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Ces talents gâchés du championnat sénégalais

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BIELSKO-BIALA, POLAND - JUNE 08: Players of Senegal take a moment of reflection before their warm up ahead of the 2019 FIFA U-20 World Cup Quarter Final match between Korea Republic and Senegal at Bielsko-Biala Stadium on June 08, 2019 in Bielsko-Biala, Poland. (Photo by Alex Livesey - FIFA/FIFA via Getty Images)

Promis à un bel avenir dans le football, à l’image de Salim Ndao, Djiby Ndiaye, Ibou Sène Diouf, Abdoulaye Ba «Messi» ou encore Rémi Nassalan, de nombreux joueurs du championnat local n’ont jamais brillé autant que leur talent le laissait espérer.

Leurs carrières n’ont eu l’effet escompté. Très prometteurs à leurs débuts dans le championnat professionnel, ils semblaient destinés à un avenir radieux dans le football. Avec leurs qualités, ils ont illuminé les terrains de Ligue 1 et fait naître des espoirs auprès des férus du football local. Salim Mamadou Ndao, Djiby Ndiaye, Souleymane Cissé, Arfang Boubacar Daffé (Diambars), Ibou Sène Diouf, Abdoulaye Ba «Messi» ou récemment Rémi Nassalan, ils sont nombreux dans cette catégorie de diamants bruts qui n’ont pas scintillé en dehors des terrains sénégalais.

Au fil des années, les promesses se sont transformées en un tas d’échecs aux portes du haut niveau. Formateur à Diambars, Salif Diallo a côtoyé les quatre premiers joueurs cités. «Je ne comprends pas ce qu’on appelle «flop» parce que tous ces joueurs cités sont actuellement des professionnels. Ils n’ont certes pas signé dans de grands clubs, mais ils sont tous des joueurs professionnels. Ils gagnent leur vie et subviennent aux besoins de leurs familles grâce au football. Ce sont des internationaux qui ont eu des sélections dans toutes les catégories (jeunes).»

«Salim Ndao, c’était le Steven Gerrard sénégalais»

Entraîneur adjoint de Boubacar Gadiaga sur le banc de l’équipe professionnelle de l’académie Diambars, l’ancien milieu international dans les années 80 a observé de près cette bande de joueurs prometteurs. «Salim Ndao, c’était le Steven Gerrard sénégalais. Aux débuts de Diambars dans le championnat professionnel, il a éclaboussé le championnat avec son talent. À l’époque, j’étais encore à l’Us Corée, mais j’allais suivre les matches de Ligue 2 pour le voir avec Diambars. C’est un grand milieu de terrain avec une bonne vision de jeu, une bonne qualité de passe. Il a émerveillé le Sénégal. En termes de talent, c’est un régal de le voir avec son toucher de balle», explique Salif Diallo qui évoque le «facteur chance» dans son cas. «Parce qu’au Sénégal, il n’y a pas beaucoup de milieux de terrain qui avaient ses qualités : un bon pied gauche, une bonne vision de jeu, intelligent et capable d’orienter le jeu à sa guise. Jeune, Salim avait un talent que n’ont pas des milieux de terrain qui sont aujourd’hui dans des clubs en Europe.»

Mais derrière ce «manque de chance», le milieu de 29 ans qui a joué avec Pape Alioune Ndiaye et Saliou Ciss avait aussi des «manquements défensifs». «C’est ce qu’on lui reprochait parfois. Quand il jouait milieu offensif, son retour dans le replacement défensif à la perte du ballon a peut-être joué en sa défaveur. Mais quand il a été repositionné en pointe basse devant la défense dans un milieu à trois, les gens se sont régalés avec lui. Il a eu plus de rendement dans cette position et allait même au marquage. Avant, il ne pénétrait pas dans la surface de réparation adverse. Maintenant, il se projette vers l’avant.» Pensionnaire du club marocain de Mouloudia (Bolota Pro) depuis deux ans, il sort d’une «belle saison». «Cette année encore, il a réalisé de bonnes performances avant l’interruption du championnat à cause du Covid-19. Ce n’est pas trop tard pour lui parce qu’on a vu le cas Ousseynou Thioune aujourd’hui à Sochaux. Il peut faire une très bonne saison au Maroc et partir.»

Percutant et vif, Arfang Boubacar Daffé a été aussi l’un des meilleurs joueurs du championnat sénégalais avant de disparaître des projecteurs. «Quand il était à Diambars, il me rappelait Cheikh Fam du Jaraaf par ses déboulés, sa vitesse, ses centres et son intelligence dans le jeu, explique Salif Diallo. Sa baisse de régime peut s’expliquer par le volume de travail. Un joueur doit être apte sur la condition physique pour pouvoir répéter les efforts. Il y avait aussi une forte concurrence à son poste à Diambars, avec Simon Aristide Diédhiou et Ousseynou Ndiaye qui jouaient sur les côtés et étaient au-dessus. Il s’éclate en Géorgie où il fait partie des meilleurs du championnat.» Passé notamment par l’Atlético Madrid B (prêt) en 2011, il joue depuis juin 2019, au Dinamo Tbilisi où il a encore un an de contrat.

A côté de Salim Ndao et Arfang Daffé, Djiby Ndiaye fait aussi partie de cette génération dorée de Diambars. Salif Diallo parle de lui comme «l’un des meilleurs défenseurs du pays». «L’année où on gagnait le championnat (2013), il était le meilleur demi-centre du pays. Au meilleur de sa forme et sans blessure, il était l’un des meilleurs défenseurs centraux de la Ligue 1. Ce n’est pas pour rien qu’il a été le capitaine de l’équipe nationale en Cadets et Juniors. Une bonne détente, un bon placement, un jeu propre, intelligent, une bonne maîtrise de jeu, c’était un libero technique qui me rappelait Roger Mendy avec qui j’ai joué en 1984. Il avait un bon timing. Malgré sa taille (moyenne), c’était étonnant de voir comment il arrivait à devancer les attaquants. Il savait anticiper, passer devant l’adversaire et jouer de la tête. Il savait aussi attendre le bon moment pour laisser à l’attaquant le temps de contrôler avant de le devancer et prendre le ballon. Honnêtement, c’était un régal.» Gêné par des blessures au genou, il a arrêté le football «depuis 2 ou 3 ans et vit en Italie avec son épouse». Comme lui, Souleymane Cissé a aussi arrêté le football, malgré un «talent fou». «Il a privilégié les études. Il a eu son bac avant de partir en France. C’était un ailier de débordement qui aimait provoquer et avait une bonne pointe de vitesse. Il était intelligent et très tactique.»

Ibou Sène Diouf, Abdoulaye Ba «Messi», Rémi Nassalan, Khadim Thioub, des talents tombés dans l’anonymat

Au delà de la fabrique de Diambars, le football local a produit d’autres talents, à l’image de Ibou Sène Diouf, Abdoulaye Ba «Messi» et Rémi Nassalan. Milieu offensif gaucher formé à Yeggo, le premier a émerveillé sous les maillots de l’As Cambérène, l’Us Gorée, Niary-Tally et du Jaraaf, avant de rejoindre Mbour Petite Côte en 2014. Il y a deux ans, il avait rejoint une équipe de 4e division espagnole. Mansour Ayanda évoque un joueur pétri de qualités, mais qui péchait sur le plan mental. «Il voulait quitter le pays le plus tôt possible. A un moment, il a été à Metz pendant 7 à 8 mois avec Papiss Demba Cissé. Ne pas avoir été retenu a dû jouer sur son mental à son retour. Il ne pouvait pas se concentrer dans le championnat, tout son rêve était de voyager. Quand un joueur est dans cette situation, cela provoque un manque de concentration.»

L’ancien milieu international du Jaraaf fait la même remarque pour Abdoulaye Ba «Messi» qui avait rejoint les pays arabes en début de saison. «Il a subitement régressé et touché le fond. Quand il était à Niary-Tally et compétitif, il était le meilleur joueur de l’équipe et tous les adversaires le craignaient. Il voulait voyager vite fait. L’imbroglio (du transfert) dont il a été au cœur entre le Jaraaf et Teungueth a peut-être joué dans sa situation. Lui et Ibou Sène auraient pu rejoindre l’équipe nationale à un moment, comme d’autres locaux.»

Quant à Rémi Nassalan, formé à Ndangane Fc, il a disputé la CAN Cadets en 2011 au Rwanda et la Coupe du monde U-20 en 2015 en Nouvelle-Zélande. De retour d’un bref séjour en France en 2016 (Colmar, National), il a évolué au Jaraaf avant de rejoindre la Jeanne d’Arc de Dakar où il a joué cette saison en National 1. Pour les trois joueurs cités, Mansour Ayanda fait le même constat : «ils avaient privilégié le voyage (à l’étranger) avant de prouver dans le championnat.»

Au rang des portiers, Khadim Thioub, à l’image de Pape Seydou Ndiaye, a atteint le sommet du football local. En septembre 2017, ils étaient même appelés ensemble en équipe nationale A lors d’un match au Burundi en éliminatoires de la CAN de la même année au Gabon. Mais depuis son départ du Jaraaf et malgré un passage remarqué au Casa Sports (2019), Khadim Thioub n’a pas confirmé les promesses. L’ancien gardien des «Lions», Kalidou Sissokho le voyait plus haut. «Khadim était dans une lancée extraordinaire et aurait pu nous apporter quelque chose. C’est dommage parce que c’est un garçon pétri de talent.» Sans club depuis son départ du Casa Sports, il «peut encore revenir à condition de se rapprocher d’un bon préparateur de gardien». «Certes, la pandémie (Covid-19) peut nuire à certains, mais il peut en profiter pour travailler sur les plans mental, physique et tactique pour revenir à son niveau dès la reprise du championnat.» C’est une autre promesse sans lendemain.

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