L1, crise au Ndiambour: Les raisons d’une descente aux enfers

L1, crise au Ndiambour: Les raisons d’une descente aux enfers

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Des joueurs méconnaissables, un staff technique perdu par ses multiples erreurs, un président arrogant, des supporters furieux. L’Asac Ndiambour est au plus mal. Revenue en Ligue 1 après cinq saisons au purgatoire, l’équipe fanion de la ville de Louga connaît une grave crise qui pourrait lui coûter sa place dans l’élite du football sénégalais.

Au terme de la 20e journée, le Ndiambour occupe la 12e place avec 23 points, soit un seul point de plus que l’Olympique de Ngor, le premier relégable, et deux sur la lanterne rouge, Mbour Petite Côte. Alors que le club présidé par Gaston Mbengue a été à   la tête du championnat de la 6e à   la 10e journée de L1, les résultats enregistrés depuis lors sont catastrophiques. Son dernier succès en championnat remonte au 21 février 2016 (victoire sur le Casa-Sport lors de la 13e journée). Le club lougatois reste sur trois nuls et quatre lourdes défaites devant Guédiawaye Fc (1-3), Diambars (0-3), Linguère (0-3) et Jaraaf (1-3). Aucune victoire donc depuis le début de la phase retour et seulement trois points sur vingt et un. S’y ajoute l’élimination de la Coupe du Sénégal, au stade des 32èmes de finale, par Kawral de Vélingara, un club de National 1 (division 3), une humiliation.

Boucounta Cissé poussé à   la démission

« J’ai préféré partir parce que je suis en désaccord avec une partie du public. Je sais qu’avec ma démission, les données peuvent changer, car le climat ne me permettait plus de travailler », Boucounta Cissé dixit, pour justifier sa démission. Adulé par le public lougatois pour avoir réussi à   faire revenir le Ndiambour dans l’élite du football sénégalais, il  a connu une première moitié de saison assez tranquille. Mais, le technicien a vécu le calvaire avec les mauvais résultats de son équipe. Les supporters du club ne rataient aucune occasion pour remettre en cause ses capacités techniques à   être à   la tête d’un club champion du Sénégal en 1992, 1994 et 1998 et vainqueur de la coupe nationale en 1999. Au cours des matches joués à   domicile au stade Alboury Ndiaye, Boucounta Cissé est souvent pris à   partie par une partie du public qui le traitait de tous les noms d’oiseaux. Une situation intenable pour le coach qui a préféré jeter l’éponge. Il est remplacé sur le banc par l’éternel revenant, Cheikh Nguirane, jusqu’ici Directeur technique du club, qui espère mettre fin à   cette descente aux enfers à   six journées de la fin de la saison 2015-2016. Ce qui est loin d’être une mince affaire.

Un effectif limité 

Boucounta Cissé était-il le principal responsable de la descente aux enfers du Ndiambour ? Certains observateurs du club lougatois répondent par la négative. Pour ces techniciens avertis, le grand problème du club est son « effectif limité ». « La plupart des joueurs n’ont pas une expérience en L1. L’équipe a un effectif de quantité mais la qualité n’y est pas forcément. Ce qui fait que le staff technique n’a pas beaucoup d’alternatives », explique un ancien du Ndiambour. Qui estime que le recrutement durant l’intersaison n’a pas été à   la hauteur des ambitions du club. « Il fallait des renforts de poids. Des joueurs aguerris et prêts pour jouer les premiers rôles dans ce championnat », ajoute-t-il. Pour ce joueur qui a fait les beaux jours du club pensionnaire du stade Alboury Ndiaye, « l’euphorie du début de saison a laissé place à   la déception et à   une peur de la relégation ».

La défense, le maillon faible de l’équipe

24 buts encaissés en 20 journées de championnat. La défense des Noir et Blanc, la plus mauvaise de la L1, est le talon d’Achille de l’équipe. Rien que pour ses six derniers matches, elle a pris treize buts. El Hadji Famady Cissokho et ses partenaires ne rassurent pas. « Cette défense nous cause énormément de problèmes. Elle n’est pas sereine du tout. Elle est un handicap pour l’équipe. L’attaque est performante mais la défense, qui est aussi un secteur clé, ne rassure pas du tout », confie un dirigeant du club qui pointe aussi du doigt les choix du staff technique. Pour lui, « les meilleurs défenseurs doivent jouer et les moins bons restent sur le banc ».

La pression du public lougatois

Cette saison, le Ndiambour a du mal à   domicile. Dans son antre d’Alboury Ndiaye, les Noir et Blanc n’ont remporté que quatre matches de championnat contre quatre défaites et deux nuls. Est-ce dû à   la pression du très exigeant public lougatois ? Oui, répondent les spécialistes. Ces derniers estiment que beaucoup de joueurs de l’effectif n’ont pas encore les « épaules » pour supporter toute la pression d’un stade à   guichets fermés. « Ce qui faisait la force du Ndiambour, c’est son stade. Il était difficile de venir s’imposer ici. Il faut que les joueurs aient ce caractère pour que l’équipe redevienne imprenable chez elle », explique ce supporter du Ndiambour qui invite le public à   être plus indulgent envers les joueurs.

Le cas Gaston Mbengue

Ancien « Don King » de la lutte, Gaston Mbengue a « transhumé » vers le football et s’est retrouvé à   la présidence du club de sa ville natale. L’homme,  que certains  de ses compatriotes jugent « arrogant et belliqueux », s’investit pleinement pour la reconstruction de l’équipe lougatoise. Il déclare urbi et orbi avoir débloqué « beaucoup de millions »  pour permettre au Ndiambour de retrouver l’élite. Au soir du 29 juin 2015, jour de la remontée du club en L1, Gaston Mbengue annonce son possible départ du club après plusieurs années de bons et loyaux services.

Une annonce qui n’est pas tombée dans l’oreille d’un sourd. Le maire de Louga, par ailleurs ministre en charge de la Microfinance et de l’Economie solidaire, annonce sa candidature pour prendre le relais de l’ancien promoteur de lutte. Moustapha Diop, qui s’était déjà   beaucoup investi pour un retour en première division, promet de recruter les « meilleurs joueurs du Sénégal », de réfectionner le complexe Omar Bongo, siège du club, et de mettre les joueurs et l’encadrement technique dans les meilleures conditions. Gaston Mbengue est prêt à   lâcher le club mais réclame cent millions de francs Cfa pour céder son fauteuil. Une manière pour lui de « récupérer tout l’argent investi dans le club ».

« C’est inacceptable, répondent les proches du jeune maire. Il veut vendre le club alors qu’il ne l’avait pas acheté. Il veut se faire de l’argent. C’est grave. » C’est le début de la brouille entre le maire et Gaston Mbengue qui a finalement conservé son poste et Moustapha Diop qui a préféré récupérer Louga basket club (Lbc). Même si la municipalité alloue une subvention de neuf millions de francs CFA au Ndiambour, l’édile de Louga a pris ses distances avec la Direction du club.

-ENQUETE+