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Ne faisons pas la fine bouche ! Aliou Cissé a réussi une grosse performance en alignant quatre victoires d’affilée dans les éliminatoires de la coupe d’Afrique des nations «Gabon 2017». Que ses adversaires qui ont noms, Namibie, Niger, Burundi, ne soient pas des foudres de guerre, ne devrait pas pour autant nous empêcher de reconnaître que le successeur d’Alain Giresse a su tirer son épingle de jeu dans cette poule K. Voyager en Afrique n’est pas une mince affaire. Le département des Sports et la Fédération sénégalaise de football ont  réussi à faire arriver les «Lions» à Niamey avant même la «Mena» pour le match du 29 mars. Ce qu’il faut saluer. Imaginez un seul instant si c’est l’inverse qui c’était produit chez nous. Autrement dit, si le match aller avait eu lieu au Niger et que cette sélection arrive à Dakar avant celle du Sénégal pour jouer le 29 mars. Certains n’hésiteront pas à demander le départ du ministre des Sports pour «incompétence» et vouer aux gémonies les Fédéraux.

Alors que Cissé est en passe de réussir un Grand Chelem inédit dans le football sénégalais, d’aucuns s’attardent sur son jeu qui n’aurait aucune saveur. Les Sénégalais sont un peu comme les Catalans qui n’attendent pas de Luis Enrique que la victoire. Mais aussi, la manière.

Seulement, contrairement aux Barcelonais qui disposent de joueurs pour faire affoler les statistiques et atteindre le mont Everest en terme de performances (possession de balles, efficacité offensive, titres), la sélection sénégalaise ne dispose pas encore d’acteurs du même acabit.

Excepté Sadio Mané, rares sont des joueurs capables d’éliminer leur vis à vis et créer un surnombre. Au niveau du milieu, ni Idrissa Gana  Guèye encore moins, Cheikhou Kouyaté ne sont suffisamment outillés à jouer un tel rôle de soliste et de pourvoyeur de caviars aux attaquants dont dispose Aliou Cissé.

Aussi, quand le Sénégal a, en face de lui, une équipe recroquevillée sur elle-même, les joueurs éprouvent toutes les peines du monde à produire un bon jeu. C’est le cas avec ses adversaires de la poule K qui ont tous adopté la posture attentiste.

Le Sénégal devrait donc remercier le sort qui l’a placé dans une telle poule qu’il a pu dominer de la tête aux épaules. Mais, on ne devrait pas déjà se voir beau.

Ce serait prématuré de voir les «Lions» sur la plus haute marche du podium au soir du 12 février 2017 à Libreville. Nous sommes encore loin du compte. Après les trois bides successifs à Tamale (2008), et en Guinée Equatoriale (2012 et 2015),  nous devrions retenir la leçon et faire preuve de beaucoup d’humilité. Parce que nous n’avons pas encore d’acteurs capables de tout balayer sur leur passage.

Il suffit juste de jeter un coup d’œil sur la liste des joueurs africains engagés dans la Ligue des champions d’Europe 2015-2016 pour s’en convaincre. Ils étaient 40 joueurs. Pas un seul Sénégalais. Tout le contraire de la Côte d’Ivoire (Serge Aurier, Wilfried Bony, Yaya Touré, Gervinho), de l’Algérie (Rachid Ghezzal Sofiane Feghouli, Hilal Soudani), du Ghana (Enoch Kofi Adu, Abdul Baba Rahman), du Cameroun (Serge Tabekou, Henri Bedimo, Vincent Aboubakar, Aurélien Chedjou), du Nigéria (Ahmed Musa, Kelechi Iheanacho, Nosa Igiebor), du Maroc (Younès Belhanda, Mehdi Benatia, Manuel Da Costa, Adel Taarabt, Mehdi Carcela). Et même de la Guinée, du Mali, de la Tunisie, du Gabon, de la Rd Congo voire de la Centrafrique. Par conséquent, ce serait un peu prématuré de demander à Aliou Cissé des résultats et du beau jeu alors qu’il ne dispose pas encore d’acteurs pour un tel objectif.

Toutefois, nous sommes sur le bon chemin. A l’image de cette attente notée au niveau de l’axe central entre Kara Mbodji et Kalidou Koulibaly, nouveau pensionnaire de la tanière. Même s’ils n’ont livré que deux matches, on sent une certaine complicité entre les deux joueurs.

Le style de management 

L’étiquette collée à Aliou Cissé qualifié de «rigoureux» et de «caractériel» risque de plomber son parcours. On se souvient encore du cas de Lamine Ndiaye. «Je suis têtu», avait-il déclaré. Mais face à la pression des lobbies et de certains organes de presse, le Franco-sénégalais avait décidé de sortir Salif Diao et autre Khalilou Fadiga de leur retraite. Le résultat est connu. Puisque c’est la Gambie voisine qui avait freiné l’envol des «Lions» et les conséquences ont été désastreuses pour le football sénégalais.

Souhaitons lui de ne pas tomber dans les mêmes travers. Pour ce, il ne devrait pas être réfractaire aux critiques, si bien sûr, elles sont constructives.

Il n’y a rien d’infamant quand une référence comme El Hadji Malick Sy « Souris » (ancien international, médaillé d’or des jeux de l’Amitié, président de CASE –ancêtre de Aldo Gentina-, ancien ministre, ancien président de la Fsf), le qualifie d’apprenti-entraîneur. L’expérience du banc, le vécu ne s’acquièrent pas aussi rapidement. Adjoint au CS Louhans-Cuiseaux en France, en 2011, il a été viré du banc à cause d’un différend avec le titulaire.

En 2012, il regagne le Sénégal pour assurer l’intérim après le départ d’Amara Traoré. Après son refus d’être le second d’Alain Giresse –alors qu’il avait donné son accord de principe -, il poursuit l’aventure avec les « olympiques » qu’il avait conduits jusqu’en quarts de finale des Jeux  de Londres en 2012. Toujours en tant qu’adjoint de Karim Séga Diouf qui a préféré volontairement s’éclipser pour lui faire une place au soleil. Et le 4 mars 2015, Cissé franchit un nouveau pallier en prenant les rênes de la sélection A, sous une forte pression populaire et des lobbies.

Mais, il ne devrait pas perdre de vue que l’équipe nationale n’est pas une armée. Une rigueur trop étouffante finit toujours par faire exploser un groupe. Toutefois, il n’est permis à aucun joueur de franchir le code de conduite encore moins de bénéficier de passe-droit. Il faut savoir trouver le juste milieu et éviter des débats par presse interposée.