C’est terminé. Le Sénégal n’a pas pu rééditer l’exploit de 2002 et accéder au deuxième tour de la Coupe du Monde de football. Éliminé au premier tour après une défaite face à la Colombie un but à zéro hier à Samara, les Lions auront quand même donné leur maximum sur le terrain et auront été mis dans les conditions optimales de performances par l’État du Sénégal, en coopération avec le Ministère des Sports et la Fédération Sénégalaise de Football. Beaucoup de problèmes extra sportifs qui avait tendance à perturber la préparation des équipes africaines en Coupe du Monde ont été réglés d’avance et personne ne peut dire que les instances faitières du football sénégalais n’ont pas fait ce qu’il fallait.

Ceci dit, qu’est-ce qui explique cette élimination prématurée des Lions, qui avait pourtant leur destin entre les mains?

Problème de leadership

Nous disions avant la Coupe du Monde qu’il y avait un problème de leadership dans cette équipe du Sénégal, une pénurie de tauliers capables d’augmenter le niveau de vigilance, de concentration et d’engagement de l’équipe à tout moment durant un match, et surtout dans les moments les plus cruciaux. La défaite subie face à la Croatie à Osijek n’aura donc pas servi de leçon. Le contenu aura été bon, et on lui a donc accordé plus d’importance, mais le résultat en était tout autre. Kara Mbodj manquait à la défense du Sénégal lors de ce match, mais le duo SanéKoulibaly aura été forcé jusqu’au bout. On ne peut rien reprocher à Salif Sane, qui a été un des meilleurs sénégalais durant ce Mondial, mais force est de constater que ce qu’il faisait de bon cachait peut-être ce qu’il ne faisait pas. On peut donc spéculer que ce qu’il ne faisait pas s’est reflété dans les performances de Kalidou Koulibaly qui, malgré son statut de titulaire indiscutable et son bon match face à la Colombie, aura globalement été en dessous de nos attentes durant ce tournoi :

Nous savions que nous allons jouer un match très difficile. La Pologne est une belle équipe. Nous avons tous bien défendu aujourd’hui. Nous avons aussi réussi à marquer dans des moments clé de la partie. Je sais qu’on n’a pas beaucoup joué ensemble, Salif Sané et moi, mais nous avons montré de bonnes choses. Nous devons encore travailler et c’est très important de commencer par une victoire. Nous avons pris ce but que nous pouvions éviter. “ – Koulibaly apres le match contre la Pologne.

Koulibaly parle de son association avec Salif Sané dans son explication de ce qui n’a pas marché face aux Polonais. Était-ce un cri du cœur pour le retour de Kara a ses cotés? Nous ne saurons donc jamais. Mais une chose est sure, en Coupe du Monde, « nous devons encore travailler » ne tient pas la route, car le temps du travail et de la préparation étaient déjà terminés. Sans ce but pris face aux Polonais, le Sénégal serait aujourd’hui qualifié.

En 2002, des meneurs d’hommes comme Ferdinand Coly, Pape Malick Diop, Aliou Cissé et dans une moindre mesure Salif Diao, pouvaient assurer ce leadership dont l’équipe avait besoin, afin d’assurer la qualification. Cette équipe de 2018 en était dépourvue, et le petit nombre de leaders dans l’effectif n’aura pas eu la chance de jouer un rôle plus important que celui de remplaçants.

Le Japon aujourd’hui qualifié après avoir tenu en échec le Sénégal lors de la deuxième journée, a en moyenne l’équipe la plus petite du groupe (en termes de taille) et n’aura encaissé aucun but de la tête dans cette phase de poule malgré le fait qu’ils aient concédé 15 corners. Pendant ce temps le Sénégal, qui n’en a concédé que 8, se fait éliminer directement suite à un but de la tête du défenseur colombien Yerry Mina sur corner. Avec les joueurs de grandes tailles dont dispose le Sénégal, rien ne peut expliquer cela si ce n’est un manque de leadership, de vigilance, de concentration et d’engagement. Cette désinvolture se voit peut-être chez Idrissa Gana Gueye qui, malgré une Coupe du Monde de haut niveau, a l’air presque désintéressé en défendant le poteau gauche des buts de Khadim Ndiaye sur le but colombien, scène surréaliste qui fait aujourd’hui le tour des réseaux sociaux.

Les choix du coach

Il est parfois trop facile de critiquer les choix de l’entraineur car personne ne veut gagner plus que lui, mais force est de constater que les choix d’Aliou Cissé durant ce Mondial et durant la préparation, ont contribué à l’élimination de l’équipe du Sénégal. Avec le manque de leadership dans l’équipe pourquoi Kara Mbodj n’a pas été convenablement testé durant la préparation, afin de voir s’il était prêt, étant donné son rôle capital dans la défense du Sénégal, et sa complémentarité impressionnante avec Koulibaly dans l’axe ? Pourquoi Moussa Wagué, âgé de 19 ans, et n’ayant même pas jouer une saison pleine en Europe a été préféré à l’expérimenté Lamine Gassama durant les deux premiers matchs ? Moussa Wagué marque le deuxième but face au Japon, mais est fautif sur le premier but japonais, indice qui dénote un manque d’expérience, face à un Yuto Nagatomo qui a longtemps joué à l’Inter Milan et qui en est à sa troisième Coupe du Monde.

L’adage « on ne change pas une équipe qui gagne » n’aura également pas été suivie par le staff sénégalais, qui a effectué un changement face au Japon, alors que le 4-4-2 face à la Pologne avait fonctionné, et que l’équipe était en place tactiquement et avait développé des automatismes. Un petit changement dans une équipe de football peut beaucoup changer et la sortie de Diouf remplacé par Pape Alioune Ndiaye n’aura pas servie à grand-chose. En 2002, Bruno Metsu avait préparé un 4-5-1 tactiquement en place pour affronter la France après qu’il ait donné satisfaction face à l’Équateur avant le Mondial. Après la victoire 1-0 du Sénégal contre les Bleus, il maintient le 4-5-1 face aux danois, et garde même Moussa Ndiaye au poste d’excentré droit, même s’il n’y avait plus de Bixente Lizarazu à suivre comme du lait sur le feu face au Danemark. L’équipe japonaise qui a affronté la Colombie est exactement la même qui a affronte le Sénégal, et ce n’est pas à cause d’une plus grande capacité physique et de vitesse du Sénégal, que les nippons ont renforcé leur milieu, leur défense ou leur flanc. Ils ont préféré surfer sur leur dynamique de victoire. Le Sénégal, sous prétexte d’une plus grande capacité technique des japonais comparé à la Pologne et une focalisation japonaise sur de petites passes au niveau de l’entre-jeu et sur les attaques placées, a préféré mettre PAN au milieu de terrain. Score final 2-2. Un surplus de réflexion coté sénégalais, pour arriver au même résultat que les japonais. Dommage.

La suite

Certains diront que l’Afrique aura fait une participation honorable, vu qu’aucun problème extra sportif, d’organisation ou de discipline n’aura été noté chez les 5 représentants africains, mais il ne faut pas se voiler la face : la participation africaine dans cette Coupe du Monde a été une honte avec 0 représentant africain au second tour pour la première fois depuis 1982. Pour une confédération qui réclame plus de places à cette joute internationale, ce résultat est piteux. L’Afrique est un continent de football, avec des joueurs évoluant dans les plus grands championnats européens, et il n’y a donc aucune raison pour qu’aucune équipe africaine ne puisse faire partie des 16 équipes restantes dans ce Mondial. Avons-nous envoyé les meilleures équipes africaines à la Coupe du Monde ? Le fait que le système de qualification ait été changé à chaque édition depuis 2002, alors qu’il est le même dans les autres confédérations depuis plusieurs éditions en est-il pour quelque chose? Plusieurs questions auxquelles l’Afrique doit répondre.

En ce qui concerne le Sénégal, l’extra sportif aura été géré de manière impeccable et seul le football aura compté dans cet échec. Ceci pourrait donc nous réserver de plus grandes satisfactions dans le futur, vu que seul le football et les choix du staff technique seront pris en compte dans l’analyse et les différents débriefings de cette performance du Sénégal, en espérant qu’on saura trouver les réponses qu’il faut pour effectuer des participations plus dignes de notre potentiel dans le futur.