À la tête de la Fédération sénégalaise de football depuis 2009, Me Augustin Senghor souhaite briguer un 3ème et dernier mandat en prélude aux élections prévues le 12 août prochain. S’il estime que le bilan de son équipe est élogieux eu égard aux derniers résultats des équipes de football et des projets réalisés jusqu’ici, Me Senghor croit savoir que le chantier reste tout de même vaste et qu’il compte bien le parachever.

Président, quel bilan faites-vous de votre dernier mandat à la tête de la Fsf de 2013 à nos jours ?

Si je devais parler de notre bilan sans remonter au précédent mandat de l’équipe fédérale, entre 2013 et 2017, on peut considérer que des avancées considérables ont été réalisées dans différents domaines. que ce soit au niveau international avec nos différentes sélections nationales que local avec nos différents championnats, on a pu asseoir une certaine régularité, une constance et une bonne organisation. Mais, aussi au niveau des équipes nationales on voit qu’il y a eu des progrès notables. Cela s’est prouvé au cours de ces derniers trimestres avec nos trois équipes nationales qui ont fait bonne figure dans les différentes compétitions auxquelles elles ont pris part. Ce qui est très rare mais qui mérite d’être souligné. On se rend compte que le bilan de participation est assez élogieux. Il y a l’équipe du beach soccer qui est détentrice d’un titre africain, les Juniors ont joué la finale de la CAN de leur catégorie et l’équipe A le quart de finale de la CAN-2017. Je pense qu’aucune équipe africaine, en ce début d’année, ne peut se targuer d’avoir fait un tel bilan. Et quand on y ajoute une deuxième participation dans deux mois à une Coupe du monde des u20, on se rend compte que le football sénégalais a fait de grands bonds. depuis pratiquement deux ans, notre équipe flirte avec le haut du classement africain dans le ranking FIFA. Aujourd’hui, on peut dire que dans l’ensemble le bilan est largement positif. À cela, il faut ajouter la stabilité accrue au niveau du football avec moins de crises, moins de problèmes. Il y a la poursuite des investissements dans les infrastructures qui a permis de faire du centre technique Jules François Bocandé de toubab dialaw une référence ; avec un standing d’hébergement de qualité où toutes les commodités sont réunies. On vient d’y ajouter un terrain de beach soccer et des vestiaires.

Pensez-vous que c’est suffisant ?

La Fédération continuera certainement de construire un terrain qui va abriter l’hôtel fédéral qui nous  permettra de loger notre équipe nationale. tout cela montre que les acquis sont réels. Les compétitions de jeunes aussi qui étaient une préoccupation et le développement du football féminin ont été pris en compte. Au niveau finances, à la fin de ce deuxième mandat, on s’est rendu compte que celles-ci sont aussi stabilisées. Nous arrivons à dégager des moyens pour investir dans les infrastructures. Nous n’avons plus d’arriérés au niveau de l’arbitrage à part quelques problèmes entre les Ligues et la CCA. Nous avons payé l’intégralité des primes et récompenses de nos équipes nationales. Somme toute, je pense que le bilan est satisfaisant.

Sur les faits, on a l’impression que le chemin est encore long…

Quand on a de l’ambition, on peut se dire qu’on a beaucoup fait mais pas assez. Il est clair que pour nous autres Sénégalais, tant que l’équipe A n’aura pas gagné une Coupe d’Afrique ou ne sera pas retenue à une Coupe du monde, nous considérons que nous n’avons pas encore exécuté cette mission-là. Il est clair qu’en améliorant l’environnement de l’équipe nationale A, en faisant une politique à moins et long termes permettant de valoriser l’expertise locale, avec Aliou Cissé mais en assurant une certaine continuité avec une promotion de joueurs qui sont ensemble en équipe nationale depuis presque 8 ans avec notamment la génération Londres 2012, renforcée par des joueurs de qualité, nous sommes aujourd’hui capables de bâtir une équipe pour aller à l’assaut de l’Afrique mais aussi de la Coupe du monde Russie 2018.

Comment avez-vous vécu l’élimination des Lions de la CAN-2017 ?

Cette Coupe d’Afrique nous a laissé un sentiment mitigé. La satisfaction de belles prestations de cette équipe mais aussi la déception énorme d’avoir dû arrêter en quarts de finale. À l’analyse, on peut être déçu parce  qu’avec le travail qui a été fait en amont pendant deux ans avec la maîtrise de l’encadrement et l’organisation qu’avaient mis la fédération et le ministère des Sports tout au tour, les ingrédients étaient réunis pour aller au bout et pourquoi pas gagner le trophée. Malheureusement, le football reste une discipline incertaine. On peut réunir toutes les conditions et, dans un jour de non réussite, passer à côté. C’est ce qui nous est arrivé. Sur ce match-là, et c’est ma conviction, il n’y a rien qu’on puisse reprocher aux joueurs ou à l’encadrement technique. tout a été fait pour gagner le Cameroun mais les dieux du football, ce jour-là, étaient camerounais. C’est à la séance fatidique des tirs au but qu’on a perdu. Il faudra garder les acquis de cette compétition- là pour pouvoir aller à la reconquête parce que, justement, je pense que si on se laisse aller au fatalisme ou au criticisme de mauvais aloi on risque de remettre en cause tous les acquis qui sont des certitudes. Il faut s’armer de patience. Je suis convaincu que le triomphe de cette équipe-là n’est pas loin. Elle peut nous valoir beaucoup de  satisfactions. L’entraîneur aussi a montré qu’il a de la qualité. Il faut juste qu’on le laisse travailler pour qu’il réalise le rêve des Sénégalais qui est de gagner un trophée continental et de retourner en Coupe du monde parce qu’il y a de la place pour y arriver.

N’est-ce pas manquer d’ambition de se glorifier d’avoir atteint les ¼ de finale ?

De retour au Sénégal, j’ai été surpris par l’accueil. On peut le considérer à tort comme un manque d’ambition. Mais, je pense aussi qu’il y a eu, malgré la défaite, une prise de conscience collective de tous les Sénégalais qu’on était sur la bonne voie et qu’on a une équipe regorgeant de talents mais surtout d’hommes de valeur et c’est ça le plus important. que ce soit dans la manière de faire, dans l’engagement, même à l’occasion des matchs sans enjeu comme celui contre l’Algérie, les joueurs ont tout donné pour conserver le résultat. Il faut se rappeler qu’on sort de ce tournoi-là sans avoir perdu le moindre match sur le terrain. C’est autant de facteurs qui ont permis à l’opinion de dire : certes on a raté le coche cette fois-ci, mais quelque chose de grand est fait et il faut persévérer pour aller jusqu’au bout. Aujourd’hui, les Sénégalais ont plus mis en avant l’avenir en se disant qu’on a trouvé un socle qui peut permettre de bâtir un football performant dans le futur plutôt que de s’arrêter au résultat cru d’un match de quart de finale qui, malheureusement, a été perdu aux tirs au but. N’oublions pas que personne ne maîtrise la loterie des tirs au but. Ce jour-là était celui du Cameroun. La preuve qu’on était supérieur à toutes ces équipeslà, quand le Cameroun nous a éliminé, il a surfé sur toutes les autres équipes jusqu’en finale.

Après la suspension de l’arbitre ghanéen Joseph Lamptey, la Fsf n’est-elle pas en droit d’exiger que le match contre l’Afrique du Sud soit rejoué ?

À ce stade, nous ne pouvons pas nous prononcer. Nous souhaitons, comme nous l’avons toujours fait, travailler dans la discrétion. Ce sont des questions sensibles même si nous suivons ce dossier de près. dans le communiqué de la FIFA, il a été fait état de sa suspension. Il a été fait état d’autres informations qui viendront. La suspension est liée au match-fixing, c’est-àdire l’influence illégale sur le match. Ça a été un match truqué quelque part. Il a été truqué par qui ? Certainement, l’arbitre était l’instrument de truquage mais ça doit  forcément profiter à quelqu’un. L’avenir nous dira si c’est notre adversaire qui en a profité. À ce stade, nous préférons laisser la FIFA faire son travail et au moment opportun nous aviserons. Nous savons que la nouvelle équipe de la FIFA est à cheval sur tout ce qui est bonne gouvernance et transparence. Rien ne presse et nous verrons s’il y a toujours de la place pour faire une réclamation. Ça peut prendre du temps. Mais, c’est comme au dopage si une équipe a profité illégalement d’un trucage dans un match, elle ne peut pas garder le gain du résultat qui est acquis.

Cette équipe fédérale a-t-elle acquis de l’expérience au fil des compétitions internationales ?

Bien sûr que oui. Ce, à tous les niveaux. dans la gestion des différents dossiers, je pense que celui d’Afrique du Sud / Sénégal est en train de le prouver mais aussi quand on a vu ces deux dernières années la manière dont on a travaillé avec les autorités de tutelle pour organiser de manière parfaite les déplacements de l’équipe, l’organisation autour de l’équipe, les voyages et même cette dernière CAN qui a été organisée et gérée de manière parfaite par le ministère des Sports et la Fédération, ça montre que nous avons beaucoup appris et c’est ça qui est important. La stabilité sert à ça aussi. On peut se reposer sur le vécu pour aller vers des objectifs beaucoup plus clairs, mieux maîtrisés. C’est en ça que je pense que ces acquis-là devraient être conservés. C’est l’occasion pour moi de remercier le ministre des Sports et l’ensemble du gouvernement. Leur soutien ne nous a pas fait défaut. Et nous aussi, nous avons pu dépasser des problèmes de clivage ministère-fédération. Nous travaillons la main dans la main même si nous savons que sur ce côté-là aussi tout n’est pas parfait.

Pour quel candidat le Sénégal a-t-il voté lors des élections à la CAf ?

J’en ai parlé à l’assemblée générale et j’ai dit qu’il est hors de question de livrer le résultat de notre vote. Il est secret. Ce qui est important, c’est que tout le monde sait qu’aujourd’hui, l’avènement d’un nouveau président, les changements qu’on a constatés au niveau de la CAF l’ont été parce que le Sénégal a été pionnier dans ce combat pour plus de démocratie, pour plus de respect des droits des associations. Aussi longtemps qu’on se souvienne depuis le Soudan en 2011, Seychelles en 2012 quand il a fallu combattre l’amendement Raouraoua qui exclut les candidatures des présidents de fédérations et des membres de fédérations, quand il a fallu centraliser les droits, le Sénégal a, à chaque fois, pris des positions claires qu’il a assumées pour montrer que, malgré tout le respect que nous avons pour l’autorité du président Issa Hayatou, nous pensons qu’il y avait des changements incontournables qui devraient s’opérer. Aujourd’hui, on assume pleinement notre position. Si ces changements sont intervenus maintenant, le Sénégal y est pour quelque chose. Est-ce que d’autres nations se sont battues pour ça ? Après, peu importe qui est là où qui a été élu. Nous refusons de tirer sur l’ambiance en disant de mauvaises choses sur Hayatou parce que nous pensons qu’il a fait de bonnes choses. Mais, nous refusons aussi, parce que l’honneur et la dignité nous poussent à ça, d’aller au secours de la victoire pour crier que nous avons voté pour Ahmad Ahmad. demain, on nous dirait simplement que c’est parce qu’il est élu qu’on a dit ça. Ce n’est pas notre manière de faire. L’important c’est que nous sommes prêts à accompagner ce changement parce que nous l’avons toujours espéré. Mais ensuite, nous serons là, pour espérer que les vraies ruptures que nous attendons seront portées par ce nouveau président que je connais personnellement. Il devrait en être capable, sinon nous serons là à chaque fois, en tant qu’association, pour utiliser notre liberté au cours des assemblées générales pour dire ce que nous pensons. Ce, pour permettre à l’Afrique d’être au même niveau que les autres confédérations, européenne, asiatique ou autres en matière de démocratie. Je pense que la FIFA veillera à ce que le football africain rattrape le temps perdu au niveau de la gouvernance et de la démocratie.

Êtes-vous candidat à la présidence de la Fsf ?

C’est une question intéressante parce que, bien avant la CAN, j’ai peu communiqué. J’étais dans une réflexion profonde. Nous allons boucler notre second mandat avec l’équipe fédérale. Il ne faut pas faire dans la fausse modestie; je suis d’avis que, sous notre mandat beaucoup de bonnes choses ont était faites. Comme je l’ai dit tantôt, lors de notre premier mandat nous avons pu procéder à la relance de la Fédération sénégalaise de football qui sortait d’une crise profonde. Ce mandat a été celui de la consolidation. La réflexion s’est poursuivie, les concertations avec les membres du Comité exécutif, avec d’autres acteurs du football sont en cours. Je prendrai le temps aussi d’échanger avec la tutelle. Mais, ce qui importe aujourd’hui, c’est que nous aimerions bien parachever le travail qui est en train d’être fait. Nous avons un projet d’hôtel. Nous sommes dans une dynamique aussi bien avec les partenaires annonceurs qu’avec nos collaborateurs, les entraîneurs. Nous sommes sur des projets importants. Partir maintenant peut poser des problèmes parce qu’il faudra tout chambouler. C’est pour ça que je suis tenté de faire un nouveau et dernier mandat. C’est ça le plus important. Si nous devrions rester pour bénéficier de la confiance de nos pairs, la première mesure que nous souhaiterions prendre et qui serait votée par l’assemblée, c’est la limitation à trois ans du mandat du président. Il ne sera pas question, que, personnellement en cas de réélection, je puisse rester au-delà de 2021, c’est-à-dire au-delà du 3ème mandat. C’est ce qui est en vogue. que ce soit au niveau du CIO, de la FIFA, de la CAF, c’est la même chose. Il n’y a pas de raison qu’on soit en reste. La durabilité permet d’asseoir l’instabilité et l’irrégularité dans les performances. Si j’ai la chance d’être réélu, ce serait pour un dernier mandat et je ne me présenterai plus à la tête de la Fédération. Il faut savoir aussi qu’à côté du privilège d’être président de la Fédération, c’est une charge contraignante qui demande beaucoup d’efforts et de sacrifices à tous les niveaux. C’est une charge gratuite mais qui est valorisante parce qu’on sert à un niveau qui capitalise l’attention de tous les citoyens et l’intérêt du pays. Aujourd’hui, après avoir réalisé ce que nous avons pu faire, si nous avons mandat pour finir les projets qui sont en cours nous quitterons en ayant le sentiment d’avoir servi notre pays dignement quel que soit le résultat.