MONDIAL RUSSIE 2018 : Les défis qui interpellent Aliou Cissé

    Quinze ans après sa première qualification à une phase finale de Coupe du monde, le Sénégal retrouve cette compétition. Les Lions seront bel et bien en Russie, au mois de juin 2018. Mais pour une participation remarquable de la sélection nationale, des défis, relevés par des techniciens, interpellent Aliou Cissé et son staff.

    A sept mois de la Coupe du monde, Russie 2018, l’équipe du Sénégal devra présenter un meilleur visage pour représenter honorablement le continent. Et cela, le coach Aliou Cissé l’a bien compris. « On est conscient qu’il va falloir bien se préparer », a-t-il reconnu à la fin du match remporté contre l’Afrique du Sud (2-1) comptant pour la 6e et dernière journée des éliminatoires du Mondial. Même s’il affirme avoir un « bon groupe », l’ancien capitaine est d’avis qu’il est toujours bon d’essayer « d’améliorer » son équipe. Pour y arriver, un vaste chantier l’attend. Celui-ci est relatif aux défis répertoriés par l’ancien entraîneur du Jaraaf, Cheikh Tidiane Bitèye et le Directeur technique départemental (DTD) de Diourbel, Cheikh Diouf.

    Présenter le meilleur effectif possible

    Durant la campagne ayant abouti à la qualification du Sénégal à la Coupe du monde, le sélectionneur a grandement ouvert la Tanière à tous les joueurs sénégalais évoluant un peu partout dans le monde. « La sélection est une affaire nationale », avait-il l’habitude de dire. Pour lui, il n’est pas question de faire autrement, malgré l’obtention du ticket qualificatif. Cet avis est partagé par l’ancien coach du Jaraaf de Dakar, Cheikh Tidiane Bitèye, qui reconnaît qu’il y a « un gros potentiel » dans le groupe actuel.

    « Les éléments sont là. Il va falloir trouver une alchimie parfaite permettant d’avoir la meilleure équipe possible. Mais rien ne l’empêche d’aller chercher l’oiseau rare capable d’améliorer son groupe », dit-il. Par contre, pour le Directeur technique départemental de Diourbel, Cheikh Diouf, c’est le moment de travailler sur « l’état d’esprit » et essayer d’installer la « cohésion ». C’est la raison pour laquelle il suggère de stabiliser le groupe. « Puisque l’équipe s’est qualifiée avec les mêmes joueurs, il faut garder ces derniers. »

    Disposer de portiers rassurants

    Depuis son arrivée sur le banc des Lions, Aliou Cissé a également ouvert la porte aux gardiens de but. Depuis longtemps, Abdoulaye Diallo a occupé le statut de numéro 1. Mais pendant un moment, ce dernier n’est pas venu en sélection à cause d’une blessure. Le malheur des uns faisant le bonheur des autres, Khadim Ndiaye, son suppléant durant une longue durée, a assuré l’intérim. Ses prestations sont bien appréciées d’ailleurs. « Je suis satisfait du travail de Khadim Ndiaye. Il est en train de faire d’excellents matchs », s’est réjoui le directeur technique départemental de Diourbel. Néanmoins, Cheikh Diouf confie qu’il « faut des gardiens de haut niveau ». C’est pour cela qu’il plaide pour le retour d’Abdoulaye Diallo. « Il nous faut trois grands gardiens. Il faut des gardiens expérimentés ayant une bonne lecture de jeu », soutient-il. Son argument est appuyé par Bitèye. « Pour une très bonne organisation défensive, il faut un très bon gardien de but qui inspire la sécurité, quand l’équipe a des problèmes », renchérit-il. Pour exister au haut niveau comme la Coupe du monde, les portiers sénégalais « doivent s’améliorer » pour qu’on ait une équipe complète.

    Renforcer la défense par des joueurs de couloir décisifs

    Il n’y a pas de doute que l’une des forces des Lions repose sur leur défense, notamment l’axe central. La paire Kalidou Koulibaly-Kara Mbodji a mis tout le monde d’accord. Ce duo est resté solide, même pendant les moments de flottement de l’équipe. Ce qui a fait dire à Cheikh Diouf « qu’on peut compter sur eux ». « On a une défense stable », a-t-il assuré. Le Sénégal a des joueurs « rassurants » sur ce compartiment du jeu, selon Bitèye.

    Cependant, ces techniciens ne sont pas entièrement convaincus par les hommes de couloir. « Nous avons des problèmes au niveau des couloirs », a noté l’ancien coach du club de la Médina. Ce qui fait la différence chez les grandes équipes, c’est aussi la capacité des arrières à « porter le surnombre offensif ». Or, dit-il, cela n’est pas le cas actuellement dans l’équipe sénégalaise. Et il va falloir améliorer le jeu à ce niveau. « Même si à droite, Gassama a énormément progressé et fait de bons matchs, il y a des impairs inadmissibles à ce niveau. A gauche, c’est la même chose jusqu’au dernier match où on a aligné Sabaly qui a fait un très bon match. Mais il y a aussi des imprécisions », soutient-il.

    Pour le directeur intérimaire du stade Ely Manel Fall de Diourbel, qui partage la même analyse, si les latéraux ne parviennent pas à faire la différence au niveau de la ligne intermédiaire, d’apporter sur la ligne offensive et faire des centres, on aura des problèmes. « Le football, maintenant, explique-t-il, il faut avoir des latéraux capables de défendre et d’aider les milieux de terrain à conserver la balle et progresser vers la ligne offensive. Malheureusement, on ne l’a pas actuellement. C’est Pape Ndiaye Souaré qui le faisait. »

    Instaurer un milieu de terrain joueur

    Jusque là, les Lions ont su tirer leur épingle du jeu, grâce à un axe central presque inébranlable qui a bon nombre de fois sauvé l’équipe du pire. A côté de cette forteresse, il y a le milieu de terrain qui a été décrié, à maintes reprises, surtout dans l’organisation de jeu. L’entrejeu a été le ventre mou du dispositif de Cissé. A ce niveau, c’est « la conservation, la cohésion, l’attitude à adopter en situation de perte de balle, la création du surnombre en cas de possession de celle-ci », qui pose problème, de l’avis de Cheikh Diouf. « Il n’y a pas encore ce link qui devrait y avoir entre le milieu et la défense et le milieu et l’attaque », estime le coach Bitèye.

    A la question de savoir s’il faut aller chercher la solution ailleurs ou faire confiance aux joueurs déjà présents dans le groupe, les deux techniciens n’adoptent pas la même approche. L’ancien entraîneur du Jaraaf est favorable à l’ouverture. « Il est toujours possible d’aller chercher d’autres joueurs. Il n’est pas dit que ce sont ceux qui ont qualifié l’équipe qui iront en Russie. » Par contre, le DTD de Diourbel est pour qu’on fasse confiance à l’existant. « Les hommes qu’on a peuvent faire ce job. Opa Nguette et Alioune Ndiaye peuvent jouer ce rôle, si on leur fait confiance. »

    Toutefois, ces derniers sont d’avis qu’il va falloir que le milieu de terrain soit dynamique. « Le talent est là, mais il va falloir y mettre du volume, c’est-à-dire les déplacements des joueurs, la conception par rapport aux pertes de balles, à la transition offensive, quand nous avons le ballon », enjoint M. Bitèye. A en croire Cheikh Diouf, ce défaut de mouvement a beaucoup fatigué l’équipe, lors du match aller contre l’Afrique du Sud. « Les Sud-Africains pénétraient notre milieu et se retrouvaient face à notre défense. C’est ce qu’il faut éviter. En cas de perte de balles, il faut garder le bloc. Si on récupère le ballon, on doit le garder et aller d’une manière très rapide vers l’avant. »

    Entretenir l’efficacité en attaque

    Pour gagner un match, il faut marquer des buts. Cette affirmation est tellement vraie que les Lions ont validé la qualification au Mondial, grâce à deux buts marqués, même s’ils n’ont pas eu la maîtrise du jeu face à une équipe sud-africaine très joueuse. « Nous avons de très bons attaquants », constate Bitèye. Qui est convaincu que le Sénégal est capable de mettre « au moins un but par match », compte tenu de la qualité des joueurs composant son attaque. Cependant, il estime que le jeu offensif des Lions est perfectible. « Ils sont bons en tant qu’attaquants, mais sur le plan tactique, ils ont des problèmes pour se mouler à fond dans l’équipe », fait-il remarquer. De ce fait, il suggère une amélioration dans ce secteur.

    Ainsi, il pense que des joueurs comme Ismaïla Sarr, s’il reprend la compétition, Mbaye Niang, s’il a moins de déchets dans son jeu, peuvent apporter beaucoup de choses à la sélection. « Compte tenu de son expérience, Moussa Sow peut amener beaucoup de choses », ajoute-t-il. A ces joueurs, il ajoute le nom de Mame Biram Diouf qui, selon lui, doit être suivi par le staff technique, car « il retrouve son niveau d’efficacité ». De l’avis de Cheikh Diouf, le Sénégal a trouvé son « attaquant de métier » en la personne de Diafra Sakho. Ce dernier, est-il convaincu, l’a montré grâce au but qu’il a marqué, lors de la victoire (2-0) des Lions contre l’Afrique du Sud à Polokwane. Mais le buteur de West Ham est défavorisé par ses blessures récurrentes.

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