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Sa signature à Liverpool, lundi dernier, a enchanté le lanterneau footballistique sénégalais. Sadio Mané qui se dit heureux de s’être engagé pour 5 ans chez les Reds assure que ce n’est que les prémices d’un objectif qu’ils est toujours fixé. L’ancien n°10 de Southampton dit être redevable à l’équipe nationale qui lui a permis d’arriver à ce stade en si peu de temps.

Sadio, qu’avez-vous ressenti après votre signature à Liverpool ?

Je suis content de signer à Liverpool qui est un grand club avec beaucoup d’histoire. C’est un club qui a aussi gagné beaucoup de trophées. C’est le club idéal pour moi, parce qu’il me permettra de continuer mon apprentissage. Franchement, je n’oublierai jamais le jour où j’ai signé à Liverpool, qui reste l’un des plus grands clubs européens. J’ai hâte de rencontrer mes nouveaux coéquipiers pour démarrer la saison.

Comment le contact a-t-il été noué avec Liverpool ?

J’étais en vacances quand j’ai reçu le coup de fil de mon agent qui m’a fait part de l’intérêt de Liverpool. Par la même occasion, il m’a informé que le coach Jürgen Klopp allait me rappeler dans une demi-heure. Il nous a mis en contact. Quand il m’a appelé, le coach m’a dit qu’il me voulait au club et qu’il m’a toujours suivi alors qu’il était encore à Dortmund. Je n’ai pas hésité, j’ai dit oui parce que je pense que c’est le bon club pour moi, le bon entraîneur qui me fera grandir et c’était aussi le bon moment pour moi de partir.

Confirmez-vous qu’il y avait des équipes notamment Manchester United, Tottenham ou encore Arsenal qui étaient intéressés ?

Effectivement, je confirme que Manchester United était chaud sur le dossier ainsi que Tottenham. J’ai discute avec Louis van Gaal et les dirigeants mancuniens. Heureusement qu’avec mes conseillers nous avons décidé de prendre notre mal en patience et de laisser les choses venir d’elles-mêmes. Aujourd’hui que Liverpool est arrivé, on a pris la décision d’y aller. J’espère que c’est le meilleur choix. J’y vais pour progresser.

Êtes-vous conscient qu’un gros challenge vous attend à Anfield ?

Dans ma tête, je me dis que c’est le début du commencement. Je suis vraiment motivé. Maintenant, à moi de montrer de quoi je suis capable. J’ai conscience du challenge qui m’y attend. Je vais tout donner pour ne pas décevoir les dirigeants qui ont jeté leur dévolu sur moi. À moi de faire le maximum sur le terrain pour faire plaisir aux fans du club mais aussi aux Sénégalais qui n’arrêtent pas de prier pour moi.

Êtes-vous prêt pour la concurrence avec des joueurs comme Firmino, Coutinho, Stturidge entre autres ?

La concurrence prouve encore une fois que Liverpool est un grand club. Je sais bien qu’elle me permettra de travailler davantage pour progresser. C’est vrai qu’il y a du monde mais moi je ne fais pas attention à cela. Je sais ce qui m’y attend et ce que je dois faire. Le plus important, c’est de saisir ma chance quand le coach me la donnera.

Des anciens de Liverpool, vos aînés El Hadji Diouf et Salif Diao, pensent que pour vous imposer à Liverpool il faut d’abord avoir une place dans le vestiaire…

Ça fait plaisir d’entendre des conseils venant de ces monuments du football. Ils ont marqué la vie du football sénégalais et ont eu la chance d’évoluer à Liverpool. Ces conseils me seront précieux et je leur en serai éternellement reconnaissant. Un joueur comme Diouf reste mon idole et Diao fut un grand joueur avec beaucoup d’expériences. Par rapport au vestiaire, je pense qu’il n’y aura pas de problème parce que, d’après les échos, les joueurs sont sympas.

Quel objectif vous êtes vous fixé avec votre nouvelle équipe ?

Il est clair que pour le moment, je vais essayer de m’imposer dans le groupe. Comme vous le savez, quand on joue dans un tel club, l’objectif est clair : c’est d’aller le plus loin possible et viser toujours plus haut.

Que dites-vous à ceux qui craignent que votre statut de footballeur africain le plus cher ne vous monte à la tête ?

Personnellement, je n’ai pas de souci dans ce sens. Mon travail consiste à me donner à fond, respecter les consignes du coach et donner du plaisir aux supporters de Liverpool. C’est cet apport qui sera le mien. Moi, le montant du transfert n’est pas un problème. Cela ne regarde que les deux clubs. Moi, ce qui m’intéresse, c’est le terrain.

Habitué au n°10, à Liverpool c’est le 19 que vous porterez. N’êtes-vous pas dérangé psychologiquement ?

Non pas du tout. Le n°10 est effectivement mon préféré. Mais le 19 aussi me va super bien. Après tout ce n’est pas le numéro qui joue. L’essentiel c’est ce que je ferai sur le terrain.

Comment les supporters de Southampton ont-ils accueilli votre départ du club ?

Je peux vous assurer que ça n’a pas été facile pour eux. J’ai un peu suivi quelques réactions mais ils ont compris que c’est le moment pour moi de franchir un palier. En tout cas, après deux ans au club, je ne peux que dire merci aux supporters de Southampton. Ils ont été derrière nous durant les meilleurs et les mauvais moments. Je ne peux pas les oublier parce que, quoi que l’on dise, ils m’ont donné du bonheur durant mon passage au club. Je leur suis reconnaissant et je souhaite bonne chance aux Saints.

Vous partagez la ville de Liverpool avec votre ancien coach Ronald Koeman, qui vient de s’engager à Everton. N’est-ce pas un signal fort pour les prochains derbys ? 

Je n’aurai pas de revanche à prendre sur qui que ce soit. A Southampton, Koeman m’a aidé à progresser et je ne peux vraiment pas le payer. Je viens de lui envoyer un message dans lequel je lui ai dit : «Coach, merci pour tout ce que vous m’avez appris durant ces deux dernières années. Je ne vous oublierai pas même si nos chemins se séparent. J’espère marquer des buts contre vous pendant les derbys entre Liverpool et Everton» (éclats de rires). Il est présentement en vacances, il n’a pas encore répondu mais il répondra parce qu’on a de très bons rapports tous les deux.

De Bambali à Liverpool, n’est-ce pas une ascension fulgurante ?

Je ne sais pas. Je dois remercier le bon Dieu de m’avoir donné la santé pour pratiquer le métier que j’aime depuis le bas âge. Maintenant que je suis à Liverpool, ça ne change absolument rien. Je vais continuer de garder la tête sur les épaules et continuer ma progression. C’est une chance de quitter mon village et de progresser petit à petit sans se focaliser sur les détails.

Les regards ont-ils changé ?

Je ne fais pas attention au regard des gens. Même si je n’ai plus le même statut, je reste la même personne. Toujours aux côtés de mes parents et amis. Je réponds à toutes les interpellations parce que c’est comme ça qu’on m’a éduqué aussi.

Pouvons-nous aborder l’équipe nationale ?

Si aujourd’hui je suis arrivé à ce stade, c’est en grande partie grâce à l’équipe nationale. Elle m’a tout donné et j’ai une dette envers elle. Que je le dise ou pas, je suis redevable à l’équipe nationale. Je rendrai la monnaie de la pièce. On doit continuer à se battre jusqu’au bout afin que l’équipe gagne tout le temps d’autant que nous. joueurs, sommes les premiers à récolter les fruits de nos succès.

Cinq matchs cinq victoires. N’est-ce pas là un bilan positif ?

Le bilan est plus que positif. D’après les statistiques, le Sénégal n’a jamais réussi un tel parcours. On va continuer sur cette lancée parce qu’on n’a plus droit a l’erreur. Le Sénégal sera attendu à tous ses matchs. Heureusement qu’en tant que footballeurs, nous comprenons les choses ainsi. Nous allons continuer à écouter attentivement les consignes du coach tout en faisant attention au projet que nous a présenté la Fédération qui ne cesse de nous mettre dans des conditions idoines de performance.

Contrairement aux précédentes sorties, lors des deux derniers matchs le Sénégal a maîtrisé son jeu. Est-ce à dire que les automatismes sont déjà en place ?

On entend souvent les gens critiquer. Mais, nous prenons tout cela de façon positive. C’est bien d’écouter des personnes extérieures. Ces observations nous permettent de progresser. Pour ce qui est de nos dernières sorties, on a fait deux bons matchs face au Rwanda et au Burundi. On progresse d’un match à l’autre. Nous allons continuer sur cette lancée tout en sachant que rien n’est encore fait. Le chemin reste toujours long et cahoteux. Ça on le sait. Mais le coach met en place un système qui nous permet de corriger et de rectifier pendant qu’il est temps.

Et si on parlait de la méthode d’Aliou Cissé ?

Sincèrement, je dis que nous avons eu la chance d’avoir un coach comme Aliou Cissé. On peut dire qu’on a le meilleur staff avec lui et ses collaborateurs. Ils ne cessent de nous guider dans le droit chemin. Il a l’expérience de la Coupe d’Afrique et de la Coupe du monde. Il nous aide à progresser de façon positive. Son discours met tout le monde au service du collectif parce que, pour lui, seul le groupe est important. Il a un discours fédérateur. On veut vraiment écrire une nouvelle page de l’histoire de notre football avec Aliou Cissé.

Êtes-vous d’avis que la star de cette équipe du Sénégal c’est l’équipe elle-même ?

Ça c’est vrai. Le coach a raison parce qu’il nous le rappelle souvent. Nous pratiquons un jeu collectif donc, on ne doit penser qu’à l’intérêt du groupe. C’est ce qui fait notre force. Là, nous gagnons des matchs et nous devons tout faire pour continuer sur la même lancée tout en sachant que rien ne nous sera donné comme cadeau.

Quel sera l’objectif du Sénégal à la prochaine CAN ?

Il faut rendre grâce à Dieu de nous avoir donné la qualification. À la compétition proprement dite, on va d’abord se battre pour franchir le cap du premier tour. À partir de là, on prendra les matchs les uns après les autres. Il est clair que nous avons le groupe qu’il faut pour aller jusqu’au bout. Et incha Allah, on ne baissera pas les bras pour y arriver.

Qu’est-ce qui est à l’origine de l’élimination prématurée du Sénégal à la CAN-2015 ?

Vous savez, en football, les choses vont vite. Il y a des hauts et des bas. À la dernière Coupe d’Afrique, nous avons trébuché. Cela va nous servir de leçon parce que nous avons tous appris de cette élimination prématurée. Nous sommes expérimentés et si tout va bien, ça ne sera plus le cas.

Quelle appréciation faites-vous de la poule D que le Sénégal partage avec l’Afrique du Sud, le Cap-Vert et le Burkina Faso pour les éliminatoires de la Coupe du monde 2018 ?

On comprend que maintenant, il n’y a plus de petite nation en football. Le sort nous a réservé ces trois pays. On a beaucoup de respect pour nos adversaires. Et rien ne changera dans notre mentalité. Sur le terrain, nous allons tout faire pour montrer qu’on mérite notre place parmi les cinq meilleures équipes africaines. On donnera tout pour faire plaisir au peuple sénégalais qui ne cesse de nous accompagner quelles que soient les circonstances.

Certains pensent que le Sénégal déçoit à chaque fois qu’il est classé favori de son groupe…

Comme je l’ai dit, il n’y a plus de petite équipe en football. Maintenant, les supporters peuvent se dire que le groupe du Sénégal est facile, mais en tant que footballeurs nous avons une autre lecture de la situation. Cela nous permet de rester concentrés sur notre sujet parce que nous voulons tous aller à la prochaine Coupe du monde.

Quel est votre meilleur souvenir de footballeur ?

Il est clair que le triplé que j’ai réalisé avec Southampton en 2015 contre Aston Villa restera l’un de mes meilleurs souvenirs de footballeur. C’est un moment fabuleux de ma carrière. Ce n’était pas du tout évident. Avant que ça ne se réalise, je n’y ai jamais pensé. Battre un record qui date de plus de vingt ans, cela me fait vraiment plaisir.

Comment avez-vous passé vos vacances ?

Comme d’habitude, j’ai passé mes vacances au Sénégal. Je suis resté deux semaines à Dakar et une semaine en Casamance. J’étais dans mon coin avec mes parents et amis. Ça va, je suis content parce que je me suis bien ressourcé et là, je suis d’attaque pour la prochaine saison.

Quel message lancez-vous aux supporters sénégalais ?

Nous avons un public merveilleux, des supporters qui ne cessent de prier pour nous et de nous encourager. Nous ne pouvons pas leur serrer la main à tous mais nous allons nous battre sur le terrain pour qu’ils soient fiers de nous. Je profite de cet entretien pour leur dire merci du fond du cœur.