Les «Lions» sourds-muets ont remporté la première édition du Championnat d’Afrique de football des sourds-muets. Derrière ce sacre continental, se cache tout un mystère que L’Observateur a percé.

Ils sont partis de Dakar pour Nairobi sans tambour ni trompette, sans l’intérêt des caméras et autres flashs des appareils photo. Mais leur silence tout à fait normal, parce qu’ils sont des sourds et malentendants, est devenu si éloquent depuis qu’ils ont hisser le drapeau du Sénégal au plus haut sommet du continent africain en devenant vainqueurs de la première édition du Championnat d’Afrique de football des sourds-muets, après avoir battu le Mali (1-0) le 25 septembre dernier. Depuis ce soir-là, Khadim Marro, auteur du but qui a offert le trophée continental au Sénégal, et ses coéquipiers sont sortis de l’anonymat, laissant derrière mille et une interrogations. Car jusque-là, des Sénégalais ignoraient l’existence d’une sélection nationale de sourds-muets. On se demande d’où sont dénichés ces sourds doués qui ont offert la Can au Sénégal qui ne rêve que de ça, comment des malentendants peuvent jouer en équipe. Est-ce que sur le pré, les jeux de regards doivent être plus importants ? Est-ce que parfois un coéquipier est oublié en retrait ou à l’opposé ? Est-ce les cris du gardien tombent dans l’oreille de sa défense ? Est-ce qu’on ne risque pas de voir une action de jeu se poursuivre alors que l’arbitre a sifflé depuis pas mal de temps ? «Les gosses ont, durant tout le tournois, montré une discipline et ils ont respecté à la lettre les consignes. C’est la raison pour laquelle, ils ont battu l’une des équipes favorites du tournoi, le Cameroun, en demi-finale. Contre le Mali, ils avaient peur, mais on leur a dit que, pour gagner, il faudra tout faire pour marquer en premier. Les Maliens seront perturbés s’ils encaissent en premier dans le match et les gosses l’ont fait», se réjouit Tassirou Diallo, membre du staff de l’équipe Championne d’Afrique qui représentera le continent à la Coupe du monde de la discipline en 2022 au Brésil.

La preuve que la surdité peut s’avérer être une qualité pour un joueur de foot, car on a justement tendance à avoir une meilleure prise d’information. Mais pour comprendre ce sacre du Sénégal à la Can de foot des sourds-muets, il faut remonter le temps.

L’équipe du Sénégal des malentendants a été mise en place depuis très longtemps à travers des tournois régionaux parrainés par le ministre de la Santé et de l’action sociale, Abdoulaye Diouf Sarr, et Mbaye Diouf Dia. Selon l’actuel sélectionneur de «Lions» sourds-muets, Abdou Aziz Dieng, ces derniers ont toujours soutenu les sourds-muets qui ont eu à jouer dans la sous-région face à des équipes, comme le Mali et la Sierra-Léone. Mais l’équipe s’est révélée au grand public quand elle a commencé à faire des merveilles à Nairobi lors du Championnat d’Afrique de football des Sourds, organisé par la Confédération africaine des Sports des Sourds (Cads). Arrivé comme invitée de la compétition, l’équipe du Sénégal est repartie avec la coupe.

Les «Lions» sourds-muets ont dompté l’Afrique en jouant en équipe. Un miracle, car c’est en l’espace de 7 mois que la Dream-team s’est construite, comme l’explique Abdou Aziz Dieng. «J’avais demandé aux dirigeants de me permettre de sillonner toutes les 14 régions du Sénégal pour voir les jeunes joueurs pour faire une pré-sélection. Faute de moyens financiers pour faire le tour du Sénégal, j’ai demandé aux dirigeants d’inviter tous les joueurs qu’ils connaissent, afin que l’on puisse organiser des rencontres au stade de Mbao. Plus de 300 joueurs sont venus. On a organisé des matches, on a continué la détection pour parvenir à faire une sélection», révèle-t-il. Ainsi, pour les besoins de la Coupe d’Afrique qui s’est jouée du 11 au 25 septembre dernier, Abdou Aziz Dieng et son adjoint Moussa Dia ont publié une liste de 23 joueurs, dont un expatrié venu de la France, Khadim Marro (auteur de l’unique but de finale).

«Les difficultés pour réveiller les sourds enfermés dans leurs chambres d’hôtel»

Les techniciens ont bavé pour mettre en place une équipe conquérante. Ils ont aussi rencontré tous les problèmes du monde pour disposer de leurs joueurs pour la première séance d’entraînement à Nairobi. «Lorsqu’on est arrivé à l’hôtel, ils se sont enfermés dans leurs chambres pour dormir. Au petit matin, on avait rencontré d’énormes difficultés pour les réveiller parce qu’ils n’entendent pas. Donc, il fallait vite trouver une solution à ça. On a ensuite mis en place une nouvelle stratégie en leur demandant de ne pas fermer leur chambre à l’heure d’entraînement, comme ça on peut faire le tour des chambres pour aviser du départ pour le stade. Nous avons fonctionné ainsi pendant tout le tournoi», explique Tassirou Diallo, membre du Comité national des handisports, indiquant que ce sont des joueurs qui connaissent bien les règles, «puisque ce sont des gens qui suivent tous les jours le football, qui parlent de l’Équipe nationale A, qui donnent leurs avis sur les joueurs convoqués par Aliou Cissé, qui  parlent de football international, du Barça, du Real… Ils discutent des décisions des arbitres lors des matches de football.»

Sur le plan de la communication, la connexion a été établie. Au-delà d’être le sélectionneur national de l’Equipe du Sénégal, Abdou Aziz Dieng est un interprète de langue en signes. Donc, il est facile pour lui de faire passer le message aux joueurs. Abdou Aziz Dieng : «Quand j’entraîne des malentendants, je fais beaucoup de mise en situation, avec des pédagogies de pratique. Donc avant chaque match, on fait des mises en situation pour leur faire comprendre comment se comporter. Si nous sommes en phase d’attaque, en phase de défense… Heureusement, c’étaient des jeunes très réceptifs qui comprennent vite et s’adaptent aussi vite à n’importe quelle situation.»

SourceLobs
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