). Tout le monde connaissait mon salaire en équipe nationale. Ce n’est pas en sélection que j’ai gagné de l’argent. Par contre, en Guinée j’ai gagné de l’argent aussi.

En 2002, les gens pensaient qu’on gagnait beaucoup d’argent, alors que ce n’est pas le cas. Les primes passaient par moi et ce sont les familles qui en bénéficiaient. On faisait du social à cette époque. En tant que sélectionneur, je gagnais 6 millions francs Cfa, mais ce n’est pas l’aspect financier.

C’est quoi alors ?

Vous savez quand un local signe en équipe A, c’est d’abord l’aspect patriote, appartenance et souvent c’est ce que nos dirigeants oublient jusqu’à nous traiter comme on doit traiter certains entraîneurs. Vous savez, être sélectionneur, c’est un statut. Il ne faut pas regarder le Sénégalais, l’Africain ou autre. Un sélectionneur est un statut. C’est comme un ministre, c’est un statut. Il faut regarder la personne.

« IL Y A UN PETIT COMPLEXE SUR LE CHOIX DES SÉLECTIONNEURS »

 Voulez-vous dire qu’il y a une sorte de discrimination sur les choix des sélectionneurs ?

Je ne dis pas que c’est une discrimination, mais c’est un petit complexe. Vous savez, j’ai réussi au moins à élever la barre des sélectionneurs locaux, c’est un combat que j’ai mené et aujourd’hui l’entraîneur en bénéficie. On parle de 10 millions pour un entraîneur local contrairement à l’époque où on payait 1 ou 2 millions francs Cfa. Je vais vous dire une chose, il y a un problème au Sénégal. Quand on prend des entraîneurs, beaucoup sont des fonctionnaires de l’Inseps. Ils ont un salaire et quand ils vont dans un club, si on leur propose 200 ou 300.000 francs Cfa ils acceptent. Mais, un entraîneur professionnel si tu le paies cette somme qu’est-ce qu’il va faire avec. C’est pour cela que je dis que c’est trop mélangé. Si on arrive à régler ça, on pourra élever le niveau de notre football. Ce conflit-là existe. Je vous donne mon exemple, je ne suis pas comme un fonctionnaire qui cumule deux salaires. Donc, c’est à revoir mais, je ne suis pas contre qu’ils cumulent les deux. C’est juste un salaire plus une indemnité dans les clubs ou en sélection. Ce que je veux dire c’est que cela dépasse le conflit ailleurs. Si j’exige tant, c’est un autre qui va accepter pace qu’il a déjà un salaire à côté.

« DES REGRETS DE NE PAS CONTINUER LE PROJET PENDANT TROIS ANS APRES LA CAN 2012 »

Votre parcours s’est mal terminé à la tête de l’équipe nationale avec une élimination dès le 1er tour à la Coupe d’Afrique 2012. Avez-vous des regrets ?

Forcément, il y a des regrets. C’est lorsque l’équipe n’est pas allée au deuxième tour de cette Can. Je suis un compétiteur et je regrette de ne pas continuer le projet pendant trois ans où on pouvait avoir quelque chose.

Mais à l’époque, on a fait un bon parcours avec la Fédération et les joueurs. Je me rappelle du Sénégal- Cameroun à Dakar. Une belle victoire qui avait généré 200 millions francs Cfa. Cela fait des recettes records parce qu’on avait battu le grand Cameroun. Sur 18 points possibles, on en avait pris 16 et le seul nul c’était au Cameroun. Mais, vous savez le football, il y a des aléas. Pourtant, j’étais le seul à dire que le Sénégal n’était pas favori. Maintenant, on a appris de tout car nous sommes humbles.

« ON DOIT SÉCURISER DES MAINTENANT LE CONTRAT D’ALIOU CISSE »

 D’après vous, un sélectionneur doit rester combien de temps pour parvenir à quelque chose ?

Je pense qu’un sélectionneur doit rester au minimum quatre ans pour faire une sélection. Deux ans, c’est peu. En Afrique, un sélectionneur doit avoir la possibilité de faire deux Coupes d’Afrique et une Coupe du monde, sinon, ce sera la routine. Vous savez, le sélectionneur actuel, on doit sécuriser son contrat dès maintenant et lui laisser le temps de travailler parce qu’il derrière, il y a une Coupe du monde et une Can. Même les joueurs peuvent être perturbés s’ils savent qu’après un échec à la Can, l’entraîneur va être remercié. Ça rend négatif même sous l’autorité de l’entraîneur. Il faut expliquer à tout le monde que l’entraîneur quoiqu’il arrive, on va l’accompagner jusqu’à la Coupe du monde.

Le Sénégal est dans un groupe compliqué, difficile pour les Lions et pour nous aussi. Mais, il faut y aller avec de petits pas, des fréquences. Il faut petit à petit augmenter l’amplitude.

Quelle différence il y a entre l’équipe de vous aviez en 2012 et celle d’aujourd’hui ?

L’équipe de 2012 état plus mature et là, c’est un groupe jeune qui doit progresser. Il faut leur laisser créer leur propre histoire. Je pense que l’équipe doit être accompagnée, elle n’a pas besoin de pression et si tout ceci arrive à se réaliser, on pourra faire mal. Et, le jour où le sélectionneur fera jouer, Diao Baldé et Ismaïla Sarr sur les côtés, Sadio Mané derrière l’attaquant de pointe qui sera le plus en forme, je pense que le Sénégal sera très redoutable. Cela fait longtemps qu’on n’a pas eu ces genres de joueurs. Ils sont capables de dynamiter n’importe qu’elle défense. C’était juste une petite contribution que j’apporte. Je pense même qu’il (Aliou Cissé) le pense.

Mais, avec l’absence de beaucoup de cadres comme Demba Ba, Papiss Cissé, Lamine Sané, pensez-vous que c’est possible de faire des résultats ?

Parmi eux, il y’en a qui sont blessés, en méformes. Un sélectionneur ne laisse jamais un joueur parce qu’il est content. Il est obligé de faire des choix et il les fait sans émotion. Vous savez, un grand homme fait des choix sans émotion. Mais, il y a beaucoup de choses qui se sont passées. Lamine Sané est en train de jouer et il doit encore travailler dans son club. Quand la porte lui sera rouverte, il sera de retour. Je me rappelle, Lamine Sané c’est moi qui l’ai convaincu pour qu’il vienne en équipe nationale. C’est un bon état d’esprit et je sais que c’est un patriote. Dès fois, les commentaires font que le joueur peut avoir de la maladresse dans ses déclarations. Mais, j’appelle Lamine à travailler, à être serein et lucide. Son heure viendra comme l’a fait Moussa Sow.

« LA SÉLECTION A BESOIN DE SES CADRES, Il FAUT LE DIRE »

Donc, pour vous, les cadres doivent faire leur retour ?

Vous savez, la sélection a besoin de Moussa, Demba Ba, Issiar Dia. Ce dernier a bien fait de retourner en France, mais je demande aux Sénégalais de prier pour lui. Il (Issiar) est encore jeune, mais il a fait un choix de carrière. Je sais qu’il va revenir en force au plus haut niveau. Il ne faut pas l’enterrer. S’il revient avec Diao Baldé et Ismaïla Sarr, je pense que ce sera bien. Tirons tous dans le même sens et quand on appartient tous à des gens, il faut le dire. Si le football ne va pas, nous les experts doivent le dire. Il ne faut pas que les gens aient peur.

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