PARTAGER

A cinquante-sept ans, Youssou Ndour partage sa vie entre la politique et la musique. Actuellement, conseiller de Macky Sall, le président de la République du Sénégal, l’auteur du tube mondial 7 Seconds en 1994 (en duo avec Neneh Cherry) vient de sortir un nouvel album, Africa Rekk, qu’il présentera en concert à Paris, ce mardi à la Philharmonie, puis les 18 et 19 novembre au Bataclan. En attendant, ce passionné de foot a évoqué ses liens avec la sélection sénégalaise.

 

Avez-vous déjà composé des chansons à la gloire de l’équipe du Sénégal ?

Oui… En 1989, les résultats de l’équipe n’étaient pas très bons, j’en étais malade. J’avais écrit une chanson, The Lion, destinée à galvaniser les joueurs, avec des paroles qui racontent l’histoire et la culture de notre pays. Plus tard, en 2002, j’ai écrit un autre morceau, Les Lions de la Teranga, chanté par les joueurs et qu’on entend encore aujourd’hui à chaque fois que le Sénégal joue.

En 2002, le Sénégal va jusqu’en quart de finale du Mondial, après avoir battu la France (1-0) lors du match d’ouverture. Quels souvenirs gardez-vous de cette rencontre ?

J’étais chez moi, au Sénégal, il y avait cinquante personnes dans ma maison et au moment du but (de Bouba Diop), il y a eu une telle cohue que j’étais projeté à travers une baie vitrée (il rit). Heureusement que j’étais bien habillé, car je n’ai pas été blessé ! Ensuite, on a fait la fête dans les rues et là, l’ambiance était indescriptible : les gens étaient comme des fous.

A l’époque, la star de l’équipe était El Hadji Diouf. L’avez-vous déjà rencontré ?

Bien sûr, c’est mon petit frère El Hadj ! Une fois, lorsqu’il jouait à Lens (2000-2002), je donnais un concert dans le nord de la France et je l’ai croisé dans le train. Il allait à Paris pour rentrer au Sénégal et il avait plein de maillots de foot. Il m’a dit : «Grand, c’est pour les gamins de Dakar.» Cela m’a marqué.

N’aurait-il pas pu faire une meilleure carrière, avec plus de discipline hors des terrains ?

Il a pu faire des erreurs, comme tout le monde. Mais il faut arrêter de critiquer El Hadj. Récemment, j’ai vu une émission où il y avait Manu Petit (Christophe) Dugarry, (Frank) Lebœuf et un autre… (Pascal) Chimbonda, je crois (il parle du programme Le Vestiaire, diffusé le 1er novembre sur SFR Sport). Je n’ai pas aimé, ils ont mal parlé de El Hadj (Chimbonda a notamment dit : «Diouf, c’est un gars bien mais dans sa tête, ils sont plusieurs»). J’ai d’ailleurs l’impression que Lebœuf n’a toujours pas digéré de s’être fait dribbler par Diouf (sur l’action du but de Diop en 2002). Il faut que ces gens-là sachent que El Hadj est une légende. Il est entré dans l’histoire. Il a remporté deux Ballons d’Or africains. On n’y touche pas !

L’autre personnalité forte de l’aventure sénégalaise au Mondial 2002, c’est le sélectionneur, Bruno Metsu, décédé en 2013. Quels souvenirs conservez-vous de lui ?

C’était un très grand manager, qui a su mobiliser une génération exceptionnelle. Il avait le bon feeling avec les joueurs, en étant à la fois autoritaire et décontracté. Vous savez, aujourd’hui, on prie encore beaucoup pour lui chez nous. Le fait qu’il ait demandé à être inhumé à Dakar nous a beaucoup touchés : c’est un fils du Sénégal. Quand il était très malade, je l’avais rencontré à Dubaï avec le Président Macky Sall, qui l’avait remercié pour tout ce qu’il avait fait pour le pays…