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Arrivé en France à dix-huit ans, Famara Diedhiou a dû bourlinguer dans les divisions inférieures pendant trois ans avant de passer pro à Sochaux. Aujourd’hui à Angers, l’attaquant sénégalais savoure son bonheur d’évoluer en L1 après des preuves qui l’ont renforcé. Entretien pour Foot365.

Famara Diedhiou, vous êtes arrivé cet été à Angers avec un statut après votre transfert. Comment avez-vous vécu le mauvais départ du SCO, avec trois défaites et aucun but pour vous ?
Tout joueur de football a une responsabilité. Si Angers m’a fait venir ici, c’est que le club compte vraiment sur moi. Je veux apporter ma pierre à l’édifice, même si c’est vrai que ce n’était pas facile en début de saison. C’était un groupe nouveau, un nouveau système et il fallait s’adapter. On a su lâcher les chevaux désormais et on veut prendre le maximum de plaisir à chaque match.

Votre but contre Dijon juste après la première trêve internationale, pour participer à la première victoire angevine (3-1), a dû vous faire énormément de bien…
Ça libère, ça m’a permis de débloquer quelque chose en moi. Pour un attaquant, il n’y a pas mieux que marquer un but. Les résultats ont suivi après, tant mieux pour nous. Un attaquant doit être patient, il y a des cycles. On sait très bien que tôt ou tard, ça va finir au fond. Une fois que c’est au fond, il faut surfer sur cette vague et être efficace au maximum.

Venir à Angers, était-ce une évidence pour vous ?
Le coach m’a parlé dès la fin de saison dernière, il voulait coûte que coûte que je vienne. Ça s’est fait naturellement. Une fois arrivé là, les joueurs et le staff ont su m’accueillir, trouver les mots justes. A moi de bosser pour leur rendre tout ça sur le terrain.

Quelle différence voyez-vous entre la L1 et la L2 dans le travail d’un attaquant ?
C’est beaucoup plus tactique et rapide en L1. Par rapport au projet, Angers était le club qu’il me fallait. Les dirigeants et les joueurs travaillent le maximum, au quotidien. C’est sympa d’être acteur maintenant, de ne plus être spectateur. Ça fait plaisir.

Diedhiou : « On ne m’a pas assez fait confiance à Sochaux »

Au SCO, vous avez retrouvé Karl Toko-Ekambi, que vous aviez déjà côtoyé à Sochaux et avec qui vous étiez en concurrence à l’époque…
Il jouait plus à gauche que dans l’axe à Sochaux, j’étais plus en concurrence avec Edouard Butin et Raphaël Caceres. Il a éclaté à Sochaux avec quatorze buts, mais on a toujours gardé le même contact, parce qu’on a cravaché ensemble, en National puis en L2. A l’entrainement ou en dehors, on rigole tout le temps. Nous avons une relation saine.

Avec le recul, quel regard portez-vous sur votre expérience à Sochaux, où vous n’avez réellement joué que pendant six mois ?
Je pense qu’on ne m’a pas assez fait confiance, on ne me l’a jamais caché. Je suis arrivé de Nantes à Sochaux, en était prêté pendant trois ans parce que je ne pouvais pas jouer avec eux. Une fois que j’ai eu la possibilité, il y avait un nouveau coach, tout l’environnement avait changé. Je n’ai pas réussi à m’exprimer comme il le fallait et quand l’occasion d’aller à Clermont s’est présentée, j’ai sauté dessus.

Comment expliquez-vous les six mois de folie que vous avez connu la saison dernière à Clermont, avec vingt buts lors des vingt-deux premières journées de la L2 ?
C’est la confiance que la coach, que le club et que les joueurs m’ont donné. Les six premiers mois à Clermont (de janvier 2015 à juin), je les vois comme une période d’adaptation. A la fin de la saison, je n’ai pas eu de nouvelles de Sochaux, je ne savais pas si le club voulait me garder et si je devais revenir là-bas pour la préparation. Clermont m’a demandé de rester et ça a été un élément déclencheur. On a cravaché ensemble pendant la présaison et j’ai essayé de rendre sur le terrain la confiance que le club m’a donné.

Mais à partir de fin janvier, vous n’avez plus marqué qu’un but. Avez-vous commencé à vous poser des questions à ce moment-là ?
Quand les joueurs te connaissent, c’est forcément plus difficile, parce qu’ils sont plus attentifs à toi. Ça libère de l’espace pour les autres, qui en profitent. Il n’y a pas qu’un joueur qui importe, c’est le collectif, qu’à la fin il gagne. Je n’essaie pas de me trouver des excuses. Mais on est onze dans un match. Je n’ai jamais douté par rapport à ça. J’avais une période où ça ne rentrait pas, le gardien faisait un arrêt exceptionnel ou ça passait de peu à côté. Mais les joueurs avaient toujours confiance en moi, la coach aussi me disait qu’elle croyait en moi quoi qu’il arrive. Ça te renforce.

Diedhiou : « J’ai su convaincre ma mère »

Surtout que vous venez de loin, vous évoluiez encore au Sénégal il y a cinq ans. Vous aviez même mis du temps à vous décider entre attaquant et gardien…
Je faisais les deux. J’étais gardien de but à l’école et je devenais joueur de champ quand je rentrais dans mon quartier. Je savais bien que tôt ou tard, il faudrait choisir. Les gens me disaient que j’étais mieux en jouant au foot et c’est vrai que je prenais plus de plaisir. J’ai toujours cru en moi, que j’allais y arriver.

Votre mère voulait que vous deveniez avocat. N’a-t-elle pas eu peur quand vous avez fait le choix de partir pour la France à dix-huit ans ?
Au début, elle voulait juste que je me concentre sur les études. Mais j’ai su aussi la convaincre que je voulais jouer au foot. Elle m’a aidé, elle m’a accompagné, elle m’a protégé. Elle m’a donné des conseils aussi.

En raison des accords Cotonou, vous ne pouviez pas passer pro avant d’avoir une licence amateurs pendant trois ans ou d’avoir une sélection avec le Sénégal. C’est pourquoi Nantes, qui vous avait repéré, ne vous a pas conservé et vous avez dû enchaîner trois prêts (Belfort, Epinal, Gazélec) avant de passer pro à Sochaux. Comment avez-vous vécu tout ça ?
C’est compliqué, mais on sait d’où on vient, que la réussite en passe par là. Ça permet de te forger. Je voulais juste jouer au football, progresser. Même si j’ai été prêté à gauche à droite. Ça m’a aussi permis de jouer, de m’éclater. Pour dire la vérité, je n’ai jamais pensé à tout lâcher et à rentrer au pays. Le foot, c’est en moi depuis tout petit. J’avais la possibilité de réussir, alors même si c’était vraiment dur au début, je me suis accroché. Il y a des clubs où je suis passé et où les relations n’étaient pas au top, j’ai fait abstraction de ça. Je veux prendre le maximum de plaisir dans ce que je fais, montrer mes qualités et aller au plus haut.