C’est avec un programme articulé autour de quatre grands axes prioritaires d’action et onze engagements pour le changement que Me Augustin Senghor tente de convaincre qu’il est le meilleur profil pour être le prochain président de la Confédération africaine de football. Le candidat sénégalais a présenté son programme samedi dernier, à Praia, au Cap-Vert, devant ses pairs de l’Union des Fédérations Ouest Africaines de la zone A.

4 AXES
Pourquoi annoncer le programme à Praia
«Très tôt, j’ai annoncé que je vais vers une campagne panafricaine. Je ne renie pas mes origines sénégalaises, c’est tellement vrai que la déclaration de ma candidature a été faite chez nous dans les locaux de la fédération qui m’a mandaté. Le lancement a été fait à Dakar, Praia est la deuxième étape. Pourquoi le Cap-Vert ? Le point nodal pour moi, après le Sénégal, c’est d’aller vers ma seconde maison qu’est l’UFOA A. Ma maison est le Sénégal, mais ma grande concession, c’est la zone UFOA A. J’ai tenu à venir, en marge de l’assemblée générale, dire à ma zone pourquoi je suis candidat, ce que je propose pour amener les changements nécessaires au développement de notre football. J’ai le privilège d’avoir tous mes collègues présents, un signe qu’aujourd’hui plus que jamais je peux m’engager.»

La campagne électorale

«Le processus a été lancé, mais jusqu’à présent, on est en train de dévier sur d’autres aspects, c’est critiquer les candidats, dire des choses qui ne sont pas positives sur eux. Je ne me reconnais pas dans ça. Le plus important c’est au soir du 12 mars, que ce soit la CAF qui gagne. Et pour qu’elle gagne, il faut qu’on reste uni. Le manque d’unité est la source de tous les maux de notre maison CAF. Je n’attendrai pas la fin des contrôles d’éligibilité, je prends sur moi d’aller de l’avant et propose d’aller vers quelque chose de nouveau, que chaque candidat dise voilà ce que je veux faire pour le football africain et qu’on fasse de cette campagne un débat d’idées, mais pas dans l’invective. Je lance un appel à tous les candidats pour qu’on comprenne qu’au soir du 12 mars, la CAF sera plus forte ou ne le sera plus jamais.»

La profession de foi

«Ces élections arrivent à un moment crucial de l’existence de la confédération africaine de football. Même si j’estime que de bonnes choses ont été faites, je constate que les problèmes structurels de gouvernance sont installés durablement. Aujourd’hui, depuis plusieurs mois, nous sommes la seule instance continentale gérée par intérim. Ça c’est un problème de gouvernance. Qu’est-ce qui fait que depuis des mois, nous ne pouvons avoir des directions normales. Ce qui se passe à la CAF a une résonance dans nos associations nationales. Les comités de normalisation étaient des exceptions, ils deviennent une règle. La FIFA est obligée tout le temps de venir au chevet de nos fédérations. On doit se poser de bonnes questions. Pourquoi ne pouvons-nous pas nous organiser, pourquoi ne pouvons-nous pas faire des efforts avec une gouvernance de rigueur. Aujourd’hui, j’ai estimé que je dois prendre mes responsabilités. Souvent, quand on est candidat, on dit qu’on a une ambition. J’ai une ambition certes, mais pour moi, la prise de responsabilité est plus prépondérante que l’ambition personnelle parce que nous sommes à la croisée des chemins. Je suis peut-être jeune, mais j’ai bourlingué, j’ai connu beaucoup de choses qui m’ont donné les responsabilités, mais surtout le vécu pour pouvoir cerner les problèmes et essayer d’apporter les solutions. C’est ce que je propose à mes collègues et à l’ensemble de la famille du football africain. Je veux être celui qui va impulser une nouvelle dynamique à la CAF autour d’une ligue.
Je suis un produit de la normalisation. Le Sénégal est peut-être le premier pays où a été expérimentée une normalisation. J’étais assez jeune, mais j’ai eu la chance d’être dans ce comité de normalisation chargé de la réforme. Si on était en 2021, je ne serais jamais président de la fédération parce qu’à l’époque, comme il n’y avait pas de réglementation, ni d’orientation, j’ai été membre du comité exécutif et je me suis présenté comme candidat. Aujourd’hui, ce n’est plus possible. J’ai cette expérience là et le modèle du Sénégal peut nous permettre de dire que cette personne, si elle l’a réussi dans son pays, peut réussir cette mission de reconstitution du football africain.
Aujourd’hui, les vrais problèmes de la CAF sont dans le domaine marketing. Je peux être celui qui peut régler les problèmes de la Caf sans rien à craindre.
Mon ambition pour la CAF c’est le développement durable à moyen et long terme. Nous devons asseoir un développement horizontal. Que partout, toutes les fédérations, que le football puisse se développer dans toutes les catégories. Nous devons travailler à la verticalité de ce développement en veillant à ce que nos clubs, nos équipes nationales soient plus forts. Je me suis fixé un objectif qui est à l’horizon 2026, ça correspond à la première édition de la coupe du monde à 48, que l’Afrique présente 10 équipes. Si nous faisons le travail que nous devons faire, nous pouvons avoir 10 représentants à la Coupe du monde 2026.

L’état des lieux de la maison CAF

«La désuétude de nos textes pose problème. La CAF n’a jamais osé aller au bout de sa démarche. On s’étonne que les textes par rapport aux autres confédérations soient en retard. Depuis que je suis dans ce comité exécutif, je sens qu’il y a une volonté de bien faire, mais sommes-nous outillés pour ? Il faut qu’on accepte de dire qu’il y a problème pour que ça soit résolu. Et pour ça, il faut qu’on s’ouvre pour que les expériences qui viennent d’ailleurs nous apportent cette plus-value. Les problèmes touchent aussi l’aspect management, administratif et exécutif. Il y a aussi l’instabilité organisationnelle, car nous sommes la seule confédération qui a eu trois secrétaires généraux en trois ans. On ne peut pas bâtir en changeant tout le temps. La précarité de la situation financière est une réalité. La CAF vit sur ses réserves, ça veut dire que ça va mal.
Les droits commerciaux avec les finances sont les deux piliers sur lesquels les instances sportives existent, se développent et rayonnent. Aujourd’hui, notre domaine marketing et nos droits commerciaux sont en difficulté. On a un problème avec notre agent marketing. Nous avons des problèmes d’image qui font qu’aujourd’hui, les sponsors ne courent plus vers la CAF. Tout ça nécessite une prise en charge. Il y a aussi les compétitions à prendre en charge. Si on n’a pas de compétitions attractives bien harmonisées avec le calendrier général, on ne peut pas vendre notre football. J’ai fait le constat de ce que j’appelle une balkanisation statutaire de la confédération africaine de football avec les groupements linguistiques. On a l’impression qu’ils ne servent qu’à actionner des positionnements. Quand dans nos statuts, on dit que le CAF est divisé en 6 unions zonales. On aurait pu dire que la CAF est composée de 6 zones. On parle du groupe des anglophones, des francophones, des arabes, des lusophones. Ce sont des détails qui, à mon sens, sont importants dans la perception que les gens peuvent avoir de leur rapport avec l’instance.»

Les grands axes du programme

A la suite d’un regard global sur la situation actuelle de la CAF, quatre axes d’intervention prioritaires déclinées en 11 points d’engagements phares demeurent un impératif pour une CAF plus crédible et plus performante, pour tout changer et gagner le match à ne pas perdre. Ces quatre axes sont la gouvernance exécutive, administrative et juridique pour une gouvernance inclusive, transparente et responsable, le développement des compétitions et du football de base, la gestion financière et commerciale pour une plus grande efficacité et autonomie axée sur une vraie capacité de mobilisation de ressources modernes dans le respect du comportement éthique, de la transparence et de la responsabilité et enfin les partenariats institutionnels et des relations extérieures.
Sur le plan commercial, il faudra au plus vite, mettre un terme aux contentieux en cours. C’est un blocage énorme, je l’ai vécu de l’intérieur. Nous avons des problèmes avec les organes qui sont chargés de réguler la concurrence dans le monde. Tant que ces problèmes ne sont pas réglés, nous ne pouvons pas revenir à une situation de valorisation des produits CAF, c’est-à-dire développer une politique marketing positive qui permettrait de générer des ressources. Il est important de recevoir des appuis de la FIFA et d’autres partenaires, mais il est aussi important que nous mettions en place un dispositif pour générer nos propres ressources.
Les partenariats institutionnels, c’est un domaine clé. Aujourd’hui, on ne peut pas remettre en cause l’apport de la Fifa. Surtout ces dernières années, car depuis que le président Infantino est là, les montants qui ont été injectés dans toutes les fédérations mondiales, notamment en Afrique, ont été multipliés par 10. Un autre indice, dans ces périodes difficiles avec le Covid, quand vous multipliez 1,5 million de dollars par 54 associations, on voit que la FIFA a fait comme effort plus que n’importe quel État, n’importe quel organisme dans le monde. La CAF a besoin de la FIFA. Très souvent, dans nos réunions, quand on parle de la CAF, je dis le problème ce n’est pas les autres, c’est nous d’abord. Si nous sommes comme nous devons être, les choses marchent normalement. Si nous ne sommes pas capables de faire les choses normalement, nos rapports avec les autres peuvent devenir problématiques. Si ce n’est pas avec la FIFA, ce sera avec l’UEFA…parce que nous n’avons pas cette solidité pour travailler et que les gens nous accompagnent. Quand je parle de ça, ce n’est pas par rapport à des hommes, mais à nos institutions. La FIFA veut aller au delà des principes statutaires pour accompagner la CAF. Quand je serai président de la CAF, je voudrais des rapports forts, équilibrés et surtout une complicité qui permet de s’apporter mutuellement. Je voudrais aussi une collaboration forte avec les confédérations sœurs, puisque nous sommes tous aux côtés de la FIFA pour un football universel.
J’ai fait un point particulier pour nos États. On sait qu’en Afrique, aucune fédération ne peut aller seule. Qu’on ait de bons rapports avec nos autorités parce que c’est l’État qui construit les infrastructures, qui apporte ses moyens pour les équipes nationales et même pour faire fonctionner nos championnats. L’État est incontournable dans l’édifice de la CAF du futur. On donnera à l’État cette place là tout en veillant à valoriser le football Africain pour qu’il soit un facteur d’unité et d’intégration dans le continent. Nous devons aussi nous tourner davantage vers le privé pour des partenariats gagnant-gagnant qui permettent de trouver des solutions qui viendront renforcer la politique de développement de notre football.»

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