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L’international sénégalais de beach soccer, Pape Jean Koukpaki, est le premier Sénégalais qui évolue dans un championnat professionnel de beach soccer, celui de la France. Revenant sur les péripéties de son arrivée au club de Grande Motte Pyramide, le triple champion d’Afrique parle de l’ambition qu’il se fixe avec les Lions, après sa présélection pour la prochaine Coupe du monde aux Bahamas. En vacances au Sénégal, Koukpaki s’est aussi exprimé sur d’autres questions qui touchent le beach soccer sénégalais. Entretien…

Parlez-nous de votre carrière en France où vous évoluez…
J‘ai rejoint la France où j’évolue dans le championnat depuis 2015. Je joue plus précisément sous les couleurs d’un club qui s’appelle Grande Motte Pyramide Beach Soccer et qui n’est pas loin de Montpellier. En ce moment, je passe mes vacances au Sénégal parce que le championnat de beach soccer a bouclé sa saison.

Comment s’est passée votre saison ?
J‘ai remporté avec mon club le titre de champion de France pour la seconde fois d’affilée. Ce qui nous donne le droit de disputer encore la Ligue des champions. La compétition va se dérouler au Portugal en juin prochain. On attend de connaître nos adversaires. Lors de la dernière Ligue des champions, nous avions été éliminés en quart de finale. Faut savoir que ce n’est pas la première fois que je joue cette compétition parce que j’avais eu l’opportunité de le faire en Russie sous les couleurs de Saint-Pétersbourg en 2011. J’avais rejoint le club russe pour six mois avant de m’engager en France.

Y a-t-il d’autres Sénégalais dans votre équipe ?
Non. Je suis l’unique joueur sénégalais qui joue le championnat professionnel de France. Je suis le premier Sénégalais à y évoluer. Et j’espère qu’il y aura d’autres joueurs sénégalais qui viendront me rejoindre. D’ail­leurs, le président de mon club qui était de passage au Sénégal est en pourparlers avec deux internationaux sénégalais pour renforcer l’équipe en vue de la prochaine Ligue des champions.

Qui sont ces deux internationaux sénégalais ?
Je ne pourrai pas décliner leur identité. Mais je peux vous rassurer que les discussions sont engagées pour ces deux joueurs. C’est Alioune Badara Wade, président de Vision Sport, qui se charge de négocier à leur place.

Comment se sont passés les contacts pour vous valoir de rejoindre ce club français ?
Le président de Grande Motte Pyramide Beach Soccer était venu au Sénégal. Et c’est de là qu’il m’a convaincu de jouer pour son club en 2015 avant d’être champion de France pour ma première saison. Nous nous sommes auparavant rencontrés en France en 2014 grâce à un international marocain de beach soccer qui m’a mis en rapport avec lui.

Comment jugez-vous le niveau du championnat français de beach soccer ?
Le niveau du championnat de France est très relevé. C’est un championnat dur, surtout que j‘avais l’habitude de disputer des tournois moins intenses au Sénégal. D’ailleurs, je me félicite de la mise en place d’un championnat de beach soccer au Sénégal. Je prie que ça continue parce que le beach soccer est devenu une discipline populaire dans le monde.

Qu’en est-il du contrat qui vous lie avec votre club ?
J‘ai signé un contrat d’un an et je pense le renouveler dans les jours à venir. Il est vrai que je dispose de propositions de la part d’autres clubs européens, mais je ne pense pas quitter pour le moment la Grande Motte. Avec le président du club, nous avions eu une discussion franche et il a eu mon aval. Je vais rejouer cette saison avec ce club pour disputer la Ligue des champions.

On peut penser que vous êtes bien payé du fait que vous ne voulez pas quitter ce club malgré les nombreuses propositions…
(Rire) Je ne dirai pas ce que je gagne. Mais je ne me plains pas avec mon statut de seul Sénégalais professionnel de beach soccer en France. Il y aussi l‘entraîneur de Montpellier qui est Sénégalais, du nom de Coly. Je reçois des propositions d’autres clubs en Angleterre, en Italie. Il y a un club italien qui court après moi depuis deux ans pour m’enrôler. Le président de ce club me demande de venir fixer mes conditions. Mais pour le moment, je préfère rester en France…

Vous semblez trouver votre chemin au niveau du beach soccer que vous avez privilégié au détriment du foot à 11 ?
J’avais laissé le foot à 11 pour me consacrer au beach soccer lorsque j’étais au Sénégal. Mais j’ai repris l’ancienne formule qui consiste à allier les deux. Je joue au sein d’un club qui est en division inférieure. J’y encadre de jeunes footballeurs. J‘ai reçu l’autorisation de mes dirigeants qui ont signé un document avec ce club pour que j’allie les deux.

Vous avez aussi fait de bonnes choses avec le foot à 11…
En effet, le foot à onze, je le pratiquais au Sénégal du temps où j’évoluais avec l’Us Ouakam avec qui j’ai remporté le titre de champion de Ligue 1. J’étais même le meilleur buteur du club avec 8 réalisations. C’est après notre sacre avec l’Uso que je suis parti monnayer mes talents en Russie. Mais il faut dire que mes plus belles performances c’est au niveau du beach soccer. J’ai joué quatre Can avec le Sénégal. J’ai été trois fois champion d’Afri­que, deux fois meilleur buteur. Pour la première Can remportée en 2008 en Afrique du Sud, je fus désigné meilleur joueur du tournoi. D’ailleurs pour ma reconversion, je me prépare à passer mes diplômes d’entraîneur en France.

Comment avez-vous vécu le 4e sacre continental des Lions récemment acquis au Nigeria ?
Avec beaucoup de joie et de fierté. Je n’ai eu la chance de suivre la dernière Can au Nigeria, mais j’avais l’occasion de discuter avec les joueurs sur les réseaux sociaux. Je faisais profiter mon expérience aux jeunes coéquipiers en leur donnant quelques tuyaux quand ils me sollicitaient.

Oui, mais malgré ce 4e sacre continental, les Lions attendent toujours d’être reçus par les autorités…
Cela fait vraiment mal de constater le manque de considération de l’Etat à l’égard du beach soccer qui a valu pourtant beaucoup de satisfaction au Sénégal, champion d’Afrique à quatre reprises. Depuis 2008, l’équipe ne bénéficie pas de récompenses des autorités. Les sportifs sénégalais devraient être traités à égale dignité par rapport à leurs performances. Parce qu’on représente le Sénégal une fois qu’on est sur les terrains des compétitions pour défendre nos couleurs. Qu’on soit de Mbour ou de Thiès, c’est la même chose… Il y a un barème de récompenses qui est fixé en cas de performance sportive. Mais je pense qu’on a été récompensé qu’une seule fois en recevant chacun 500 mille francs à l’issue d’une compétition où nous sommes revenus avec une médaille d’argent. A chaque fin de compétition, les autorités sportives nous promettent de nous recevoir, mais en vain. C’est dur à vivre. Mais malgré nos difficultés et le manque de considération, on se bat toujours pour hisser le Sénégal sur le toit du continent. Et là, je vais vous raconter une anecdote : lors de ma première Can, nous faisions face à des problèmes d’équipements. C‘est un coéquipier qui m’a donné son short pour pouvoir jouer cette compétition. J’avais à l’aide d’une écritoire mis le numéro sur le short. Il y avait le chiffre sept que j’ai pu modifier par le numéro trois. C’est avec ce short que j’ai remporté le trophée continental en devenant meilleur joueur en Afrique du Sud.

Comment expliquez-vous ce manque de considération de l’Etat ?
C’est incompréhensible ! Vraiment nous ne comprenons pas le manque de considération de l’Etat. Il n’y a que la Fédé­ration sénégalaise de football qui se bat pour soutenir l‘équipe. L’Etat n’apporte pas son soutien aux Lions de beach soccer alors que tous les efforts sont déployés pour mettre l’Equipe nationale de football dans de bonnes conditions quand il s’agit d’aller disputer une compétition. Alors, pourquoi les autorités n’accordent pas le même privilège au beach soccer ? Vraiment c’est à ne rien y comprendre !

Que comptez-vous faire pour changer la donne ?
Mais on ne peut que parler pour attirer l’attention des autorités et leur demander de rendre à César ce qui appartient à César. Mais malgré les difficultés, nous sommes des patriotes. Nous n’allons jamais baisser les bras. Nous faisons tous les sacrifices possibles pour contenter les Sénégalais sans pour autant rien gagner en retour. C’est injuste. Grâce à nous, on parle du Sénégal à travers le beach soccer partout dans le monde.

A 36 ans, rêvez-vous encore de refiler le maillot national en vue de la Coupe du monde ?
Je suis en effet présélectionné pour préparer la Coupe du monde. Si mon pays fait appel à moi, je réponds présent. Je suis prêt à me sacrifier pour ma patrie. Je me bats pour mériter ma place dans le groupe des 12. Si je suis retenu, je me battrais pour qualifier le Sénégal en finale de Coupe du monde. Parce que j’estime que ce sera ma dernière compétition avec l’Equipe nationale avant de prendre ma retraite internationale. Je ne dis pas que je vais remporter ce trophée mondial, mais mon objectif est d’aller jusqu’au bout de la compétition pour graver à jamais mon nom dans la mémoire collective des Sénégalais. J’estime que c’est possible parce que j’ai emmagasiné une somme d’expérience avec les quatre Coupes d’Afrique remportées. J‘ai failli faire partie de l’équipe qui a disputé la dernière Coupe du monde au Portugal. Le staff technique national m’avait contacté pour jouer cette compétition. Mais le délai était trop court pour répondre à l’appel de la patrie dans la mesure où la liste des joueurs était déposée au moment où je devais renouveler mon passeport.

Le manager général de l’Equipe du Sénégal, Ibrahima Ndiaye Chita, sera fêté par son quartier Ouakam. Votre commentaire…
Ibrahima Ndiaye Chita est un homme généreux avec qui j’entretiens de bons rapports. C’est un grand, un oncle pour moi. Le fait que son quartier Ouakam lui rende hommage c’est normal. Chita mérite plus que ça. C’est grâce à lui et à Alioune Wade que je suis devenu un pratiquant du beach soccer. L’Etat lui doit une récompense. On doit lui rendre l’ascenseur pour tout ce qu’il a fait pour le beach soccer. Si la discipline s’est développée, ça ne profite pas à lui, mais à toute une Nation.