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Depuis l’avènement du professionnalisme, le championnat sénégalais est devenu un tremplin pour les joueurs africains. Ils sont plus d’une vingtaine à défendre des clubs pro cette année. Une courbe qui ne cesse de monter d’après le constat du Directeur exécutif de la Ligue sénégalaise de football professionnel, Amsatou Fall.

Le championnat sénégalais est devenu une destination de plus en plus prisée par les joueurs des pays africains. A quelques trois semaines de la fin du mercato, prévue le 15 février prochain, ils sont 26 joueurs étrangers, soit 16 en Ligue 1 et 10 en Ligue 2, recensés dans le championnat professionnel. Comparée à la précédente saison, Amsatou Fall révèle qu’il y a une forte hausse. « L’année dernière, il y avait moins de 20 », précise en effet le directeur exécutif de la Ligue sénégalaise de football professionnel. Avec 13 de ses ressortissants, la Gambie est le pays le plus représenté dans le championnat.

Le Nigeria suit très loin avec 3 joueurs, la Côte d’Ivoire, le Mali, la République de Guinée comptent chacun 2 joueurs, alors que le Cameroun, le Togo, le Congo et la … Tunisie ont chacun un représentant dans le championnat professionnel. « Ils sont répartis à tous les niveaux. Depuis le poste de gardien de but à l’attaque en passant par la défense et le milieu de terrain, il y a des joueurs étrangers. Mais c’est au milieu de terrain qu’on dénombre le plus grand nombre de joueurs étrangers », ajoute M. Fall.

Sur les 14 clubs de la Ligue 1, 8 comptent au moins un joueur étranger dans leur effectif, alors qu’en Ligue 2, ils sont 5 clubs qui emploient des non-Sénégalais. Le Stade de Mbour, avec 3 éléments dans son effectif, est le club qui compte le plus de joueurs étrangers dans l’élite. Son voisin, Mbour PC, NGB Niary Tally, As Douanes, Guédiawaye Fc, Olympique de Ngor, Casa Sports comptent chacun 2, le Diaraf en a un. En Ligue 2, Génération Fc et Teungueth Fc, qui dominent le championnat comptent dans leurs rangs, respectivement 4 et 2 étrangers. Et coïncidence ou pas, quatre des cinq équipes qui forment le Top 5 du championnat de Ligue 1 après 10 journées ont des étrangers dans leurs rangs.

Seul le Ndiambour, actuel leader, fait tâche. De là à déduire que le concours des étrangers est déterminant dans les performances actuelles des clubs comme le Casa Sport, Mbour PC, Gfc et l’Olympique de Ngor qui complètent le quinté du sommet, c’est un pas que le directeur exécutif de la Lsfp ne veut pas franchir. Dans tous les cas, Amsatou Fall, rappelle que le Nigérian du Gfc, Moses Nwachukwu Ugochukwu, actuel co-meilleur buteur du Gfc avec 2 buts, « était élu meilleur joueur » de la saison 2013-2014. Suffisant pour illustrer l’apport des joueurs étrangers qui, à son avis, « apportent une plus-value à notre championnat ».

LA PREUVE PAR JETHRO ANOUMA, ACTUELLEMENT EN TEST À CAEN

Faire du championnat du Sénégal un tremplin en direction de l’Europe, c’est donc l’ambition de tous ces footballeurs qui débarquent chez nous. Jethro Emmanuel Anouma, l’attaquant ivoirien de l’Olympique de Ngor est en voie de concrétiser son rêve.

Après quelques matches en Ligue 1, il a, en effet, tapé dans l’œil d’un recruteur étranger. Il est actuellement en test au Stade Malherbe de Caen en Ligue 1 française. « Je ne viens pas au Sénégal pour rester, et j’espère que ce sera vraiment le tremplin », disait Jethro Anouma. A 18 ans, l’Ivoirien a fait toute sa carrière au Racing club de Dakar, en National 1. Et s’il réussit à convaincre le Stade Malherbe de Caen, ce ne sera que pour pousser les autres « étrangers » à redoubler d’efforts pour marcher sur ses traces. Et c’est le foot local qui devrait en profiter.

« DE BONNES CONDITIONS DE TRAVAIL », SELON CERTAINS

Pour remplacer Nestor Mendy émigré vers Diambars, Karim Séga Diouf peut compter sur le Camerounais Franck Tcheudjouen. Arrivé il y a à peine une semaine en provenance de la Moldavie où il dit avoir défendu pendant deux saisons (2013 – 2015) les couleurs de Victoria Bardar, Franck Tcheudjouen est bien apprécié par le coach des gabelous. « C’est mon agent qui m’a dit qu’il y a une offre intéressante au Sénégal. Et comme c’est le champion du Sénégal en titre, qui est en lice en Ligue des champions, j’ai trouvé intéressant le challenge », déclare le jeune espoir Camerounais. « En fin de contrat » avec son club moldave, il a donc saisi l’occasion.

Formé au Canon de Yaoundé, ce milieu de terrain polyvalent pourrait donc être l’homme de la situation. « Je suis milieu offensif ou défensif. Tout dépend du système mis en place par le coach », déclare-t-il. Dans sa nouvelle équipe, Franck se dit satisfait du climat. En attendant de mieux s’intégrer, il apprécie déjà bien le climat qui y règne. « Il y a un bon esprit, le mental est là pour réussir », rassure le Camerounais qui souligne qu’il faut « avoir un mental costaud pour s’imposer en Afrique ». Dans tous les cas, il rassure qu’il est personnellement dans « un bon état d’esprit pour apporter (son) expérience à l’équipe ». A 23 ans, Franck affiche son engagement sans faille à donner le meilleur de lui-même » et défendre les couleurs de son nouveau club en Ligue des champions et en championnat. En fait, du championnat sénégalais qu’il vient de découvrir, Franck pense qu’il est d’un « bon niveau ».

Son coéquipier, Sylla Badry Tchombé, partage la même appréciation. « Le niveau du championnat est bon », apprécie l’Ivoirien de l’As Douanes. Défenseur axial, Tchombé a pratiquement fait toute sa carrière hors de son pays. Formé au Stella d’Abidjan, Sylla Badry dit avoir évolué à l’Etoile filante de Ouagadougou (Efo), puis à l’Assec de Koudougou, au Burkina Faso. Après le « Pays des hommes intègres », le solide défenseur axial a émigré vers le Congo où il dit avoir défendu les couleurs des Diables Noirs. A l’instar de son nouveau coéquipier à l’As Douanes, l’Ivoirien a été aussi proposé au champion du Sénégal par un agent. Malgré une bonne appréciation du niveau du championnat sénégalais, le nouveau sociétaire du club champion du Sénégal trouve que « le niveau du championnat ivoirien est légèrement supérieur ». A 26 ans, le natif de Bouaké découvre un autre championnat africain avec l’intention de se frayer un chemin vers l’Europe. A l’Olympique de Ngor, deux de ses compatriotes sont sur la même voie.

Jethro Emmanuel Anouma et Franck Guèye veulent faire du Sénégal une étape pour s’ouvrir les portes de l’Europe. « Le championnat sénégalais est un tremplin pour taper dans l’œil d’un recruteur de club étranger. On ne vient pas pour rester, et j’espère que ce sera vraiment le tremplin », pense Jethro Anouma, l’attaquant des Ngorois. Franck Guèye a aussi la même ambition. « C’est le rêve de tout joueur de passer par là et après aller voir en Europe ». Au Sénégal depuis trois ans, les deux sociétaires de l’Olympique de Ngor affirment que c’est le club ngorois qui est parti vers eux. « Ils (les dirigeants de l’Olympique de Ngor) nous ont vus jouer la saison dernière avec le Racing club de Dakar, en National1 ; ils ont été impressionnés. Ils nous ont aussitôt approché en début de saison », disent-il. Passant ainsi directement de la Division 3 à l’élite sans escale en Ligue 2. Un changement de milieu qui ne semble les déstabiliser.

De leur nouveau club, ils reconnaissent que « c’est très professionnel à part la qualité du terrain qui n’est vraiment pas adapté. Dans le contenu, c’est vraiment un club professionnel. On s’entraîne comme des professionnels. Les conditions de travail sont bonnes, on a un bon coach qui a un bon niveau. Pas de soucis à ce niveau », avouent les deux Ivoiriens qui n’ont pas connu des problèmes d’adaptation puisqu’ils ont longtemps séjourné au Sénégal. « J’ai tout fait à Dakar. Je suis depuis trois ans au Racing club de Dakar. Depuis les petites catégories … », précise Jethro Anouma. Franck Guèye, n’a aussi connu que le championnat sénégalais. « J’ai fait trois saisons à Dakar Sacré-Cœur. Je n’ai pas joué en Côte d’Ivoire », révèle-t-il. Du niveau du championnat local, les deux Ivoiriens apprécient bien. D’après Anouma, « le championnat sénégalais est d’un très bon niveau, surtout sur le plan physique.

Techniquement, je crois que ça va venir, avec notamment la nouvelle génération d’entraîneurs qui font un bon boulot. Physiquement, c’est vraiment à la hauteur ». Franck Guèye est du même avis : « Anouma a tout dit. C’est la même observation que je fais par rapport au niveau du championnat. Il est très physique, moins technique, mais le niveau est quand même intéressant ».

SUNDAY DOMINIC ET MOSES OGOCHUCKWU : DEUX NIGÉRIANS QUI SE SENTENT COMME CHEZ EUX À GUÉDIAWAYE

Etonnant 3ème juste derrière le Ndiambour de Louga et Mbour Petite Côte et devant, s’il vous plaît, le champion en titre, l’As Douanes, le Gfc a le vent en poupe en ce début de saison. Vendredi 1er janvier au stade Amadou Barry. En cette matinée, les poulains de l’entraîneur Youssoupha Dabo se défoncent à l’entraînement comme de beaux diables. Dopé par une bonne entame de saison, le promu n’entend pas dormir sur ses lauriers. Le championnat est loin de connaître son épilogue. Les choses ne font que commencer. Alors, il faudra continuer à mettre les bouchées doubles. Jusqu’à la fin, dans l’optique de se maintenir et peut-être se qualifier en Ligue africaine des champions.

Quelques supporters assistent depuis la tribune couverte au spectacle. L’ambiance est joviale sur la pelouse synthétique. On s’éclate. Comme toujours. Le Gfc, une vraie famille ? C’est, en tout cas, le sentiment du milieu défensif Sunday Dominic, l’un des deux Nigérians qui portent les couleurs de l’équipe. Dans ce club de la banlieue, il dit se sentir comme chez lui. « L’ambiance est bonne et je me suis bien intégré », explique-t-il avec satisfaction.

Deux ans après son arrivée au Gfc, il tire un bilan d’étape satisfaisant. « Je ne regrette pas mon choix de venir jouer pour cette équipe. En venant au Gfc, je voulais, entre autres, mieux connaître le système de jeu francophone. Aujourd’hui, j’avoue que j’ai beaucoup appris ici. Le championnat du Sénégal est de loin plus professionnel que beaucoup d’autres championnats africains. J’ai aussi rencontré des hommes d’expertise et de bons coaches », poursuit le joueur nigérian.

Sur les circonstances de sa venue au Gfc, tout est parti, selon lui, d’une discussion avec son frère Josef Thompson, le premier Nigérian à s’engager au profit de l’équipe du président Djamil Faye. « C’est Thompson qui m’a parlé de cette équipe (Gfc) pour la première fois. Il y a joué pendant une saison », ajoute-t-il. Sunday Dominic n’est pas le seul à suivre les traces de l’éclaireur Joseph Thompson. Moses Ogochuckwu, actuellement meilleur buteur du club avec … 2 réalisations, en est lui aussi à sa deuxième saison au Gfc. L’ancien avant-centre du Duc et d’Enymba a été débauché par le président du club suite à un entretien téléphonique. Depuis, c’est le parfait amour entre le joueur et l’équipe de la banlieue. Ici, il trouve bonheur et joie de vivre. Il n’a pas le mal du pays. Le club et toute la ville de Guédiawaye l’ont adopté comme s’il était leur propre enfant. « Nous sommes contents de jouer pour le club. Le plus important, c’est de se sentir en famille, qu’on est aimés par les joueurs et les dirigeants », soutient-il. Et l’argent dans tout cela ? « Le plus important pour moi, c’est d’avoir l’affection des gens. Quand vous avez cela, vous vous sentez à la maison », indique le joueur nigérian. Le Sénégal, juste une étape vers l’Eldorado européen ? « Comme tout footballeur ambitieux, je rêve un jour d’aller jouer dans le championnat européen qui est une référence. Mais pour l’heure, ma priorité c’est le Gfc », martèle Moses Ogochuckwu qui dit partager le projet de jeu de l’équipe. Lui aussi pense que le championnat sénégalais est bon ; même s’il estime qu’il faut améliorer l’organisation. « C’est toujours une expérience d’aller jouer à l’étranger. On apprend beaucoup », fait remarquer le sociétaire du Gfc.

Si le championnat sénégalais est bon comme le soutiennent les deux pensionnaires nigérians du Gfc, alors pourquoi les clubs sénégalais peinent à sortir du lot lors de la Coupe de la Caf et de la Ligue africaine des champions ? Pour les deux ressortissants nigérians du Gfc, cela ne veut pas dire que le niveau du football sénégalais est bas. Au contraire, expliquent-ils, cette situation est plutôt liée à un problème d’organisation et de management. « Jouer en Afrique n’est pas la même chose que jouer au Sénégal. La Coupe de la Caf et la C1 nécessitent une organisation et un système de management beaucoup plus pointus », souligne l’ancien jouer du Duc. Bien accueillis au club où ils se sentent en famille, Moses Oguchukwu et Sunday Dominic veulent rendre au Gfc et à ses braves supporters la monnaie de la pièce. Ils n’entendent ménager aucun effort pour aider l’équipe à se maintenir en Ligue 1 et à se qualifier pour la première fois en Ligue des champions. « Mon objectif est d’écrire l’histoire avec le Gfc, faire en sorte qu’il gagne des trophées. C’est un défi », souligne l’attaquant Oguchukwu.

Il pense qu’avec la bonne ambiance et les bons joueurs dont regorgent l’équipe, les conditions sont réunies pour atteindre un tel pari.

Youssoupha Dabo GfcTROIS QUESTIONS À… YOUSSOUPHA DABO, ENTRAINEUR DU GFC : « JE SUIS SATISFAIT DE LEUR INVESTISSEMENT »

Le coach du Gfc se réjouit du rendement et de l’investissement des deux joueurs nigérians au Gfc. Youssoupha Dabo pense néanmoins qu’ils peuvent apporter plus à l’équipe.

Êtes-vous satisfait du rendement de vos joueurs nigérians ?
Bien sûr, je suis satisfait de leur rendement même si je sais qu’ils peuvent faire plus ; de même que les autres joueurs. Je suis satisfait de leur investissement. Je pense qu’eux aussi sont satisfaits d’être avec nous.

Ils sont bien intégrés, bien que c’est leur deuxième saison. Cela résume un peu la situation pour dire que s’ils n’étaient pas satisfaits, ils n’allaient pas revenir.

Êtes-vous prêt à renouveler cette expérience en faisant appel à d’autres expatriés ?
Bien sûr. Maintenant, il faut dire qu’on n’est pas dans l’optique de faire appel à des étrangers pour juste dire qu’on a pris des étrangers. Il faut que ce soit des joueurs prêts à s’investir dans le projet du club, qui ne sont pas là pour leurs intérêts personnels. C’est le cas de ces deux joueurs qui sont là parce qu’ils croient au club. Si l’on a d’autres avec le même état d’esprit et qui peuvent au niveau de la qualité individuelle apporter un plus au club, bien sûr, on est preneur.

Dans l’ensemble, comment appréciez-vous l’apport des étrangers dans le championnat sénégalais ?
Partout dans le monde, il y a des étrangers dans les clubs. L’étranger, il est là pour apporter un plus. Après, pour faire venir un étranger, il y a forcément un budget conséquent. Ils dépensent plus, ils n’habitent pas ici. Financièrement, il faut être prêt à suivre leur rythme. Après, si ce sont des étrangers qui apportent un plus au championnat pourquoi pas ? Pour développer le football, il faut s’ouvrir davantage. Leur objectif est d’aider le Gfc à gagner des trophées et éventuellement d’amener le club à la ligue des championnats.

 

Amsatou Fall footAMSATOU FALL, DIRECTEUR EXECUTIF DE LA LSFP : « CERTAINS APPORTENT DE LA VALEUR AJOUTÉE, D’AUTRES NON »

Directeur exécutif de la Lsfp, Amsatou Fall est bien placé pour parler des étrangers dans le foot sénégalais et de leur apport à leur formation. Selon lui, tous n’apportent pas le plus attendu d’eux.

Coach, depuis l’avènement du professionnalisme, on a remarqué l’afflux de footballeurs étrangers dans le championnat. Comment appréciez-vous cet intérêt de la part de ces joueurs dont certains viennent des pays de grand football ?
Aujourd’hui, le football comme les autres secteurs bénéficient de la mondialisation par la diffusion géographique de sa pratique et par l’apport assez important des médias. Notamment la télévision. Notre championnat est très médiatisé, et bien suivi. J’en veux pour preuve le nombre croissant d’internautes qui visitent notre site. Il s’y ajoute que notre championnat professionnel est télévisé toutes les semaines. Il est donc clair qu’il y aura des gens qui vont venir voir ce qui se passe dans notre championnat, qui est bien suivi à l’étranger pour deux raisons : la première, découvrir un autre football, la seconde passer par le Sénégal pour partir ailleurs dans les championnats plus prospères. C’est normal, puisque tout footballeur ambitieux cherche à sortir. Pour exemple, je peux citer le cas du milieu de terrain nigérian qui est passé par le Duc pour aller monnayer son tallent ailleurs.

Quel est l’apport, selon vous, de ces étrangers dans le niveau du championnat ?
Si l’on prend l’exemple du Guédiawaye Fc, il y a deux saisons, le meilleur joueur du championnat professionnel était nigérian. Cela illustre parfaitement l’apport de ces joueurs étrangers. Le titre de meilleur joueur de l’avant-dernière saison a été décerné lors du Sargal Foot à Moses Ugochukwo Nwachukwu. Le Sénégal est un pays de démocratie, ailleurs, les gens auraient réfléchi autrement. Mais nous, nous avons jugé, sans état d’âme, selon les performances du joueur. C’est un attaquant décisif et qui a beaucoup contribué dans les bons résultats du club non seulement dans son accession dans l’élite, mais également dans le sacre en Coupe de la Ligue. C’est un exemple qui n’est pas valable pour tous les joueurs parce qu’on a vu des joueurs étrangers de l’As Pikine qui sont repartis parce qu’ils n’ont pas été performants en championnat. Cela veut dire que ce sont des fortunes diverses. Il y a des équipes où les joueurs étrangers apportent de la valeur ajoutée alors que dans d’autres, ce n’est pas le cas. Je prends l’exemple de Mbour PC qui a des étrangers qui apportent de la valeur ajoutée. C’est aussi le cas au Stade de Mbour.

Mais, n’est-ce pas bizarre de constater la présence de joueurs des pays de grand football comme le Cameroun, le Côte d’Ivoire, le Nigeria ou la Tunisie venir monnayer leur talent au Sénégal. Ne pensez-vous que, faute de temps de jeu dans les championnats de leurs pays respectifs, ils viennent chercher ce qu’ils ne peuvent pas avoir chez eux ?

Non ! Je ne pense pas que c’est le cas puisqu’ils pouvaient bien rester dans leur pays et aller vers des clubs de moindre calibre. Ils auraient pu signer dans des clubs moyens qui jouent le maintien, mais ils ont préféré tenter leur expérience au Sénégal. Ailleurs comme au Mali, je me demande si l’on peut dénombrer 26 joueurs étrangers comme ici. Cela veut dire que notre football commence à tenir la route. Je ne dis pas que tous les joueurs étrangers sont incontournables dans leur club au Sénégal. J’ai cité trois exemples : Mbour PC, Stade Mbour et Gfc dont les joueurs étrangers apportent réellement de la valeur ajoutée.

Je connais particulièrement le milieu de terrain Mouhamed Conteh, qui a joué au Stade de Mbour et qui était l’un des meilleurs éléments du club et qui est aujourd’hui à Mbour PC. L’autre aspect, c’est que quand un joueur étranger arrive dans un pays, c’est pour apporter un autre type de football. Moi, quand je suis allé prendre Aba Koné du Stade Malien et le Burkinabé Narcisse Yaméogo, c’est pour apporter leur expertise dans mon club de l’époque, la Jeanne d’Arc de Dakar. Quand des Marocains prennent nos joueurs, c’est pour diversifier leur football. Il faut donc saluer la venue de joueurs étrangers dans notre football. Cela prouve que notre championnat se porte bien et qu’il commence à être exportable.

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Des étrangers en championnats du Sénégal, ce n’est pas une nouveauté. Mais une telle fournée, c’est inouï. Et c’est une forte tendance appelée à se poursuivre, c’est dans l’air du temps et à l’ère de la … mondialisation, paraît-il. Si bien qu’aujourd’hui, ce ne sont pas forcément les clubs qui se lancent à la recherche de l’oiseau rare ; ce sont souvent les candidats qui se bousculent au portillon. Parfois même sous la forme d’un véritable club, comme Espoir Solo de Côte d’Ivoire, « équipe itinérante » venue dernièrement proposer ses services aux formations locales (après être passée par la Guinée Bissau et la Mauritanie). Avec plus ou moins de bonheur.

S’il est symptomatique de noter que quatre des cinq équipes de tête de la L1 ont chacune au moins un étranger dans leur rangs, il est important de signaler que la seule exception s’appelle le Ndiambour, le leader qui, pourtant, il y a quelques saisons, avait enrôlé des … Brésiliens. On sait que l’expérience n’avait eu les effets escomptés. D’où cette particularité que semble cultiver le club lougatois ? Peut-être pas ! Il est possible que l’occasion ne se soit pas tout bonnement pas présentée. Ce qui est, en tout cas, constant, c’est que l’essentiel de ces étrangers de la Ligue professionnelle sénégalaise viennent d’abord pour gagner de l’argent, ensuite et surtout pour se trouver une piste d’envol vers des championnats plus huppés et plus lucratifs. On est donc bien loin du temps où la Jeanne d’Arc allait débaucher de vrais internationaux d’autres pays de la sous-région (le Gambien Abdourahman Conateh, le Malien Aba Koné voire le Burkinabé Narcisse Yaméogo) pour mieux exister sur le continent. Le professionnalisme n’était pas encore de rigueur chez lui, mais les salaires alors pratiqués par le doyen des clubs sénégalais étaient nettement au-dessus de ce qui se fait actuellement.

Alors, notre football local a-t-il réellement progressé depuis ? Pas sûr, si l’on sait qu’aucun club n’a plus fait autant que la « JA internationale » de la fin des années 1990 et début 2000. Et que tous ont d’énormes problèmes pour retenir les rares joueurs sénégalais qui émergent de la grisaille. En réalité, on semble plus penser à former ou à la limite à engager des étrangers pour « exporter », qu’à tenter de bâtir du solide et du compétitif sur la scène nationale et africaine. Sinon comment comprendre que l’As Douanes qui, en principe, est dotée de suffisamment de moyens ait laissé filer deux de ses joyaux, Sory Keïta et Sylvain Badji ? Michel Platini, le candidat suspendu de l’Uefa, pensait certainement aux clubs sénégalais lorsqu’il soutenait que « le football est (…) un spectacle avant un business, un sport avant un marché ».