Formé à Aldo Gentina (Sénégal), Moussa Ndiaye s’est révélé dans le championnat français et plus précisément à Monaco. Mais c’est avec l’équipe nationale du Sénégal que le natif des Parcelles a connu son heure de gloire. Après la finale de CAN perdue au Mali contre le Cameroun (2002), le milieu de terrain réputé pour sa lourde frappe a participé à l’épopée asiatique des lions (mondial 2002), avec une place de quart de finaliste. De retour au bercail, l’ancien joueur d’Istres a eu quelques piges à l’Olympique de Nqgor, avant de se consacrer à l’équipe des Parcelles Assainies qu’il compte placer au sommet du football sénégalais. Dans cet entretien exclusif qu’il nous a accordé, Moussa Ndiaye est revenu sur son parcours, ses expériences en équipe nationale, le mondial 2002, la qualification du Sénégal au prochain mondial, mais également sa reconversion.

Depuis votre retraite sportive, on ne vous entend presque plus. Que devient Moussa Ndiaye ?

Je suis bien ici au Sénégal et plus précisément dans mon quartier des Parcelles Assainies. Cette année, on m’a confié l’équipe de l’ASC Parcelles. C’est un club qui était en troisième division, avant de se retrouver en quatrième division la saison dernière. C’est une grande mission et j’invite les fils des Parcelles à soutenir cette équipe. Nous travaillons sur un projet à long terme et cela nécessite l’appui de tous.

Quels sont vos ambitions avec cette équipe des Parcelles Assainies ?

Notre objectif est de placer cette équipe dans l’échiquier du football sénégalais. A l’image de Pikine, Guédiawaye ou encore Jaraaf, nous aussi nous avons le droit de rêver. Il suffit d’y croire et de se donner les moyens d’y arriver. Nous prendrons le temps qu’il faudra. Je tends mes bras à toutes les couches de la population. Je suis un fils des Parcelles et le développement de cette localité est ma préoccupation première. Chacun doit apporter sa contribution pour bâtir un avenir meilleur pour nos enfants et nos petits frères.

Où avez-vous commencé à jouer au football ?

C’est tout petit que je me suis intéressé au football. J’ai débuté ici aux Parcelles Assainies, dans une école de football appelé Mandela. J’ai par la suite intégré l’équipe cadette de Yaakaar, avant de rejoindre le centre Aldo Gentina. C’est ce parcours que j’ai eu à faire au Sénégal. A Aldo Gentina, j’étais avec Salif Diao. A cette époque, Tony Sylva était déjà à Monaco.

Du centre Aldo Gentina, vous vous retrouvez à Monaco. Qui a facilité votre départ pour la France ?

Par la grâce de Dieu, j’ai eu la chance d’aller effectuer des tests à Monaco. J’étais avec un autre camarade. Cela s’est avéré concluant pour moi et j’ai passé deux ans au centre de formation du club. C’est à Monaco que j’ai eu mon premier contrat professionnel. Au bout de deux ans, on m’a envoyé à Istres où je me suis rapidement imposé. Avec mes belles prestations, Monaco est venu me récupérer.

Le changement d’environnement n’avait pas impacté sur votre intégration dans la Principauté ?

Mon arrivée en France avait coïncidé avec une période de fraîcheur. Ce n’était pas évident pour moi au début, mais il fallait s’y mettre. Avant même de quitter le Sénégal, nous savions ce qui nous attendait de l’autre bout. Ma détermination m’avait galvanisé au point que je me suis adapté rapidement.

A quand remonte votre arrivée en équipe nationale A du Sénégal ?

C’est en 1998 que j’ai intégré pour la première fois l’équipe nationale du Sénégal. A l’époque, beaucoup de joueurs sénégalais évoluaient en Arabie Saoudite. Mes coéquipiers étaient les Mamadou Diallo, Mansour Ayanda.

C’est en 2002 que vous avez véritablement connu le succès. Qu’est ce que vous retenez de cette période ?

C’est avant tout le bloc que nous formions. Pour certains, l’équipe a été constituée à cette période. Mais je dirais que c’est bien avant. C’est Peter Schnittger qui avait débuté le travail, avec la CAN 2000. En 2002, Bruno Metsu a eu le mérite de continuer son œuvre. Ce sont tous de grands entraîneurs. Mais pour ceux qui parlent de l’équipe nationale et qui la connaissent bien, ils savent à partir de quel moment le groupe s’est formé. C’est avec cette équipe que le Sénégal a disputé sa toute première finale de Coupe d’Afrique.

Qu’est ce qui faisait la force de cette génération ?

Nous étions avant tout une bande de copains. Nous avions presque tous débuté le football ici au Sénégal. Nous partagions cet amour du maillot national. Chacun savait ce qu’il devait faire et le pays était notre unique préoccupation. Nous étions animés par la volonté de réussir quelque chose pour le peuple qui croyait en nous. La solidarité et l’esprit de groupe étaient à la base de notre réussite.

Quels sont les rapports que vous avez avec vos coéquipiers de 2002 ?

Nous avons de bonnes relations. Il nous arrive parfois de se retrouver au terrain de Dakar Sacré-Cœur, le temps d’un match de football. Ce n’est pas évident car certains ne sont pas souvent ici à Dakar. Mais nous essayons de garder toujours cet esprit d’équipe. C’est très important pour nous, mais aussi pour nos enfants. Ils doivent apprendre à se connaître. Nous sommes tous une même famille et ce qui nous lie ne devrait pas seulement se limiter au football.

Quelle appréciation faites-vous du parcours des « Lions » dans les qualifications du mondial 2018 ?

Nous remercions Dieu de nous avoir donné la possibilité de disputer à nouveau la coupe du monde, après 2002. Je félicite les joueurs, le coach Aliou Cissé et l’encadrement dans son ensemble. Je pense que cette campagne nous a donné l’occasion de voir quel genre d’équipe nous avons. J’ai suivi leur parcours avec intérêt et je dirais que nous avons un bon groupe, avec des joueurs de qualité. Maintenant, il ne faut pas dormir et dire que c’est fait. Il faudra se remettre en question et travailler d’avantage. Le moindre relâchement pourrait leur coûter cher. Une fois en Russie, ils doivent avoir la tête sur les épaules. 2002 est une date historique. Mais ils doivent oublier cela et se concentrer sur l’édition de 2018. Ils ont une histoire à écrire et ils ont les moyens pour y arriver. Nous sommes tous derrière cette équipe.

En 2002, les joueurs évoluaient pratiquement dans des clubs moins huppés. Est-ce que le fait d’avoir des joueurs à Liverpool, Naples et autres pourrait avoir un impact ?

On peut bien évoluer dans un petit club et faire un bon résultat. L’inverse est également valable. Je pense que cela dépend tout simplement de l’engagement. Il arrive même de voir des joueurs issus de clubs moins huppés, mais qui se donnent à fond. Leur objectif, c’est de se faire voir et augmenter leur valeur marchande. Cela arrive parfois. Mais ce qui est important, c’est de pouvoir répondre présent quand le coach vous accorde sa confiance. Quand on vient en équipe nationale, on doit savoir que c’est pour défendre le drapeau. L’équipe nationale, c’est la continuité. Quand une génération passe, une autre est déjà sur place pour la remplacer.

Comment voyez-vous cette poule du Sénégal, avec la Colombie, la Pologne et le Japon ?

Ce sont de très belles équipes. C’est une poule constituée d’équipes qui pratiquent un football différent. Que ça soit le Sénégal, Japon, Colombie ou la Pologne, chacune de ces équipes à son identité footballistique. Les gens disent que c’est un groupe abordable et que c’est à la portée des Lions. Mais la différence se fera sur le terrain. Il ne faut surtout pas sous estimer ces équipes. Elles viennent au mondial avec des objectifs comme toutes les autres. Le ballon circulera pour tout le monde. Les garçons doivent respecter leurs adversaires et jouer à fond leur football

Quels doivent être les objectifs du Sénégal dans cette coupe du monde ?

La coupe du monde, c’est la rencontre des meilleures équipes de football de la planète. Chacun y vient avec ses objectifs. En ce qui concerne le Sénégal, il faudra d’abord passer le premier tour. Après cette étape, on pourra se fixer des objectifs clairs pour la suite de la compétition. Il faudra aborder les matchs avec sérénité et montrer une détermination sans faille.

Vous avez connu Aliou Cissé joueur. Ya-t-il une différence entre le footballeur et l’entraîneur qu’il est devenu ?

Ce n’est pas pareil. Mais la mentalité de l’homme est toujours la même. C’est quelqu’un qui a la culture de la gagne. Une qualité qu’il a transmise à ses joueurs. Dans ce métier, les critiques ne vont jamais manquer. Mais il a toujours su trouver la bonne réponse. Et en gardant cet esprit de gagneur, il pourra s’en sortir inchalla (sil plaît à Dieu).

Au Sénégal, la question des binationaux revient souvent dans les discussions. Est-ce que cela existait à votre époque ?

Même si cela existait, ce n’était pas aussi médiatisé comme aujourd’hui. Si vous prenez la génération de 2002, beaucoup d’entre eux sont nés au Sénégal. Certains avaient même joué les navétanes. Ils connaissaient les réalités du pays et ils avaient cette mentalité de « Diengou man » (battant). Ils croyaient en eux et ils ne reculaient jamais quand il s’agissait de défendre le drapeau.

Est-ce que vous retrouvez ces qualités dans cette équipe du Sénégal ?

Vous savez, tout est une question de travail. Quand ont est joueur, on doit être à mesure d’exécuter les tâches données par l’entraîneur. Quelqu’un qui applique les consignes et qui répond favorablement aux attentes du coach, il n’a pas besoin de se dire s’il est un battant ou pas. Ce sont les personnes qui vont juger. Il faut toujours se remettre en cause et se dire que je peux faire plus.

Après leur qualification, les « lions » avaient réclamé des terrains et des passeports diplomatiques. Est-ce vraiment une nécessité ?

Chacun est libre d’avoir un avis la dessus. Nous ne pouvons pas aussi être à la place de ces joueurs là. S’ils jugent nécessaire de le demander au président de la République, c’est parce qu’ils en ont sans doute besoin. Les Sénégalais doivent le comprendre ainsi et ne pas en faire une histoire.

L’argent récolté de la qualification du Sénégal au mondial 2018 a aiguisé les appétits. Selon vous, a qui doit profiter cette manne financière ?

Nous ne pouvons pas empêcher les gens de parler. Chacun donnera son avis, même en ayant pas des éléments d’appréciation. Moi je pense que si le Sénégal reçoit c’et argent, c’est grâce au football. Donc logiquement, il devait revenir au football et servir à son développement. Les infrastructures ne suffisent pas et le football doit être pratiqué partout dans le pays. Il faudra aider les clubs et investir dans la petite catégorie. Le développement du football nécessite des moyens. Vous nous avez trouvé sur un terrain vague pour notre séance d’entraînement. Nous voulons un stade ici aux Parcelles. L’absence d’une telle infrastructure plombe la pratique du football dans la localité. Nous lançons un appel à l’Etat. Nous attendons depuis, mais cela tarde à se concrétiser. C’est un investissement lourd et ça nécessite l’implication de l’Etat.

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