Joueur, Aliou Cissé ne s’est jamais contenté d’exécuter les exercices qui lui étaient proposés à l’entraînement ; il voulait également comprendre quelle était leur utilité.

Cela l’a accompagné tout au long de sa carrière, en France et en Angleterre. Il a également porté le brassard de capitaine en équipe du Sénégal et contribué à la première qualification des Lions de la Teranga pour la Coupe du Monde de la FIFA™, en 2002. La même année, Cissé et ses coéquipiers ont disputé leur première finale de Coupe d’Afrique des Nations de la CAF. “Je voulais savoir pourquoi on me demandait de courir autant”, confirme-t-il.

Ceux qui l’ont connu à l’époque n’ont donc pas été surpris de le voir entamer une carrière d’entraîneur, sitôt les crampons raccrochés. Après avoir fait ses armes à la tête de la sélection U-23 entre 2013 et 2015, Cissé a été appelé au chevet de l’équipe nationale. En poste depuis sept ans, sa longévité détonne dans le paysage du football africain, où la moindre contre-performance peut être rapidement sanctionnée.

Sous sa houlette, les Lions de la Teranga ont entrepris de reconquérir leur rang sur la scène internationale. Qualifiés pour Russie 2018, ils ont disputé leur deuxième finale de CAN l’année suivante. En février dernier, ils ont franchi une nouvelle étape en décrochant leur premier titre continental, une performance accueillie dans l’allégresse au pays. Enfin, Cissé a obtenu une nouvelle qualification sénégalaise pour la compétition mondiale, en décrochant un billet pour Qatar 2022.

Ces faits d’armes ont fait de Cissé une référence pour ses confrères africains, qui ont parfois eu du mal à trouver leur place par le passé. Le sélectionneur a récemment pris part au programme de développement des formateurs d’entraîneurs de la FIFA avec la Fédération Sénégalaise de Football. Dans cet entretien, il revient sur l’importance des entraîneurs et des infrastructures, ainsi que sur les progrès réalisés par les techniciens africains.

Aliou Cissé, depuis vos débuts sur un banc de touche, qui ont été vos modèles et qui vous a formé ?

Même lorsque j’étais joueur, ce métier me passionnait. J’étais curieux de savoir à quoi servaient les exercices qu’on nous proposait à l’entraînement. En fait, j’étais incapable de m’atteler sérieusement à la tâche, tant que je ne connaissais pas le pourquoi et le comment. Je parlais beaucoup avec mes entraîneurs car ils me demandaient énormément d’efforts. Je voulais bien courir, mais j’avais besoin de comprendre. Cette curiosité ne m’a jamais quitté. C’est intéressant d’observer ce que font les autres, mais je crois qu’il faut se forger sa propre identité et trouver ses propres méthodes. Mon but, c’était de puiser dans toutes mes expériences de joueur au niveau technique et tactique pour devenir un entraîneur unique.

Votre présence aujourd’hui s’inscrit dans le cadre du programme de développement des formateurs d’entraîneurs de la FIFA, en collaboration avec la Fédérations Sénégalaise de Football. Que pensez-vous de cette initiative et pourquoi est-elle inaugurée en Afrique par le Sénégal ?

Aujourd’hui, je suis ce qu’on appelle un entraîneur local car je suis né et j’ai grandi ici. J’ai longtemps vécu en Europe, mais je reste avant tout africain et sénégalais. Le football joue un rôle très important dans ce pays. La FIFA est là pour nous aider à accompagner le développement de nos entraîneurs. C’est quelque chose dont nous sommes très fiers. Ça prouve que le football africain s’est pris en main. La FIFA a mis des initiatives de ce type en place pour améliorer la situation au sein de certaines fédérations et notamment dans les départements techniques.

Dans quelle mesure ces formations sont-elles susceptibles d’améliorer le travail des entraîneurs au niveau local ?

En tant qu’entraîneurs, nous étions conscients de la nécessité de progresser. Nous ne sommes pas encore assez forts pour nous imposer en Europe ou prendre en main nos sélections nationales. Si l’on regarde d’un peu plus près la liste des entraîneurs qui ont participé à la phase finale de la CAN en 2019 et en 2022, on constate une augmentation du nombre d’Africains. Ça prouve que nous formons des entraîneurs de qualité. À nous maintenant de faire le nécessaire pour continuer à renforcer nos départements techniques. C’est de cette façon que nous affinerons nos techniques et nos compétences.

“S’il y a de bons entraîneurs à portée de main, pourquoi aller chercher ailleurs ? Autant leur faire confiance.” Aliou Cissé

Vous avez obtenu d’excellents résultats avec le Sénégal. Votre succès peut-il inspirer une nouvelle génération de techniciens ?

Je ne sais pas si je suis une référence. Il ne faut pas oublier qu’avant mon arrivée, d’autres fédérations avaient fait le choix de confier leurs sélections à des entraîneurs locaux. Les choses avancent, mais que nous ne pouvons pas nous reposer sur nos lauriers. Ce n’est pas simple d’entraîner son propre pays. Ça, nous le savons. Quoi qu’on en dise, c’est même beaucoup plus compliqué.

Il y a le poids des attentes, évidemment, mais aussi ce besoin pour nous de prouver que nous avons notre place à ce niveau et que ne sommes pas là uniquement pour courir après le ballon. Les Africains ont énormément de talent, mais ils sont aussi capables de réfléchir, d’anticiper, de mettre des structures en place. Les choses évoluent et nous voyons désormais d’autres fédérations miser à leur tour sur des techniciens locaux, grâce à l’aide de la FIFA, qui est toujours présente pour accompagner les entraîneurs dans leur progression.

S’il y a de bons entraîneurs à portée de main, pourquoi aller chercher ailleurs ? Autant leur faire confiance. C’est notre combat. Pour diriger une équipe nationale, il est nécessaire de connaître la réalité du pays, mais aussi de posséder des compétences pointues dans le domaine technique et tactique. Enfin, je pense qu’il est important de se familiariser avec l’histoire de ce pays. Quand on ne sait rien du passé, il me semble difficile de se projeter vers l’avenir.

 

Sourcefifa.com
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