Partager

En fin de contrat avec Rennes, Cheikh Mbengue compte aller voir ailleurs pour d’autres chalenges sportifs. Absent de la Tanière depuis septembre dernier, le natif de Toulouse ne veut pas s’apitoyer sur son sort. Pour lui, l’essentiel c’est de travailler pour revenir naturellement et aider le Sénégal à gagner des trophées.

Cheikh, votre saison 2015-2016 peut être qualifiée de mi-figue, mi-raisin ?

Oui bien sûr. Parce qu’au départ, il y a eu un petit problème contractuel avec Rennes. Ils savaient que j’étais en fin de contrat et ont souhaité me prolonger. Malheureusement, on n’est pas tombé d’accord. Au début, c’était compliqué parce qu’ils ne comptaient pas me faire jouer. Moi, j’ai continué à me battre tout en sachant que mon heure allait sonner. J’étais confiné sur le banc de touche au départ de la saison. Mais, d’octobre à avril, j’ai joué tous les matchs. Mais, en fin de saison, rebelote. Franchement, ça a été une saison au cours de laquelle je n’ai fait que 25 matchs. Mais, ce n’était pas mal pour quelqu’un que l’on ne comptait pas faire jouer au début. J’ai connu de meilleures saisons. Ça arrive dans une carrière. Cela me servira pour le futur. Je sais d’où je viens et là où je dois aller. Cette situation m’a mentalement forgé.

Ces relations froides avec votre coach ont joué en votre défaveur…

Je n’étais pas du tout content. Je me battais et je voulais jouer. Mais, les dirigeants m’ont fait comprendre que si je ne prolonge pas, ils ne me feront pas jouer. Je n’étais pas du tout d’accord pour prolonger mon contrat tant que leur proposition était restée telle quelle. Ils ont compris ma décision.

N’était-il pas plus judicieux de faire des concessions pour éviter ce genre de situation ?

Ça a été difficile à gérer mais j’ai quand même joué 25 matchs. Je n’ai pas fait une saison complète mais avec ce qu’ils m’ont dit, je ne m’attendais pas du tout à jouer. Donc, dans ma tête, il n’y avait que les entraînements. Je me suis battu avant qu’on ne me donne à nouveau ma chance. Il n’y avait pas de concession à faire, c’est pourquoi tout était resté bloqué.

Les velléités de départ existent toujours non ?

Effectivement, je suis parti de Rennes parce que là, je suis en fin de contrat. Maintenant, il y a des négociations qui sont en cours. Il n’y a rien d’acté pour le moment. On est en train de discuter. Une fois ma décision prise, vous serez informé. J’ai des touches un peu partout et j’espère prendre une décision rapidement parce que je n’ai pas envie de prendre une équipe en cours de route.

Ce sera en Ligue 1 ou ailleurs ?

Aujourd’hui, je suis ouvert à pas mal de choses. Ça fait neuf ans que je suis en France. J’aimerais voir autre chose. Mais, on sait qu’en football, tout va vite. On n’a pas toujours ce qu’on veut. J’ai des préférences, mais je ne suis pas fermé par rapport à telle ou telle autre proposition. Je ne vous cache pas que j’ai une préférence pour le championnat anglais qui m’attire, mais je ne me fais pas de fixation. Le plus important, c’est que je reste compétitif.

Qu’est-ce qui a bloqué votre transfert à Bournemouth en septembre dernier ?

C’est vrai que les dirigeants de Bournemouth étaient sur le dossier. Malheureusement, ça ne s’est pas réalisé parce que c’était le dernier jour. Je me dis que c’était la volonté divine, ça ne devait pas se faire. J’ai quitté la sélection pour un jour mais bon, il n’y a pas eu de résultat.

Justement, c’est ce déplacement à Bournemouth, la veille du départ de l’équipe nationale en Namibie, qui a été le début de vos déboires en sélection…

C’est vrai que le fait de quitter la sélection pour aller négocier un contrat n’a certainement pas plu à certaines personnes. Mais c’était pour la bonne cause. On sait qu’à cette période là, il peut se passer des choses. J’ai parlé avec le sélectionneur. Au départ, il n’a pas trop accepté mais ensuite il a été compréhensif. Même si on n’a pas été d’accord, je ne pense pas que c’est à cause de ça que je ne suis plus rappelé en sélection. Je n’ai pas eu d’explications, je ne les ai pas cherchées non plus. Je continue à faire mon travail en club. Je ne suis pas quelqu’un qui va demander des explications. Je vais faire mon travail, le jour où on doit me reprendre en sélection, on me reprendra parce que j’aurais prouvé pour revenir.

Ne trouvez-vous pas frustrant d’être souvent laissé à quai depuis quelque temps alors que depuis 2011 vous êtes régulier en sélection ?

Comme je dis souvent, en football, il y a de ces choix qui ne font pas plaisir. Mais, je ne suis pas quelqu’un qui s’apitoie sur son sort. Je vais travailler et continuer à tout donner pour revenir en sélection. Si je reviens, c’est parce que j’ai travaillé. J’entends des versions sur ma non-sélection, mais moi je me dis que si le coach ne fait pas appel à moi, il a ses raisons. Le jour où il m’appellera, on en parlera.

Avez-vous appelé le coach pour en discuter ?

Non pas du tout. C’est compliqué. Faire ça, ça voudrait dire que je ne respecte pas les autres qui sont là. Si le coach appelle d’autres joueurs, je me dis que certainement, ils sont plus aptes que moi. La sélection ne m’appartient pas. Il n’est pas écrit que je suis le seul latéral gauche qui doit être tout le temps appelé même si je fais mes matchs. A moi de me battre. Je ne dois faire aucune déclaration allant dans le sens d’envenimer les choses. Non, je ne suis pas dans ça. La meilleure des choses à faire, c’est de travailler. Le jour où je dois revenir, je reviendrai. Après, ça a été assez bizarre car durant la période où je ne jouais pas, il m’appelait. Mais quand j’ai commencé à jouer, il ne m’a plus appelé. Mais, tout ça n’est pas grave. J’aurai le temps de parler avec le coach de tout ça. Ce n’est pas encore le moment. Pour l’instant, je me concentre sur mon avenir.

Quelles appréciations faites-vous du comportement de l’équipe du Sénégal?

Dès l’arrivée d’Aliou Cissé, il y a eu beaucoup de changements par rapport à ce qui était là auparavant. Aujourd’hui, on nous a demande de nous qualifier, ça a été fait. Même si les gens pensent que la manière n’y est pas, ça viendra. On comprend l’impatience des gens parce qu’il y a des joueurs de qualité dans le groupe. Le jeu à la champagne, c’est ce qui est le plus compliqué dans le football. Je pense qu’aujourd’hui, les gens attendent plus qu’on soit efficace.

Certains pensent qu’Aliou Cissé a souvent des problèmes avec les fortes têtes auxquelles il ferme la porte de la Tanière…

Honnêtement, je ne sais pas pourquoi certains joueurs ne sont plus en sélection. Je ne peux pas me prononcer sur cette question parce que ça ne me regarde pas et je ne les connais pas non plus. Aliou a-t-il des problèmes avec les fortes têtes, ça je ne le crois pas parce que lui-même est d’un fort caractère. Et puis un sélectionneur ou un quelconque entraîneur a besoin d’avoir des joueurs de caractère.

Est-ce que le discours du sélectionneur passe convenablement dans le vestiaire par rapport à ses prédécesseurs ?

Chacun a sa façon de faire. Peut-être que Cissé a une manière directe pour dire les choses. Quand il a quelque chose à dire, il le dit sans arrière pensée. Après, moi, je ne me focalise pas sur la manière de communiquer du coach. Je suis là pour jouer au football. Le coach crie haut et fort parce qu’il est là pour gagner. Ça, il ne cesse de nous le rappeler.

Et si on parlait des deux éliminations prématurées du Sénégal des CAN-2012 et 2015 ?

Vous savez si on s’est fait éliminer au premier tour en 2012 et en 2015, cela veut dire qu’il y a plein de choses qui n’ont pas marché. On avait de bonnes équipes potentiellement. Mais sur le terrain, on n’a pas pu concrétiser ces atouts. Aujourd’hui, pour gagner une coupe d’Afrique, il faut être de vrais bonhommes et être 23 soldats prêts à se battre à tout moment. Malheureusement, lors des deux précédentes éditions de la CAN, on n’a pas eu ça. En un moment, on a cru qu’on était au-dessus de tout le monde parce qu’avec tous les joueurs de premier plan qui étaient avec nous, on se disait qu’on allait y arriver. D’ailleurs, en 2012, contre la Zambie, on pensait que ça allait être facile. Mais, on a été surpris par l’engagement de l’adversaire et l’intensité qu’il a mise. C’est ce qui nous a manqué. C’est ce supplément d’âme qui nous a fait défaut. Là-bas, ce n’est pas comme à l’Euro, où il y a de beaux terrains. Là-bas, c’est plus que ça. Après toutes ces erreurs, aujourd’hui, il est clair qu’on ne peut plus se cacher. On a commis les mêmes erreurs à deux reprises, on ne sera pas pardonné la troisième fois.

Le Sénégal a-t-il le potentiel pour se qualifier au Mondial 2018 ?

Bien sûr. Sinon, on ne serait pas 4ème nation du football africain. On a le groupe qu’il faut, mais c’est montrer nos potentiels sur le terrain qui nous fait défaut. Il y a beaucoup d’équipes qui, qualitativement, n’ont pas le même potentiel que le Sénégal, mais elles réussissent à se qualifier.

Comment avez-vous accueilli la sélection de Fallou Diagne, votre coéquipier à Rennes ?

On n’a pas encore eu l’occasion de parler depuis sa dernière sélection. On est tous en vacances mais on en parlera. On aura l’occasion de se revoir au retour. Il était très content déjà de faire partie du groupe parce qu’il attendait cette sélection depuis un bon moment. Il l’a mérité parce qu’il a fait une bonne saison. Franchement, ça a été la suite logique des choses. Je suis content pour lui et j’espère que c’est une sélection qui en appellera d’autres.

Votre ancien coéquipier Ousmane Dembelé pourrait-il être une belle recrue pour le Sénégal ?

Honnêtement, ça va être compliqué. Il est jeune, il n’a que 18 ans, il est en équipe de France Espoirs et il vient de signer dans un nouveau club, Dortmund. Jouer au Sénégal est très dur même si certains ne le voient pas comme ça. Malgré son talent, ça sera très dur pour lui d’évoluer au Sénégal. Maintenant, je lui souhaite de faire une belle carrière avec son club. Quand viendra le moment de faire son choix, il a son entourage, sa famille. S’il me sollicite, je pourrai lui donner quelques conseils.

Pourquoi dites-vous qu’il est difficile de jouer pour le Sénégal ?

Ce n’est pas spécifiquement le Sénégal, mais jouer en Afrique est très dur parce qu’il y a une pression énorme sur vos épaules. Les gens sont trop rattachés au football qui porte la joie et la détresse en même temps. J’ai connu ça. Au Sénégal, on peut passer d’un tout à un rien. Et quand vous n’êtes pas préparé à ça, vous passez complètement à côté. Pour un rien, on se fait siffler.

Mais ça c’est partout, non ?

En Afrique c’est plus compliqué. En Europe, il y a certes la pression. Mais ici (en Afrique), si tu es nul et tu sors, on t’insulte. Tu n’y peux rien.

Abdoulaye Diallo votre coéquipier est 3ème gardien à Rennes et titulaire en sélection, ce qui ne peut perdurer selon le staff…

Un footballeur quoi qu’il arrive doit jouer quel que soit le poste. Au Havre, Abdoulaye Diallo jouait. A son retour à Rennes, il a eu la chance de jouer suite à la blessure de Benoît Costil. Il en a profité pour montrer son talent. C’est un gardien qui a beaucoup de qualités. Il est jeune mais le conseil que je lui donne, c’est qu’il parte voir ailleurs. Lui-même le sait et on en a parlé souvent.

Nourrissez-vous des regrets de ne pas avoir revêtu le maillot français ?

Non du tout. Moi, quand je prenais le choix de jouer pour le Sénégal, je l’ai bien mûri. Mais je ne vous le cache pas, j’aurai pu jouer pour la France. En 2010, j’avais été présélectionné pour faire la Coupe du monde avec la France. J’ai fait un choix que je n’ai pas du tout regretté et puis ma carrière en équipe nationale n’est pas terminée. Loin de là. Aujourd’hui, je n’ai que 27 ans et j’ai beaucoup d’années de football devant moi. J’aspire à vivre de belles choses encore avec l’équipe nationale. La France a été secouée par l’histoire des quotas, aujourd’hui, c’est le racisme qui fait surface… (Il coupe). Le jour où j’ai choisi de jouer pour le Sénégal, l’information a fait la Une de tous les journaux français. C’était une période assez compliquée avec l’histoire des quotas. Mais, cette histoire n’a nullement influe sur mes choix. Ma décision était prise depuis lors. La France est un pays cosmopolite qui a su accueillir pas mal d’étrangers. Moi je suis Français de naissance, mais j’ai la chance de jouer pour le Sénégal. Pourtant, ce ne sont pas seulement les Africains qui font ça. Jetez un coup d’œil sur la sélection suisse, il n’y a que des étrangers. C’est une richesse.

Quel est votre favori pour l’Euro 2016 ?

Mon équipe préférée c’est la France. J’y habite, c’est mon pays de naissance. Ensuite, j’ai mon meilleur ami dans le milieu du foot, Moussa Sissoko, qui y joue. Ce sont toutes ces raisons qui font que je supporte la France qui a le potentiel pour remporter l’Euro.