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Aujourd’hui, buteur patenté d’Al Dhafra, Makhète Diop est pourtant un miraculé du football. L’attaquant sénégalais a pendant deux ans lutté contre la maladie.

Makhète Diop, qu’est-ce qui vous a marqué durant votre parcours de footballeur ?

Une maladie qui a failli me tuer. C’était un match de championnat. J’ai marqué un but et c’est cette nuit là je suis tombé malade. J’avais mal aux adducteurs et mes genoux ne pouvaient se plier. Je suis resté malade durant deux ans, j’étais sans vie. On m’avait hospitalisé à l’hôpital Fann, durant 6 mois. J’étais dans la chambre de la mort. Mon père Alioune Diop a joué un rôle fondamental pour que je guérisse. Il m’a acheté des godasses me disant que je me lèverai un jour, de tenir bon. «Regarde ces godasses, tu les porteras, le football a encore besoin de toi». Ma famille pleurait et c’était dur de payer les frais de l’hôpital. Finalement, je suis rentré à la maison pour des soins traditionnels mais les choses empiraient. La douleur devenait intense. On m’a amené d’urgence à l’hôpital Principal, j’ai fait des analyses et j’étais sous perfusion. Je pesais à peine 20 kilos. C’est un médecin blanc stagiaire qui a pris le risque de me faire une injection au genou.

Par la suite, qu’est-ce qui s’est passé ?

On m’a fait une opération et j’étais en convalescence. Mon père était lui aussi malade, il souffrait du nerf sciatique mais il ne pouvait me laisser seul. Alors, il dormait à même le sol dans ma chambre pour que je tienne bon. Il ne voulait pas que je meure, il voulait que je croie encore à la vie. Demandez des renseignements, les gens m’avaient déjà enterré, on pensait que je ne me remettrais jamais. Dieu a décidé autrement et m’a rendu le salut et la paix. Mais j’ai souffert durant deux ans. Il y a une femme à l’hôpital Fann, quand mon père lui montre mes photos en club, elle dit que ce n’est pas vrai, ce n’est pas moi, elle n’en revient pas. Je suis un miraculé. Quand j’ai repris le Navétane, les gens disaient que mon père était fou de me laisser jouer et s’il avait écouté les gens, je n’en serais pas là. Il m’a coaché pour que je réussisse ma vie. Je recherche même ce médecin blanc qui m’a sauvé la vie grâce à Dieu.

Quel autre fait poignant avez-vous vécu ?

Il y a la guerre en Syrie. J’y ai des amis footballeurs qui sont décédés tragiquement. Ils sont au nombre de trois et les autres se sont exilés dans d’autres pays pour fuir la mort. Je suis en contact avec eux à travers le net et je prie pour que la paix revienne dans ce pays. C’est un peuple au passé glorieux, plein d’histoire. La vie était belle en Syrie et les gens aiment le football. Quand il y avait un match, le stade était rempli 4 heures avant le coup d’envoi, et les gens restaient dehors pour attendre le résultat. Aujourd’hui, je me désole de voir qu’il n’y a plus de football dans ce pays. On a sacrifié des générations de jeunes footballeurs, comment les enfants vont-ils grandir sans une bonne formation, sans la paix et pis, comment vont-ils grandir sous les balles et lance-roquettes. J’ai mal pour eux, quand je regarde les informations à la télé, je suis peiné. Je voudrais qu’on rende au peuple syrien sa joie de vivre et la paix.