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Attaquant du Shanghai Shenhua, en Chine, depuis juin 2015, le Sénégalais Demba Ba raconte son drôle de parcours.

«Quand vous avez signé en Chine, est-ce que dans votre esprit, vous avez tiré un trait sur les ‘‘grands’’ Championnats européens ?
Non ! Je suis encore jeune (30 ans). Et dans le foot, tant qu’on marque des buts… J’en suis à treize réalisations en dix-sept matches. Tant qu’on marque, il n’y a pas de problème. Car on connaît le foot d’aujourd’hui : si ton agent connaît du monde, même si tu joues sur Mars, tu peux revenir évoluer n’importe où.
Vous êtes-vous déjà dit que vous n’étiez pas reconnu à votre juste valeur ?
C’est ce que j’ai ressenti pendant de longues années. J’avais l’impression que l’Africain devait faire deux voire trois saisons avec les mêmes stats qu’un Européen pour être reconnu à la même valeur. J’ai entendu Samuel (Eto’o) le dire, Yaya Touré l’a également affirmé récemment. En y repensant, et quand je vois ce qu’il s’est passé pendant ma carrière, je me dis que si j’avais joué pour l’équipe de France, mon parcours aurait peut-être été encore meilleur. Mais ce que j’ai accompli est une énorme fierté. Je reste le petit gamin qui jouait à Montrouge à dix-sept ans et qui était sans club à dix-huit, issu de nulle part, sans centre de formation et qui a réussi à s’imposer dans tous les Championnats où il a évolué. Je me dis que si j’avais opté pour l’équipe de France ou que j’avais été de nationalité européenne, ça aurait été différent… Mais je suis fier d’avoir porté le maillot du Sénégal.

«Parmi tous les clubs où j’ai joué, Besiktas est le numéro 1 dans mon coeur»

«J’ai eu la «bonne» surprise de voir que Monsieur Mourinho m’avait bloqué et empêché d’aller à Arsenal»
Y a-t-il un moment où cela aurait pu basculer et que vous regrettez aujourd’hui ?
Je ne vais pas dire que c’est un regret, mais je repense au jour où José (Mourinho) a bloqué mon prêt de Chelsea à Arsenal. C’était au moment de son retour au club (NDLR: en 2013). Et je pense que cela aurait été un très bon move (transfert). Ça s’est passé le dernier jour du mercato. J’étais à Paris, au repos, et les représentants d’Arsenal m’ont appelé pour me dire que ça allait se faire. J’ai alors foncé à Londres pour la visite médicale. En arrivant, j’ai eu la «bonne» surprise de voir que Monsieur Mourinho m’avait bloqué et empêché d’aller à Arsenal. Mesut Özil arrivait, et trop renforcer un concurrent comme Arsenal était très compliqué si ça marchait.

Avez-vous facilement compris cette décision ?

Si on se place du côté de l’entraîneur, oui. Mais en tant que joueur, on est frustré. Ensuite, le deuxième tournant arrive quand je décide de quitter Chelsea pour Besiktas (NDLR : en juillet 2014). Quelques semaines avant, avec les quelques buts décisifs que je marque en fin de saison comme à Liverpool, José (Mourinho) était venu me voir pour me demande de rester, tout en me promettant plus de temps de jeu la saison suivante. Mais en rentrant de vacances, j’ai décidé de ne pas suivre sa demande. Je me suis dit que ça allait sans doute être comme la saison précédente… Finalement, il n’y avait que Diego (Costa) et si j’avais été là, j’aurais effectivement joué davantage. Mais choisir Besiktas a été l’une des plus grandes décisions de ma carrière, je suis fier d’y être allé. Parmi tous les clubs où j’ai joué, il est le numéro 1 dans mon cœur.

«Pas senti une volonté de la part de la sélection de me mettre sur le devant de la scène»

Qu’avez-vous connu à Besiktas que vous n’avez pas vécu ailleurs ?
C’est cette alchimie qu’il y a, même encore aujourd’hui, entre moi et les supporters, c’est juste incroyable. Il y a quelques jours, des amis de Besiktas étaient à un mariage et m’ont envoyé une vidéo où toute la salle était en train de chanter la chanson à mon nom. Un an après mon départ, quand je vois qu’ils sont encore en train de scander mon nom, c’est quand même quelque chose de spécial. Ce qu’ils m’ont donné, personne ne l’a fait avant.
C’est moins l’amour fou avec le Sénégal, une sélection que vous n’avez plus fréquentée depuis mars 2015…
Que puis-je dire ? Je ne suis pas satisfait de la carrière que j’ai eue en équipe nationale. Je n’ai pas été bon. Mais derrière ça, je n’ai pas senti non plus une volonté de la part de la sélection de me mettre sur le devant de la scène, même à l’époque où je faisais partie des meilleurs Africains d’Europe. Lorsqu’il est arrivé, Aliou Cissé m’avait fait ressentir son envie pour que je revienne. Mais sur un malentendu, c’est reparti comme avant. Même si je suis toujours en froid avec lui, il faut reconnaître qu’Aliou Cissé a été le seul à me montrer un intérêt pour que je revienne. Je souhaite vraiment le meilleur à ce pays, un pays qui aime le football.»