Des noms ayant marqué le football sénégalais, Boubacar Sarr Locotte est l’un des plus en vue. Du joueur suintent classe et aura qui en font une sorte d’intellectuel organique du sport sénégalais.

El Diablo ! C’est le titre d’un célèbre film sorti en 2009 et diffusé sur la chaine Novelas Tv. Le scénario est un condensé d’histoires de drogue, d’amour et de vengeance. Avec en vedette, Angela, une fille qui ruminait sa vengeance après la mort de son meilleur ami, ignorant que son père biologique, un riche homme d’affaires, était le meurtrier.

Mais le récit dont il s’agit ici n’est pas une fiction, c’est un chapitre de l’odyssée d’un footballeur talentueux du siècle dernier : Boubacar Sarr Locotte, ancien international sénégalais. Un attaquant racé, terreur des défenses adverses d’ici et d’ailleurs, qui faisait le bonheur des siens au point de mériter un surnom qui renseignait sur son talent : El Diablo. Ses coéquipiers à Dial Diop lui avaient collé ce sobriquet parce que renverser le sort d’une lutte inégale, c’était le sel de la vie de ce footballeur. «Boubacar était un phénomène, raconte l’ex-joueur à Dial Diop, Salam Touré dit Mame Touti. Le plus célèbre de ses matches renversés, c’était contre la Jeanne d’Arc (saison 70-71), qui menait par 2-0.

A 5 minutes de la fin, Locotte trouve le moyen d’égaliser et de faire gagner Dial Diop (2-3). Les gens qui partaient 10 minutes avant la fin pour prendre les transports en commun, quand on leur a dit, le lendemain, que Dial Diop a gagné, ils n’en revenaient pas. A l’époque, la JA, terreur des équipes sénégalaises, faisait face à un club sans grade : Dial Diop.» Entraîneur adjoint de Dial Diop à l’époque, Mahamadou Hafizou Diallo dit Khaf ne s’est pas encore remis de ses émotions. «Ce jour-là, dit-il, Boubacar avait marqué un but d’anthologie. Sur un centre, Locotte contourne Lamine Mboup de la tête pour croiser son tir côté opposé.» Somptueux.

Dans les rangs du petit poucet, le coup de pouce venait souvent du jeune garçon à l’ambition démesurée qui mettait tout le monde d’accord sur son talent et sa maturité précoce. «Boubacar a très tôt compris que dans la surface de réparation, c’est le grand sérieux : bien regarder le gardien et choisir son angle. C’était un garçon très adroit, qui jouait bien de la tête, avait un bon coup de pied et était véloce. Face au but, il était d’une grande sérénité. Cette lucidité et cette adresse lui ont permis de réussir partout. C’était un joueur technique jusqu’au bout des ongles.»

Prophète en son pays, Boubacar Sarr Locotte a d’abord soulevé les foules au Sénégal avant de fouler les pelouses des plus grands terrains d’Europe sous le regard de Abdoulaye Diallo, devenu plus tard une sommité du football sénégalais. L’ancien attaquant de l’Olympique de Marseille, actuellement à la retraite en France, rembobine le film de El Diablo qui se déroulait sous ses yeux. «Boubacar, je l’ai connu au PSG à travers la télé avant de le côtoyer à Marseille. J’étais fasciné par sa gentillesse, sa modestie et son efficacité devant les buts. C’était un attaquant rusé. L’année de la montée de l’OM en première division (1983), il avait réussi une belle saison.» Pour ses proches, ce n’était pas une surprise.

L’attaquant a très tôt développé le sens de la mesure et des responsabilités. Mame Touti qui partageait le même maillot avec lui d’abord à la Stella de Dakar (AS Sportive des postes et télécommunication), un des clubs fondateurs de Dial Diop avec le Stade Dakar, l’Entente Petite Côte et l’Union sportive des indigènes (Usi), s’en était très vite rendu compte. «Avec Bouba, souligne-t-il, on a démarré à la Stella, moi en juniors, lui en cadets. On s’est retrouvé en séniors. On a cheminé ensemble jusqu’à l’avènement de Dial Diop. C’est un leader né ! Un gagneur. Très correct. Sur le terrain, il n’a jamais répondu aux coups de sabot.

C’était un professionnel avant l’heure qui s’entrainait comme un forcené. Etant jeune, il venait au regroupement avec les séniors et réveillait tout le monde à 5 heures du matin pour faire le footing sur la corniche. Avant l’entraînement, sa mise en train était incroyable. Pour nous, ce n’était pas étonnant de le voir partir et embrasser une carrière professionnelle». Adjoint de l’entraîneur Ibrahima Diarra dit Pacha, décédé, Mahamadou Hafizou Diallo a contribué à la formation du joueur avant de contempler ses exploits en Europe, avec fierté. Son témoignage est élogieux : «Tout ce que Boubacar a eu, c’est à force de travailler. Avant sa carrière internationale, Locotte s’était forgé un caractère de professionnel bien qu’on était amateur. Il s’entraînait plus que les autres et n’était pas dispersé pendant les regroupements. Il était sérieux au point de vue travail invisible, travail supplémentaire. Il prenait de l’avance sur les autres. C’est un gosse qui s’est forgé lui-même. Un garçon très réceptif qui aimait le football. A l’époque, on avait beaucoup de candidats (pour l’Europe) mais peu d’élus. Il fallait être parmi les meilleurs pour être choisi. Locotte n’a jamais été en dessous de tout ce qu’on demandait à un footballeur. Il n’était pas extravagant, mais se multipliait par 10 sur le terrain. Il portait l’équipe sur son dos.»

Boubacar Sarr s’en était donné les moyens. «Il faisait sa préparation hivernale avec la section d’athlétisme de Dial Diop pendant les Cross organisés par la ligue, chaque début de saison, avant de rejoindre l’équipe spécifiquement.» «C’était un athlète de haut niveau» qui s’est très tôt révélé. «A l’époque, précise Mame Touti, il y avait ce qu’on appelait le Concours des jeunes footballeurs, organisé par la Fédération sénégalaise de football, des gestes techniques et physiques qu’on faisait faire aux cadets dans toutes les régions, avant de se retrouver en phase finale supervisée par la direction technique nationale. Locotte a été lauréat de ce tournoi. En plus, il a été meilleur buteur de Dial Diop et du championnat.» El Diablo méritait bien son nom.

1 COMMENTAIRE

  1. Le Locotte technique et decisif au Dial Diop je ne l’ai pas retrouvé en France; sans doute freiné par Marseille une équipe trop défensive et calculatrice.

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