Moulaye Thiam, les confidences d'un « esclave du foot moderne »

    Devenu footballeur professionnel à 16 ans, Moulaye Thiam accuse son agent et son ancien club d’avoir gâché sa carrière. Installé à Vitré depuis peu, il envisage d’écrire un livre.

    Il a commencé à raconter son histoire il y a un an seulement. Quinze ans après les faits. Sur les conseils de son entourage, Moulaye Thiam, 31 ans, révèle son parcours de jeune espoir du ballon rond. Un court voyage dans le monde professionnel qui a viré au cauchemar.

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    Le PSG, Ribéry et le Stade Rennais

    Et pourtant. Le Franco-Sénégalais avait tout pour réussir. Un talent précoce qui éclôt au Paris Saint-Germain. « J’ai toujours joué avec des plus âgés. Surclassé dans l’équipe des moins de 13 ans, je jouais aux côtés de Selim Benachour, Houssine Kharja, Jean-Michel Badiane ou encore Mounir Obbadi. » Que des futurs pros.

    Rapidement repéré, le jeune milieu offensif ira passer un essai à Lille. Avec un certain Franck Ribéry. Mais avant même de recevoir la réponse du club nordiste, une autre proposition surgit. « L’agent de Didier Drogba est venu chez moi, voir ma mère, il voulait m’emmener à Rennes. » Un beau discours, un petit chèque, et la maman accepte. « J’ai fait ma valise de suite. » Moulaye a 11 ans et demi. Il touche son rêve du doigt.

    Il s’entraîne avec Wiltord

    Au Stade Rennais, il s’entraîne avec les -15 ans, puis avec les -17 ans, entraînés par Landry Chauvin. « J’ai même été confronté à l’équipe réserve lors de certains entraînements. » Face à lui Wiltord, Dabo, Silvestre, Bigné ou Darcheville.

    Les saisons défilent. La réputation de Moulaye Thiam dépasse les frontières. Via un intermédiaire parisien, un agent portugais, Luis Norton de Matos, contacte ses parents.

    Un contrat pro de 3 ans au Portugal

    La promesse est séduisante. Un contrat professionnel de 3 ans au Sporting Lisbonne. Alors que Rennes lui propose un parcours classique sur 4 ans, en passant par les cases aspirant et stagiaire pro. Il finit par choisir l’option portugaise. Trop alléchante.

    « A 16 ans, c’était dur de refuser »

    « C’est là que tout a basculé », analyse l’ex-espoir du foot français qui ne touchera « pas un centime ». « Avec le recul, je me dis que j’aurais dû rester au Stade Rennais. Mais à 16 ans, c’était dur de refuser. »

    A son arrivée au Portugal, tout est rose. Entraînement avec les pros, appartement fourni par le club, repas gratuits et agent aux petits soins. « Il m’a fait croire que je serai le meilleur joueur d’Europe. »

    Blessure et piqûres

    Sur le terrain, l’apprentissage est rude. « Je forçais et mes adducteurs ont lâché. » Une pubalgie aux conséquences désastreuses.

    « Le club n’a pas trouvé le moyen de me soigner correctement, alors ils m’injectaient des piqûres. Ça me soulageait le temps des matchs, mais ça a aggravé ma blessure. »

    Du Sporting au FC Porto

    Les rebondissements s’enchaînent. Trop vite pour un gamin de 16 ans. « Un jour, mon agent m’a fait signer un papier en portugais. Il m’a dit qu’il m’emmenait au FC Porto. On m’a mis dans une voiture, puis dans un avion. Un autre agent devait me récupérer, je devais faire comme si j’arrivais de France. Surtout, je ne devais pas évoquer mon passage au Sporting, ni parler de Luis Norton de Matos. »

    Moulaye ne comprend pas tout. Mais à Porto, il intègre effectivement le club. S’entraîne avec les jeunes cette fois. Mais commence à douter. Six mois plus tard, il n’a toujours rien signé. Alors il demande un entretien avec la direction. Et explique tout. Luis Norton de Matos, le Sporting…

    « Abandonné dans un appartement minable »

    « Le lendemain, on est venu me chercher pour m’emmener dans un club de D2, Feirense. Je n’ai plus eu de nouvelles des agents. Ils m’ont abandonné là-bas, dans un appartement minable et dégueulasse !  »

    Constatant le problème physique du joueur, le club local refuse de le faire signer. Il n’y a plus qu’une chose à faire : rentrer en France.

    La fin d’une année galère. « J’ai été utilisé comme un esclave. J’aurais pu vivre mon rêve, aider ma famille, mais ils ont gâché ma carrière. »

    Il réclame un million d’euros

    “Ils”, ce sont Luis Norton de Matos et le club du Sporting, à qui le Franco-Sénégalais réclame 1 million d’euros de réparation. L’agent aurait raflé tout l’argent du contrat. Quant au club, il est mis en cause pour les piqûres censées soigner sa blessure.

    « Dans tous les clubs où je suis passé ensuite, la douleur m’a suivi. » A Thouars en National d’abord, puis à La Vitréenne une saison. C’était en 2001-2002 sous les ordres de Thierry Rébillon, avec les Christophe Delestre, Ahmed Sidibé et Jean-Charles Bertin notamment. Enfin, un passage à Saint-Malo avant « d’arrêter de jouer pendant 8 ans ».

    Retour à Vitré en 2015

    En février 2015, Moulaye Thiam est revenu à Vitré. Une « ville calme », proche de Rennes où résident ses enfants, avec son ex-femme. Hébergé chez un ami, il espère trouver rapidement un appartement. Et vient de signer une licence à La Vitréenne.

    Menacé par téléphone

    Depuis un an, son histoire a pris de l’ampleur. Articles de presse, page Facebook… Cette médiatisation remue un passé qui dérange. Fin 2014, Moulaye Thiam assure avoir reçu des menaces au téléphone. « Je n’ai pas reconnu la voix mais la personne avait un accent portugais. Elle me disait d’arrêter de parler dans les médias. Elle connaissait mon adresse. J’ai déposé une main courante et changé de numéro. »

    Mais il ne se laisse pas impressionner. Récemment contacté pour faire un film et un reportage, Moulaye Thiam a aussi l’intention d’écrire un livre. Le livre d’un jeune espoir à la carrière brisée.

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