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À 22 ans, Fallou Gallas Wade fait depuis quelques mois les beaux jours d’Al Nasr. Avant d’atterrir à Oman cet été, le milieu de terrain a passé six ans à l’Atletico Madrid, côtoyé Diego Forlan, meilleur joueur du Mondial 2010, porté le brassard de la réserve des Colchoneros, partagé les entrainements avec les champions d’Espagne 2014 et signé au MO Béjaïa, finaliste de la Coupe CAF 2016. Sans détour l’international sénégalais raconte ses aventures heureuses et moins glorieuses. 

Fallou, les Sénégalais espéraient vous voir briller sur les pelouses espagnoles. Et vous voilà à Al Nasr (D1 Oman). Comment vous êtes-vous retrouvé dans le Golfe ? 

Je suis arrive l’été dernier juste deux mois avant le début de saison. Mon agent m’a parlé du football dans le Golfe. Le projet m’a tenté et je me suis dit pourquoi pas. C’est un pays qui vibre au rythme du football et le championnat est suivi de près par les grands clubs. Je suis la pour continuer ma progression. Jouer et vivre des matchs avec la ferveur des supporters, cela me fera grandir comme joueur et me permettra de rebondir en Europe.

Et comment se passe l’intégration dans ce pays ?

L’intégration se passe bien depuis le premier jour. Les entrainements sont durs souvent avec la température (ndlr : forte) mais on s’adapte et humainement je dirais que je suis très content. Surtout du cote de la religion. Les gens sont ouverts et respectueux, pas de problème de racisme ni de marginalisation comme pourraient le croire certains. Sur le plan sportif, j’ai joué 10 matchs sur 11. Ma seule absence était due à un cumul de cartons jaunes (3). On n’a perdu qu’un seul match et je compte 4 passes décisives. Les gens m’ont donné le surnom de «El maestro» en référence à mon jeu. A l’heure actuelle, je suis le milieu qui récupère le plus de ballons quoique je ne suis pas encore satisfait. Je dois être plus performant surtout si je veux être le meilleur joueur de ce championnat. Il reste une demi-saison et je crois que je peux améliorer beaucoup de choses encore et monter en puissance.

Y a-t-il de bonnes ambiances dans les stades car il se dit souvent que les matchs dans les pays du Golfe se jouent dans des enceintes presque vides ?

Bien sur que les ambiances sont bonnes. Elles pourraient l’être beaucoup plus, c’est vrai. Les supporters ici choisissent parfois les matchs auxquels ils veulent assister. Par exemple, quand on doit jouer un derby, le stade est plein à craquer déjà une heure avant le coup d’envoi. Mais après en fonction de l’adversaire, certains supporters préfèrent regarder le match à la télévision. Cependant il y a un groupe de supporters (Les Ultras) toujours présent pour assurer l’ambiance. Des inconditionnels !

Et les princes, c’est vrai qu’ils peuvent offrir une fortune à un joueur juste parce qu’il a fait un bon match ?

(Rires). Oui les princes riches se lancent des défis entre eux, du genre «mon équipe est plus forte que la tienne». Ils assistent aux matchs et descendent même dans les vestiaires s’ils ne sont pas contents. C’est de la passion. Mais quand ils sont contents de toi, c’est autre chose. A la limite tu deviens intouchable. Souvent ils donnent des cadeaux vraiment généreux. C’est une réalité. Ici quand ils sont satisfaits de ta performance, leur générosité décuple et ils te donnent sans même que tu n’aies à demander quoi que ce soit.

Pour en revenir à l’Atletico à vous avez passé plusieurs années et été capitaine de la réserve, qu’est-ce qui vous a manqué pour jouer en équipe première ?

Je dirais le facteur chance. En 2014-2015, au moment où je devais renouveler mon contrat pour la réserve et continuer avec l’équipe j’ai été contacté par un agent pour Montpellier. Tout était bon avec Roland Courbis et on était sur les négociations salariales. Mais du jour au lendemain, un problème a surgi de nulle part entre l’agent et le club au sujet des indemnités de formation qui étaient trop élevés. Montpellier s’est retiré. Après, j’ai contracté une grave blessure juste au moment du stage de présaison. Elle m’a éloigné des terrains pendant 6 mois. Et en football, surtout dans le milieu professionnel, quand ton heure sonne et que tu es absent, un autre prend ta place et c’est ce qui s’est passé en somme. Mais au fond de moi, rien ne m’a manque. Je considère que c’était le destin parce qu’après avoir quitté la réserve la même année, ils ont été relégués en 4ème division. On m’a même rappelé mais sur le plan professionnel, j’étais dans l’optique de franchir un nouveau cap. J’ai rompu le contact avec l’agent, le club et tout. Je me suis lance en solo. C’était peut-être une erreur mais je suis convaincu que le talent ne ment pas. Je vais rebondir.

Après vous avez signé en Algérie, au MO Béjaia…

Parfaitement mais le club m’a fait signer à la veille de la fin du mercato. Ils ont cependant fait une erreur de procédure sur mon CTI (Certificat de transfert international) et cela m’a empêché de jouer. Je n’étais pas qualifié au niveau de la FIFA. Je voulais partir mais le coach m’avait convaincu d’attendre jusqu’au mois de décembre afin que les dirigeants puissent régler le problème. Mais en décembre, il y a eu l’introduction d’une nouvelle loi en Algérie concernant les joueurs étrangers, ce qui n’a pas facilité la situation. Donc j’ai dû plier bagages. J’étais en contact avec des clubs en Espagne. Je ne voulais pas retourner en Espagne mais vu que je voulais du temps de jeu, j’ai rejoint le Girona FC où j’ai fait 6 mois l’an dernier. Mon passage au MOB m’a permis d’apprendre à être endurant dans des moments sombres. Les supporters du MOB avaient fait une mobilisation pour me demander de rester car ils avaient apprécié mes prestations lors des matchs amicaux. J’ai appris qu’il ne faut jamais baisser les bras.

Atletico n’est pas une destination fréquente pour les Sénégalais. Comment avez-vous atterri là-bas ?

C’était en 2008. Lamine Savané (actuel directeur de Aspire Afrique) avait organisé un camp d’essai et il y avait des jeunes de partout du Sénégal. Mon prof d’EPS, M. Kény, m’avait inscrit. Les essais se sont déroulés pendant quatre jours à Thiès. Il y avait M. Ammorutu, le directeur du club (Atletico Madrid). Après quelques minutes de jeu, il m’a appelé en me parlant anglais. Il m’a dit : «number 5, you’re good». Trois mois après, j’étais en Espagne.

Arrivé au club, vous avez sûrement été impressionné ?

Non j’avais peur dans l’avion parce que c’était une première pour moi mais pas quand je suis arrivé au club. C’était vraiment extra les installations. Pour dire vrai, je ne connaissais pas grand-chose du foot espagnol. J’adorais jouer au foot mais je n’étais pas accroc aux matchs à la télé. Dans l’effectif de l’Atletico, je ne connaissais que Diego Forlan.

Quel joueur vous a le plus impressionné à Atletico ?

Gabi le capitaine. Pour son sérieux et son leadership. Il est calme et rigole rarement à l’entrainement. Il est toujours serein en dehors du terrain, simple et modeste. A mon deuxième jour d’entrainement avec l’équipe A, il s’est rapproché de moi et m’as dit : «Tu perdras des ballons mais ton rôle c’est de ne jamais arrêter de courir pour les récupérer». J’ai alors fait un petit sou rire genre pour lui dire OK. Il m’a dit : «Ce n’est pas pour rire. Si tu t’entraînes mal, ça affecte l’équipe donc concentre toi». Il sait comment parler dans le vestiaire, comment intégrer les nouveaux. C’est un vrai capitaine.

Et comment était votre relation avec les autres stars de l’équipe première ?

C’était bien surtout avec les Brésiliens Diego, Felipe et Miranda. Ils m’ont invite plusieurs fois chez eux. Avec Felipe et Miranda, on a gardé le contact. Miranda m’appelle «Negro loco», le noir fou. Des trois, c’est Diego qui m’a le plus marqué. Il se bagarrait même à l’entrainement. C’est la que j’ai compris que l’entrainement est aussi synonyme de match en professionnel. Il y a eu aussi Ibrahima Baldé (attaquant international sénégalais qui évolue actuellement au Stade de Reims). Lui, c’est un frère. On se parle presque tous les jours. A Dakar quand on se retrouve, on est presque ensemble tous les soirs avec sa femme. C’est une relation fraternelle qui va au-delà du sport.

Aujourd’hui, en Liga comme en Ligue des champions, il y a une vraie bataille à trois entre Atletico, Real et FC Barcelone. Êtes-vous réellement pour votre club formateur ?

Bien sûr ! Mon club de cœur depuis tout petit, c’est le Milan AC. Mais la, Atlético Hasta La Muerte (ndlr : Atletico à mort). C’est grâce à ce club que je suis là. J’ai joué les derbys depuis cadet. J’ai été capitaine de la réserve pendant des derbys. Donc je le vis à fond. A chaque derby, que je suive le match ou pas, je soutiens les joueurs. J’envoie des messages à Lucas, Saul Niguez, Filipe Luis, Thomas Partey.

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Avec l’équipe nationale olympique, vous avez eu quelques présélections en 2015 mais vous n’avez ni disputé les Jeux Africains, ni la CAN U23. On peut savoir pourquoi ?

Si seulement je pouvais le savoir moi-même (rires)… Tout était OK pour venir. J’avais la permission du club. J’ai pris part aux matchs amicaux en Algérie et tout le monde était d’accord que j’avais fait de bonnes prestations et que je pouvais apporter un plus à l’équipe. Et je croyais fermement que je serais dans le groupe. J’avais bien ma place, Dieu en est témoin. Les sélections au Sénégal, parfois c’est étonnant. Même en cadets et juniors, j’étais à l’Atletico, je faisais partie de la sélection des meilleurs joueurs d’Espagne en championnat et pourtant je n’étais jamais appelé. Cela m’a fait mal de nous voir être éliminés chez nous pour les JO. Défendre nos couleurs, c’est plus qu’une fierté.

Mais en venant à 22 ans dans le championnat omanais, est-ce que vous n’avez pas tiré un trait sur la sélection du Sénégal ?

Non. Ça  va peut-être prendre du temps mais je ne suis pas du genre s vite oublier mes rêves. Tant que j’aurais mes jambes, je me battrais pour cela. Je suis jeune et je peux rebondir en Europe dans peu de temps. En attendant je suis un fervent supporter des Lions et je les soutiens en bon Sénégalais, fier de son pays.

En parlant de Sénégal, aux Parcelles Assainies où vous habitez, vous êtes considéré comma une légende.

(Rires). Non, je suis loin d’une légende. Nos légendes en sport doivent sûrement être Mod’Lô et Mame Biram… Moi je suis juste peut-être celui qui s’identifie à un vrai Parcellois. J’essaie toujours de répondre aux invitations pour les matchs. Jusqu’à présent, je suis le même. Tu me croiseras plus facilement aux Parcelles la nuit plutôt qu’aux Almadies. J’y passe mes vacances et je fais de mon mieux pour m’activer dans le social et des activités pour aider tous les jeunes de la banlieue à aller de l’avant. Si les gens parlent de moi comme ça, c’est juste peut-être qu’ils apprécient un frère qui n’a pas changé malgré toute l’hypocrisie et les dérives dans le monde du foot. Mes amis seront toujours les mêmes. Et Parcelles, c’est ma vie. Je suis trop fier d’être ce banc lieux art (banlieusard) qui demeure par ces fois (parcelloises) : Respect, honneur et fierté…