Comme on s’y attendait, la première manche de la double confrontation entre les Lions du Sénégal et les Djurtus de la Guinée-Bissau a tourné en faveur des sénégalais. Les hommes d’Aliou Cissé ont fait l’essentiel en s’imposant à domicile face à un adversaire qui, véritablement, n’est pas et n’a pas été un foudre de guerre. À part deux ou trois occasions de buts, les hommes de Baciro Candé n’ont pas inquiété la défense sénégalaise, bétonnée par le capitaine Kalidou Koulibaly qui effectuait son retour tant attendu en sélection. Même s’il est vrai qu’il n’y a pas de match facile en Afrique, dû surtout à la mauvaise qualité des terrains et à la chaleur, le Sénégal, avec les joueurs qui sont à la disposition du coach aujourd’hui, est attendu au tournant, c’est à dire à la Coupe d’Afrique des Nations, et se doit de finir premier de cette poule très abordable. Dans ce match comptant pour la troisième journée, les Lions ont alterné le bon et le moins bon mais force est de constater que malgré la victoire, le Sénégal qui joue à domicile devrait s’imposer de façon plus convaincante que ce qu’on a eu à constater aujourd’hui. Il s’agit de la première nation africaine au classement FIFA et donc ses matchs dans cette poule doivent servir surtout à s’imposer avec la manière afin de préparer les matchs face aux grosses cylindrées du continent, qui vraisemblablement pose toujours problème à l’équipe de Cissé.

Les positionnements respectifs de Krépin Diatta et Ismaïla Sarr.

Pour tirer de vrais enseignements de ce match et être prêt à affronter les grosses équipes, il faut surtout se focaliser sur la première mi-temps. Ceci car les Lions ont eu la chance d’avoir un penalty juste avant la mi-temps qui a forcé l’adversaire à ouvrir son bloc, facilitant le jeu sénégalais en seconde période, un jeu qui a toujours été dangereux en contre-attaque et face à une équipe qui se révèle, étant donné le style des joueurs dans l’équipe du Sénégal. En première mi-temps, Krépin Diatta et Ismaïla Sarr ont eu du mal à rentrer dans leur match. Ce n’est que durant la deuxième mi-temps, avec les espaces et brèches laissées ouvertes par les bissau-guinéens, que les deux jeunes joueurs des Lions ont réussi à se montrer plus percutants et décisifs. Krépin a été aligné en milieu central droit avec Pape Alioune Ndiaye qui jouait en milieu central gauche. Avant même le match face aux marocains le mois dernier, nombreux observateurs ont constaté que dans l’axe du milieu de terrain, Krépin Diatta a du mal à faire le jeu car il se retrouve à descendre très bas pour chercher le ballon et est rarement mis en orbite pour amorcer des actions offensives. Dans un article précédent, on a eu à expliciter les raisons possibles qui expliquent ce plafond de verre au-dessus de Krépin quand il est positionné dans l’axe: Amélioration de l’animation offensive des Lions: l’objectif des éliminatoires ? L’action la plus décisive du match, car elle a permis à l’équipe de prendre le devant avant que le doute ne s’installe à la mi-temps, a eu lieu lorsque Krépin a piqué dans l’axe en provenance du flanc droit, pour ensuite mettre une passe tranchante en profondeur vers Ismaïla Sarr, fauché dans la surface de réparation. Ce genre d’action peut se répéter plusieurs fois si Krépin Diatta est positionné sur le côté car ceci lui permettrait de venir vers l’axe avec plus d’élan, avec un rôle dissimulateur de meneur de jeu exilé. Il déstabiliserait plus souvent la défense adverse en dézonnant avec le ballon de cette façon. Après la sortie de Mané lors du match contre Eswatini l’an dernier, Krépin a été directement excentré pour le remplacer et s’est aussi montré beaucoup plus décisif avec trois passes décisives en une mi-temps.

Du côté d’Ismaïla Sarr, on a pu voir un joueur engagé comme à son habitude capable d’apporter de la vitesse et de la percussion comme sur l’action du penalty. Mais il faudrait également songer à le faire jouer du côté gauche, car son jeu sur le flanc droit s’est toujours montré extrêmement prévisible et focalisé sur les débordements et courses sur la ligne de touche. Pourtant, Sarr a une très bonne frappe et pourrait l’utiliser plus souvent sur le côté gauche, un poste auquel Julian Stephan le faisait souvent évoluer à Rennes. À gauche, Sarr serait non seulement forcé d’alterner débordements et pénétration dans l’axe pour venir sur son pied fort, mais se retrouverait aussi plus souvent en situation de tir, comme on a eu à le voir sur sa reprise de volée face au Kenya à la dernière CAN.

Sané au milieu et Kouyaté dans l’axe: un symptôme de tâtonnement?

Nombreux observateurs ont été surpris de voir Salif Sané au milieu de terrain et Cheikhou Kouyaté en défense centrale. Il faudrait préciser que ce n’est pas la titularisation de Kouyaté dans l’axe seul qui soulève des questions (vu qu’il y a souvent joué en sélection et y joue désormais en club) mais sa titularisation dans l’axe combinée avec la titularisation de Sané au milieu. Cela fait maintenant plusieurs années que Sané avait dit qu’il préférait jouer au milieu. Sachant que Sané est beaucoup plus technique que Kouyaté et a une meilleur qualité de passe courte et longue, pourquoi attendre tout ce temps pour le faire jouer au milieu? À l’époque où Kara Mbodj était encore dans le vivier de l’équipe, Sané aurait très bien pu être titularisé en sentinelle plutôt qu’en défense centrale, étant donné les statistiques respectives des deux défenseurs dans l’axe avec Koulibaly, qui sont largement en faveur de Kara: Axe central des Lions: Kara ou Sané ? Les stats parlent d’elle-même. Ne serait-ce qu’il y a un mois, face au Maroc, Sané a été titularisé dans l’axe et Kouyaté jouait en sentinelle. Les alterner un mois après est non seulement curieux, mais pourrait même relever d’un tâtonnement. Il y a un an, c’était PAN qui jouait en sentinelle et aujourd’hui PAN, qui était bien sur le terrain, jouait comme milieu central gauche. S’il s’agit bien d’un tâtonnement, espérons que le staff pourra y remédier au plus vite pour que l’on puisse voir plus d’uniformité dans les choix.

Sabaly reste le meilleur arrière gauche.

Après une Coupe du Monde 2018 de très haut niveau et une bonne CAN 2019, Youssouf Sabaly, malgré un début de saison difficile, continue de montrer qu’il est jusqu’à preuve du contraire le meilleur arrière gauche du Sénégal. Même s’il est droitier, il a un très bon pied gauche et a montré qu’il est capable non seulement de déborder et apporter le surnombre, mais en plus il peut effectuer des crochets désorientant le défenseur qui s’attend à un centre du pied gauche en première intention, pour effectuer des centres rentrants du pieds droit, qui sont beaucoup plus dangereux que des centres sortants du pied gauche. D’ailleurs, tant qu’il y a au moins un des deux latéraux qui est sur le côté de son bon pied (comme Wagué à droite aujourd’hui) le problème des centres en premières intentions est réglé. Dans une équipe où il y a dix autres joueurs sur la pelouse, dont des milieux et des attaquants supposés apporter des occasions de buts, le “problème” d’un latéral droitier à gauche n’en est vraiment pas un. Trois des meilleurs arrières gauches de tous les temps, Philipp Lahm, Giacinto Fachetti, Paolo Maldini, étaient pourtant droitiers et ont longtemps dit eux-même qu’ils étaient plus décisif à gauche qu’à droite.

Comme le coach a tendance à le dire, l’essentiel est de gagner, ce que les Lions ont bien fait. La qualification pour la CAN 2022 est tout près d’être acquise et espérons que l’équipe continuera de progresser afin de finalement atteindre son vrai potentiel et remporter le titre de champion d’Afrique.

Abdoulaye SARR
asarr97@gmail.com
@abdoulayesarr97

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