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En 2012, quand Kader Mangane quitte le Stade Rennais pour s’engager à Al Hilal (Arabie Saoudite), à 29 ans, il est vite annoncé bon pour une retraite paisible et dorée. Trois ans plus tard, le défenseur sénégalais a déjoué tous les pronostics, pour se relancer de belle manière en Ligue 1 française.

Naturellement, le phénix a su renaître de ses cendres. Promis à un exil doré à son départ pour le championnat d’Arabie Saoudite, Kader Mangane est revenu retrouver l’élite du football français, après un détour en Turquie (38 matches entre 2013 et 2015 Kayseri Erciyesspor) et en Angleterre (2 matches à Sunderland lors d’un prêt en 2013). Un parcours atypique pour un joueur désormais trentenaire (32 ans), mais qui n’a jamais rien fait comme les autres. International sénégalais à 23 reprises (1 but), resté sur une élimination au premier tour à la Can 2012, puis sur une autre, par la Côte d’Ivoire sur le chemin du Mondial 2014, Kader Mangane a su rouvrir une nouvelle page dans sa carrière, en s’engageant en juillet dernier avec le Gazélec d’Ajaccio, promu en Ligue 1. Entré dans l’histoire de ce club corse en inscrivant son tout premier but dans l’élite française, le défenseur central sénégalais n’a pas tardé à donner une réponse aux plus sceptiques sur son réel niveau. Au-delà de son premier but, qui le place dans l’histoire du Gazélec, ses performances hebdomadaires ont permis au club de bien engager son opération maintien, avec une honorable treizième place après 22 journées. Titulaire dans la charnière centrale à côté d’un autre défenseur d’expérience (Jérémy Bréchet), Mangane présente une fiche de 21 matches disputés, toutes compétitions confondues (dont 18 matches en championnat), pour un but (lors de la victoire (2-1) face à Guingamp), une passe décisive et surtout des prestations solides contre des cadors de la Ligue 1 comme Lyon (victoire 2-1), Bordeaux (victoire 2-0), ou Marseille (match nul 1-1), face auxquels son expérience a été d’une précieuse contribution pour les promus. Si à 32 ans, Kader Mangane se distingue de moins en moins dans les statistiques, il compense par son placement et son leadership. De quoi prolonger sa renaissance. Pour combien de saisons encore ? Tant que le corps répond, la tête suit


Alassane Ndour, ancien international sénégalais :

« Il peut encore tenir 2 voire 3 ans »

Ancien défenseur, passé par la Ligue 1( entre 2001 et 2007) où il a fait l’essentiel de sa carrière, Alassane Ndour apporte un avis éclairé sur le renouveau de Kader Mangane en Ligue 1. Pour l’ancien international sénégalais, le défenseur de Gazélec peut encore servir deux à trois saisons supplémentaires.

Comment voyez-vous le retour de Kader Mangane en Ligue 1 française ?

Son retour suscite des débats, surtout en France. Certains avaient des réserves, mais finalement, on constate que ses performances physiques sont restées correctes. Je pense que son secret doit être son hygiène de vie. Il a su se discipliner pour garder le cap, même quand il était dans des championnats moins cotés, comme en Arabie Saoudite ou en Turquie, qui sont tout de même de bons championnats, même si le niveau est inférieur à la Ligue 1. Moi, je ne suis pas surpris, parce que Kader est un bon joueur. Déjà grâce à son intelligence, il compense beaucoup de choses, c’est un défenseur, mais il a souvent joué milieu du terrain comme relayeur ou récupérateur. Il sait gérer ses efforts. C’est un joueur très intelligent sur le terrain. Maintenant, au-delà de l’hygiène de vie, la motivation est également très importante dans ces situations quand on doit passer d’un championnat moyen à un niveau plus élevé. Un joueur ne doit pas seulement se limiter aux entraînements. Les entraîneurs n’ont pas le temps d’individualiser les séances. Il faut faire un plus dans la musculation et beaucoup d’autres aspects. C’est une des clés de la réussite de Kader, qui a su répondre aux exigences du haut niveau, en s’imposant des efforts supplémentaires.

Quel est impact de l’âge d’un défenseur sur ses performances ?

Le défenseur peut jouer plus longtemps que l’attaquant. Parce qu’il fait moins de sprints, moins de débauche physique. L’attaquant a beaucoup plus de choses à faire sur le terrain qu’un défenseur. Mais le défenseur compense beaucoup avec son positionnement, ses relances. Un défenseur moderne peu jouer un match sans tacler, il fera mois de sprints qu’un défenseur d’avant, pour qui c’était le marquage à la culotte. Aujourd’hui, c’est une question de positionnement, de vision du jeu.

Aujourd’hui il a 32 ans, il revient en Ligue 1 française. Vous le voyez jouer à ce niveau jusqu’à quand ?

Il peut encore tenir 2 voire 3 ans, surtout avec un club comme le Gazélec d’Ajaccio. Il a beaucoup d’expérience, et n’est pas un novice dans ce championnat, qu’il connaît bien. S’il continue à avoir la même hygiène de vie, le même comportement, je pense qu’il pourra jouer encore. Il y a des gens qui, même à plus de 30 ans, ont un corps prêt à multiplier les efforts. Il doit continuer à bosser, parce que ce n’est pas un championnat facile. C’est l’un des meilleurs championnats du monde, avec des attaquants de classe. Jouer avec son intelligence, c’est ce qui lui permet de bien se replacer.

Le fait d’être dans un club comme le Gazélec d’Ajaccio, où il y a moins de pression, est-ce que c’est un avantage pour lui ?

Bien sûr, ça peut l’aider à franchir le dernier cap. La stabilité aussi, je pense qu’il peut gérer la pression, il est un grand joueur, qui a connu beaucoup de clubs, de championnats, il a voyagé, a roulé sa bosse un peu partout, c’est un joueur confirmé. Les dirigeants d’Ajaccio l’ont pris certainement pour booster les plus jeunes.