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Entre Ngalla Sylla et le foot de plage, c’est une idylle. A 36 ans, 4 Coupes d’Afrique gagnées, 3 en tant que joueur et 1 comme coach de l’Équipe nationale de beach soccer. Qui dit mieux ?

Nul n’échappe à son destin. Et le hasard n’existe pas, dit-on. Et, il n’y a qu’à faire les liens de causalité, pour mieux comprendre pourquoi l’étoile de Ngalla Sylla brille dans le football de plage. Tout ou presque prédestinait Ngalla Sylla au Beach soccer. D’abord, sa ville de naissance : Yoff, sise à la pointe Nord-ouest de la région de Dakar et bordée au nord, par l’Océan Atlantique. Ensuite, sa passion pour le foot dès le bas âge. Mais, il faudra attendre 2006, pour que le jeune Lébou (communauté de pêcheurs) réponde à l’appel de la discipline pour laquelle il est fait. Tout a basculé pour le sociétaire du Port Autonome de Dakar, à l’époque, une matinée de juin 2007. Ngalla se lève, chausse ses training, trotte naturellement jusqu’à la plage. Sur ses foulées à des kilomètres de sable, ses poumons s’oxygénaient au si pur air marin, sans que l’homme ne se doute qu’il avait rendez-vous avec le destin. Mais quand ses yeux se posent sur un style de foot si particulier, il fut conquis. «J’ai vu des gens jouer à 5 contre 5. Quand Dia Mbaye (son ex-coach) m’a reconnu, il m’a invité à venir découvrir le foot de plage. A ma première touche de balle, Chita, que je ne connaissais pas, fait arrêter le jeu». Le père du Beach soccer au Sénégal venait de découvrir une pépite. Il demande à l’intrus son nom. «Ngalla Sylla», répond le Lébou noir anthracite et de petite taille. «Tu peux sortir, c’est bon». N’y comprenant que dalle, Ngalla pensait que l’entraîneur minimisait son talent. Que nenni ! «Tu es sélectionné», lui dit Chita. Ngalla n’en revient pas. Sa surprise décupla, quand Chita lui précisera que c’est pour l’Équipe nationale.

 

Terre d’exploits

Malheureusement pour le Sénégal, Chita n’a pu faire le déplacement à cause d’un problème administratif avec son passeport. Amadou Diop «Boy Bandit» le remplace. Atterrissant en Afrique du Sud sans aucune connaissance du règlement de la discipline, la «Tanière» s’expose au ridicule. Première bourde des ignorants : l’Intendant avait donné aux joueurs leurs équipements, y compris les bas, inutiles pour la discipline. Ayant eu le flair de suivre le match d’ouverture (Nigeria-Côte d’Ivoire) à la télé, le Sénégal devant jouer à la troisième heure, Ngalla nota beaucoup de choses sur une feuille. Ainsi, il note que le gardien ne dégage pas le ballon, comme dans le foot à 11 et n’a pas le droit de le garder plus de 5 secondes, tout comme on ne joue pas avec des bas sur le sable… Le discours de Boy Bandit fait le reste : «Les gars, jouez physique et ne laissez pas l’adversaire tirer.» Le Sénégal avait son leitmotiv : «Na xat» (jouer serré). Et ça a fait mouche : les «Lions» gagnent d’entrée. Pour une première, le Sénégal est Vice-champion d’Afrique en 2007, synonyme de qualification à la Coupe du monde la même année. Pour leur deuxième participation en 2008, les «Lions» de la Téranga gagnent le titre. Revenus au bercail, se voyant trop beaux, Ngalla Sylla et Cie vont au Palais, dans l’espoir d’être reçus par le président de la République, à l’époque, Me Abdoulaye Wade. En vain. «Ce que je retiens de cette histoire, c’est le gros titre qui barrait la Une d’un quotidien de la place : Les Lions du Beach soccer snobés par Wade», se rappelle-t-il. En ouvrant le cahier-souvenirs, l’actuel sélectionneur national tombe sur un fait qui s’est déroulé lors du Mondial 2008. «En ce moment, le foot sénégalais était en crise. L’équipe du foot de plage en a pâti. Arrivés en France avec des maillots griffés Puma et des shorts de marque Nike, tout le monde se moquait de nous». Aujourd’hui, le Sénégal est devenu un grand pays de Beach soccer. L’ogre qui a battu tous les records en Afrique, avec 4 trophées (2008, 2011, 2013 et 2016). Et lui, le joueur qui a gagné 3 Can et participé à 5 Coupes du monde au Brésil, en France, en Italie, en Haïti et au Portugal, étrenne sa première Coupe d’Afrique, comme coach.

 

La reconversion

Pour Ngalla, il n’y avait qu’un pas entre le terrain et le banc de coach. Diplômé des Sciences et Techniques des Activités Physiques et Sportives (Staps) à l’Inseps (Institut national supérieur de l’éducation populaire et du sport), le Professeur a su préparer sa reconversion. Depuis la création de cette discipline au Sénégal, seuls deux stages de formation des techniciens ont eu lieu, en 2010 et 2016. Ngalla est sorti major du stage de 2016 dirigé par l’instructeur de la Fifa, Claude Barrabé. Après l’élimination du Sénégal au premier tour de la Coupe du monde 2015, Chita démissionne et Ngalla Sylla, entraîneur adjoint et joueur, hérite du banc. «Notre premier match d’éliminatoire de la Can s’est joué à l’extérieur contre le Cap-Vert. C’était très difficile. La veille, je n’ai pas fermé l’œil. Mais, mon métier m’avait aidé à gérer des enfants à l’école, coacher des équipes de Navétane. Je savais comment apprivoiser la pression», conte le Crack qui passe avec brio son test, en se payant le Cap-Vert dans la double confrontation qualificative à la Can qu’il remporte pour sa première participation, en cumulant les records.

 

1er buteur du Championnat pro

L’histoire retiendra que l’As Douanes a signé la première victoire d’un club dans la nouvelle Ligue sénégalaise de football professionnel (Lsfp, Ligue 1) lancée le 2 mai 2009, en battant (1-0) l’Union sportive de Ouakam (USO). L’auteur du but historique : Ngalla Sylla. On parle, bien entendu, du foot classique où il a fait ses preuves, avant de suivre son destin. Formé dans les écoles de foot à Yoff, malgré le veto d’un papa qui voulait voir son fils réussir dans les études, Ngalla a su trouver un équilibre entre sa passion et les ordres paternels. «Je n’avais jamais de temps pour aller en boîte de nuit ou autre chose. J’étais toujours entre études et foot», professe l’ex-sociétaire de la Rs Yoff (2003-2005), du Port Autonome de Dakar (2007), de l’As Douanes (2009) et de l’Uso (2010).

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