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La FSF ne fait pas de fixation sur un match

Entre deux rendez-vous, le président de la FSF a accepté de nous recevoir pour un débat à bâtons rompus. Me Augustin Senghor a abordé de façon succincte toutes les questions de l’heure du football sénégalais. Du déroulement du championnat national, aux écarts de conduite de certains dirigeants jusqu’à la prochaine CAN-2017 en passant par la sempiternelle question des émoluments des arbitres, rien n’a été laissé au hasard.

Président, quel regard jetez-vous sur le déroulement du championnat national dans son ensemble ?

Le premier point de satisfaction c’est la régularité des compétitions globalement dans toutes les catégories et dans toutes les divisions. Le football professionnel joue ses deux championnats avec une régularité qui est presque inédite. C’est vrai que c’était le même cas pendant les années précédentes mais cette année-ci, on a eu moins de coupures sauf quand c’était programmé comme lors de la CAN U23. Sinon, le calendrier est respecté dans son ensemble. Cette fois-ci, on a pu loger à la même enseigne le football amateur avec ses différents championnats. La satisfaction aussi c’est au niveau de la Coupe du Sénégal qui a pu démarrer à temps. Souvent, on attendait la fin du mois d’avril voire début mai pour démarrer la compétition. Ça tirait en longueur, ce qui épuisait les équipes. Mais cette année, on a démarré à temps. Les équipes amateurs ont elles aussi démarré tôt leurs championnats. Par la même occasion, on a constaté que ces équipes ont fait de bonnes prestations face aux ténors du championnat professionnel. Le deuxième point de satisfaction, c’est l’incertitude qui habite ce championnat, notamment dans l’élite où il y a un écart très restreint entre les premiers et ceux qui sont en bas. On peut dire que cela va créer du suspense et de l’intérêt pour tout le monde. Cette passion va créer une valeur ajoutée pour notre championnat.

On parle tout de même d’un nivellement des valeurs chez les clubs de Ligue 1 avec un resserrement au classement ?

On peut apprécier ce nivellement à deux niveaux. Quand dans une compétition, il y a de l’incertitude, ça crée du spectacle et ça suscite de l’intérêt pour les supporters. Comparativement, je préfère mieux le championnat du Sénégal que celui de France de cette saison où on a vu le Paris Saint Germain larguer son second à plus de 30 points. Ça tue tout le suspense et ce n’est plus un championnat digne d’intérêt. Ce qui se passe aujourd’hui en Espagne à quelques jours de la fin fait aussi vivre un championnat. D’un autre côté, il faut se poser la question de savoir si le nivellement que l’on constate, c’est par le haut ou par le bas. Et là, j’attends la réponse des techniciens. Il ne faudrait pas qu’on dorme sur nos lauriers, qu’on chante la beauté de notre championnat si ce n’est pas une réalité en termes de statistiques. Il faudrait qu’on mesure tout cela. Ce qui me gêne un peu, c’est le ratio de points obtenus par tous les clubs. Du premier jusqu’au dernier, à ce stade de la compétition, cela peut amener à se poser des questions. Est-ce que c’est logique ? Si on a su créer de l’intérêt, qu’on puisse se créer de la valeur ajoutée sur les plans tactique et technique pour que nos statistiques en termes de buts marqués soient plus importantes. Pour qu’aussi le ratio de points marqués par rapport au nombre de matchs joués soit plus élevé. C’est à ce niveau-là que le bât blesse et je pense que nous devons avoir l’humilité de dire que nous avons encore du chemin à faire.

Où en êtes-vous avec la sempiternelle question des honoraires des arbitres ?

La question des arbitres est globale. Aujourd’hui, nous travaillons la main dans la main avec la Direction nationale de l’arbitrage (DNA) et la Commission centrale des arbitres (CCA) qui est très inclusive parce qu’on a eu beaucoup de problèmes dernièrement. Et c’est à l’honneur de toute la famille des arbitres. Après, il y a eu quelques problèmes à régler qui sont au nombre de deux. Aujourd’hui, tous les acteurs du football ont leurs licences numérisées enregistrées au niveau de la Fédération. Mais pour les arbitres, ça reste encore à faire. La DNA et la CCA sont en train d’y travailler et notre souhait, c’est qu’avant la fin de la saison, tous les arbitres aient leur carte professionnelle numérisée comme tous les autres acteurs. Aujourd’hui, les médicaux, les présidents de clubs, les techniciens ont leurs licences comme les footballeurs. Les règles de la FIFA voudraient que les arbitres aussi aient leurs cartes professionnelles. Cela est en lien aussi avec un autre problème. Nous voulons arriver à un niveau où ces arbitres-là, une fois qu’ils sont identifiés, qu’ils puissent être payés directement et non pas à travers leur association comme ça se faisait auparavant. Il faut que les honoraires des arbitres aillent directement aux arbitres après prélèvements de leurs cotisations et des retenus au profit de la CCA.

Est-ce que cela sera fait pour la saison en cours ?

Aujourd’hui, on ne peut pas régler les honoraires de cette année, mais, on est en train d’épurer les honoraires de l’année dernière à un rythme quand même correct. D’ici cette fin de saison, on va épurer les honoraires de l’année dernière. Il y en a parce qu’il y avait une crise. Il y avait aussi un désaccord entre l’instance dirigeante de la Fédération et la CCA sur le mode de paiement. Nous souhaitons révolutionner ça. Il n’y a qu’au Sénégal qu’il y a ce genre de paiement, il n’existe plus ailleurs. Et je pense que la logique comme dans tous les pays du monde, après leurs prestations que les arbitres puissent aller se faire payer ou bien, il y a des modes modernes de paiement via Orange Money, Western Union et autres où même l’arbitre de Tamba peut directement aller récupérer ses honoraires. Lors de notre dernière réunion avec les membres de la CCA, le principe avait été retenu sans problème. Les arriérés seront payés à l’ancien modèle, c’est-à-dire directement à l’ANAF. Nous voulons nous conformer à la réglementation internationale dans ce domaine-là et je pense que cela a été bien accepté par la CCA. Nous allons vers des mutations nécessaires. Aujourd’hui, on se rend compte que la Fédération joue sa partition parce qu’on veut revenir à cette orthodoxie tout en gardant le principe de l’indépendance des arbitres et des corps qui les dirigent.

Récemment, des dirigeants ont ouvertement critiqué le fonctionnement du football. Peut-on s’attendre à une action disciplinaire à leur endroit ?

À ce niveau là, la Ligue professionnelle est en train de mener des procédures d’auditions qui vont déboucher sur des décisions. Quelles seront-elles ? Est-ce que ce seront des sanctions ? Est-ce que ce sont des constats qui ne méritent pas des sanctions ? Ce qui est connu, c’est l’autonomie des instances juridictionnelles. La Commission de discipline et celle des recours sont des instances indépendantes composées de membres indépendants qui étudient les dossiers. Et à l’aune de l’instruction des dossiers ils prendront des sanctions idoines. Que ce soit la Ligue professionnelle ou le Comité exécutif en dernier ressort, nous avons des pouvoirs intrinsèques qui font que si nous estimons que quelqu’un a violé les textes statutaires, on peut prendre des sanctions. Si on a décidé d’aller vers les instances de décision, on estime qu’à ce stade, il n’y a pas encore de quoi évoquer ce dossier au niveau du Comité exécutif afin de prendre des mesures qui s’imposent. En réunion, sur demande du président de la Ligue professionnelle, on a dit que ces personnes ont agi dans le cadre de la Ligue professionnelle et pour donner plus de crédit et d’autorité à la Ligue on la laisse gérer ce problème-là. Et j’espère certainement que dans un délai court, ils prendront des décisions parce que tous ces contentieux-là nous tiennent à cœur au niveau du Comité exécutif.

Depuis plus d’un an, le Sénégal n’a plus d’équipementier. Qu’en est-il ?

À ce niveau-là aussi, il n’y a rien de nouveau sous les tropiques. Dans sa politique, Puma a décidé de rétrécir son champ d’intervention en Afrique. Il ne reste que trois pays qui travaillent avec Puma en Afrique, c’est le Cameroun, la Côte d’Ivoire et le Ghana. Nous, pour des raisons qui nous tenaient à cœur, nous avons fait des choix qui font qu’on s’est séparé de Puma. Notre indépendance en tant que Fédération est plus importante que tout. Après cela, aujourd’hui nous jouons correctement, nous avons un stock d’équipements que nous avons obtenu dans le cadre de notre partenariat avec Puma. Mais nous ne sommes pas dans les dispositions de brader l’image de notre football. Porter un maillot en équipe nationale, c’est important. Faire rentrer de l’argent aussi par rapport au fait que nous choisissons un équipementier qui ne vient pas en philanthrope, mais qui vient parce qu’il trouve son intérêt à travailler avec une fédération, qui a une valeur ajoutée en termes d’image. Sachant qu’elle vous permet de vendre plus de maillots, il faut mettre le prix qu’il faut. Nous ne sommes pas prêts à brader le maillot de l’équipe nationale. Nous sommes patients. Nous sommes en discussions avec pas mal de firmes d’équipements, mais jusqu’à présent, nous n’avons pas de satisfaction. C’est pourquoi nous prenons le temps nécessaire. C’est pourquoi nous voulons de bons résultats. Peut-être que nous serons engagés pour la Coupe du monde. On va certainement trouver un équipementier qui permettra à la Fédération de se retrouver financièrement parce que toutes les propositions que nous avons eues sont de loin inférieures à ce que Puma nous offrait. Donc, dans ce cas là, nous n’avons pas à nous précipiter étant entendu qu’il n’y a pas péril en la demeure puisqu’au plan financier, nous n’avons pas de problème. Au niveau du stock d’équipements, nous en avons assez. Il n’y a pas de risque. L’intendant a fait le point et pendant plus d’un an, nous pouvons continuer à porter les maillots qui sont en stock.

Vous avez récemment parlé du code de conduite en équipe nationale. Quels en sont les contours ?

Je n’ai pas parlé de code de conduite. Je n’aime pas ce mot surtout en équipe nationale A où nous avons des joueurs aguerris, responsables qui n’ont pas besoin d’être téléguidés en ce qui concerne la discipline. Ce que nous proposons aujourd’hui, c’est un pacte pour l’intérêt national et on l’a appelé une charte de l’équipe nationale. Quand vous parlez de code de conduite, ce sont des obligations, des devoirs et ça a une connotation de directive ou disciplinaire or, ce n’est pas ça l’objet. C’est un texte qui va définir sommairement les droits de l’international sénégalais et qui concernent aussi bien que le joueur que l’encadreur. Qui définit aussi le mode de fonctionnement et de l’organisation au sein de l’équipe nationale A. il faut savoir que d’ores et déjà, nous voulons reproduire le même schéma pour les autres équipes nationales. En dernier lieu, il y a le volet disciplinaire parce qu’il ne faut pas oublier que quand il y a une vie, un groupe et une organisation, il faut que chaque individu puisse respecter le groupe. Pas la Fédération, mais le pays et ses valeurs. C’est ce qu’on va rappeler. À titre d’exemple, on a vu à une certaine époque, les gens ont fustigé le fait que certains joueurs ne chantaient pas l’hymne national. Est-ce qu’on s’est posé la question de savoir si ces joueurs qui sont arrivés ont reçu les couplets et les textes de l’hymne national. Dans cette charte là, nous leur présenterons le texte de l’hymne national. À chaque fois qu’un nouveau joueur arrivera, quand l’intendant lui remettra ses équipements, il lui remettra cette charte là pour mieux lui faire connaître son pays. Il y aura l’hymne mais les explications de notre devise et les symboles du pays, c’est-à-dire le Lion et le Baobab. Aujourd’hui, un Diao Baldé qui est né en Espagne, qui vit depuis quelques années en Italie et qui a des origines sénégalaises, si on ne lui donne pas les instruments d’appréciation et de valorisation de notre patrimoine national, de notre drapeau, comment on peut lui reprocher de ne pas respecter notre drapeau. C’est pourquoi j’insiste sur cette connotation positive qu’il faut avoir par rapport à ce document là. Il y a aussi les règles de base qui vont définir le mode de fonctionnement en termes de motivation financière des joueurs du staff pour que tout soit dans un document. Qu’on n’ait pas à revenir sur ça avec des joueurs parce qu’un entraîneur aura changé ou une fédération aura changé. Pour la première fois, on aura un texte qui régira globalement toutes nos équipes nationales.

Cette charte va-t-elle s’appliquer aux dirigeants aussi ?

Bien sûr parce qu’il faut savoir que dans ce texte là, tout ce qui concerne les joueurs sera de la responsabilité de l’entraîneur. Il est important que la référence en matière disciplinaire des joueurs soit l’entraîneur. Si ce sont d’autres personnes qui prennent des mesures à la place de l’entraîneur, les joueurs en général ne donnent pas le respect qu’il faut à l’entraîneur. Le premier niveau de prise de décision, c’est l’entraîneur après, il y aura le Comité exécutif de la FSF. Mais, on ne peut pas demander aux joueurs de respecter la vie du groupe, de respecter les valeurs nationales et que nos techniciens ne puissent pas le faire. Aujourd’hui, sur certains détails, ça doit aller au-delà de l’encadrement intrinsèque de l’équipe nationale. Ce sont de petites choses auxquelles les gens ne font pas attention. On a évoqué le fait que notre chargé de communication a porté le maillot de la France lors d’un match de l’équipe nationale du Sénégal, il faut qu’on regarde de près tout cela dans la valorisation de notre drapeau et des valeurs de notre pays. On ne peut pas demander l’application des règles si on ne se l’applique pas nous-mêmes. Ceux qui viennent avec nous au regroupement à l’extérieur savent qu’en tant que dirigeants, nous ne sortons pas beaucoup et nous nous mettons aux couleurs nationales.