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Mamadou Niang a mis un terme à sa carrière internationale en 2012. Celui que Stades a surnommé le B52 est néanmoins un observateur assidu de l’évolution de la sélection. Dans cet entretien, l’ancien capitaine des Lions parle de la prestation de l’équipe du Sénégal au Gabon. Niang est revenu sur son passage dans la Tanière. 

Vous avez certainement suivi la CAN 2017, comment l’avez-vous trouvée ? 

Je l’ai effectivement suivie comme tout le monde. C’est une CAN avec d’énormes surprises du moment où la finale s’est jouée entre deux équipes (Cameroun et Égypte) qu’on n’attendait pas du tout. Elles ont quand même réussi à se hisser en finale.

Malgré l’absence de 9 «cadres», le Cameroun est parvenu à remporter le trophée…

Je pense que l’absence de ces joueurs a été un stimulant pour les autres. Le sélectionneur camerounais a su mettre en place un bon collectif, un groupe soudé avec des joueurs expérimentés comme Moukandjo, Aboubakar et Nkoulou. Même s’ils étaient souvent sur le banc, ils ont beaucoup apporté au groupe. C’est une équipe qui n’a pas montré grand-chose au premier tour. Mais, après qu’elle a éliminé le Sénégal, elle a vraiment pris conscience de ce qu’elle pouvait réussir. À partir de là, elle pouvait soulever les montagnes.

Le Sénégal n’a-t-il pas déçu avec cette élimination en quart de finale ?

Non pas du tout. Aliou Cissé a fait un très gros travail avec l’équipe nationale. C’est vrai que beaucoup peuvent être déçus mais le Sénégal n’a pas démérité. S’il y a une équipe qui a séduit tout le monde dans cette compétition, c’est vraiment le Sénégal. Face au Sénégal, le Cameroun a eu d’énormes difficultés. Et la série des tirs au but, c’est une loterie. En tout cas, cette équipe du Sénégal n’a pas à rougir de cette élimination. Les joueurs ont fait honneur au maillot national, ils ont tout donné sur le terrain. Mais, il faut aussi reconnaître qu’ils ont manqué de réussite et d’efficacité face au Cameroun. Il ne faut pas tout remettre en cause parce que cette équipe a un bel avenir devant elle.

Quelle différence y a-t-il entre cette équipe du Sénégal et celle de 2012 dont vous étiez le  capitaine ?

Cette équipe-là est plus homogène que celle de 2012. Nous, on avait un groupe avec beaucoup d’attaquants et peu de milieux de terrain. Les choix ont été faits. Sincèrement, à Bata, il y a eu quelques erreurs qui nous ont coûté cher. Ce qui a été à l’origine de notre élimination dès le premier tour. On avait beaucoup d’espoir, malheureusement on est passé à côté de notre sujet. Mais pour 2017, je l’ai déjà dit, le Sénégal a présenté une équipe équilibrée.

Quelles perspectives s’offrent à cette équipe, selon vous ?

Je pense qu’on doit rapidement se tourner vers les futures échéances. L’équipe a de bonnes bases. Maintenant, elle doit continuer à rester solide. Aliou doit maintenir ce groupe qui a un bel avenir devant lui. Il a bien travaillé et je pense qu’il doit continuer à imprimer son empreinte. C’est important pour le football sénégalais.

2012 fut une grosse déception, était-ce votre plus grand regret en équipe nationale ?

C’est de ne pas avoir été jusqu’au bout d’une compétition africaine comme la CAN. En 2006, en Égypte, on avait l’équipe qu’il fallait pour aller jusqu’au bout. Mais tout le monde se rappelle les circonstances dans lesquelles on était sorti du tournoi (défaite 2-1 contre l’Égypte et penalty flagrant sur Diomansy Kamara non sifflé par l’arbitre camerounais, ndlr).

En 2007, alors l’équipe était en déplacement en Afrique de l’est, votre absence avait fait débat. on a pu vous accuser de ne pas vous donner pas à fond en sélection…

(Il coupe). Quand j’entends des gens parler ainsi, je suis chagriné. Les gens avancent des spéculations sans jamais avoir la bonne information. J’étais blessé en mai 2007. donc, il fallait faire un choix : venir en sélection pour y rester trois semaines sans se soigner, ce qui voudrait dire qu’au début de la saison suivante, je ne serais pas opérationnel ou renoncer à la sélection pour me soigner afin de reprendre la saison de la meilleure des manières. J’ai choisi d’aller me soigner et laisser la place à quelqu’un qui est apte à 100% pour défendre les couleurs du Sénégal. Moi, je n’ai pas compris et cela m’a beaucoup attristé. Je n’avais pas vu de mal à aller me soigner. Pourtant, j’ai beaucoup joué en sélection sans être à 100%. J’ai fait des sacrifices pour ma sélection. À chaque fois que je revenais de l’équipe nationale, j’étais blessé. Et cela a failli me coûter ma place en club. Parois, j’ai eu une longue période de repos à cause de cela. J’ai toujours fait des sacrifices pour le pays. Même si on ne me l’a souvent pas rendu, je fais toujours en sorte d’être transparent dans mes choix.

Confirmez-vous qu’il y avait une grande rivalité entre El hadji Diouf et vous ?

(Catégorique) Ça c’est faux. Il n’y a jamais eu de problème entre El hadji (Diouf) et moi. On a souvent vu les gens écrire ou parler de conflits qui existeraient entre nous deux. Mais, on a fait abstraction de cela. une fois, El hadji a failli tomber dans le piège. Moi, au lieu de répondre ou d’attaquer, j’ai appelé El hadji pour lui faire comprendre que tout ce qui était dit était faux. Et que si j’avais quelque chose à lui reprocher je le lui dirais en face du moment où j’ai son numéro et qu’il a le mien. C’est un ami, on est proche l’un de l’autre.

Avec 20 buts en sélection, regrettez- vous de n’avoir pas battu le record de 29 réalisations d’Henri Camara ?

Non, pas du tout. Vous savez, que ce soit Henri, Kali (Fadiga), El hadji ou moi-même n’importe qui marquait des buts, j’étais heureux. Parce que ce qui m’importait, c’est que le Sénégal gagne des victoires. Que je marque ou pas, ça revenait au même.

Qu’êtes-vous réellement allé chercher au Qatar si on sait que vous étiez encore apte pour les championnats européens ?

J’étais au Qatar pour beaucoup  de raisons. d’abord, j’arrivais à un certain âge où je devrais tout faire pour mettre à l’abri ma famille. Vous savez, quand on exerce ce métier on donne beaucoup de plaisir comme on en prend aussi parce que ça reste une passion. C’est un vrai travail, de se lever tôt pour les entraînements, de rester toujours au top pour les matchs de championnats. Et c’est à partir de ce travail là qu’on peut mettre à l’abri sa famille. En un moment, j’ai eu beaucoup de propositions et vous savez qu’il y a en a certaines qui ne se refusent pas.

On vous voit régulièrement sur les plateaux de beIN SPORTS. Vous êtes-vous reconverti consultant ?

Non, je ne suis pas consultant. Mais, j’y vais de temps en temps quand on fait appel à moi. J’aime le football, c’est ma passion. Et quand j’ai l’occasion, je réponds avec plaisir aux invitations que ce soit sur beIN SPORTS ou n’importe quelle autre télévision. Pour l’instant, je ne fais rien du tout. Je m’occupe de ma famille, de mes enfants.