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A 29 ans, l’âge où se profile la retraite chez les footballeurs, Cheikh Ndoye a réussi sa découverte du haut niveau. Pour une première, c’est un franc succès. L’international sénégalais est la révélation de la première partie de saison de la Ligue 1 française. Angers, son club n’est pas sûr de finir la saison avec lui. Cheikh Ndoye est l’objet d’intérêts de clubs anglais.

« C’est une réponse à tous ceux qui doutaient de moi », nous confiait Cheikh Ndoye juste avant la fin de la phase aller du championnat de France. Une première partie de la Ligue 1 française après laquelle le Sénégalais figure dans l’équipe type. C’est une forme de consécration après six ans à gravir les étages menant de la division d’honneur à l’élite française.

Cependant, le colosse Sénégalais n’est pas âme à changer, il reste le même sur bien des positions comme sur son discours. « C’est une satisfaction et une reconnaissance du travail effectué depuis des années », avait-il tenu à mettre en avant après ses 32 buts en trois ans comme milieu défensif à Créteil en Ligue 2 française. Il peut reprendre la formule pour valider le satisfecit de ses 16 premiers matches de L1. Il en a raté trois pour cause de suspension et de repos.

Dans un championnat français largement dominé par le Paris Saint-Germain à la puissance financière qatarie, Angers et son capitaine sont les véritables révélations de la première moitié de la L1 2015-2016. Durant cet exercice, les coups de maître n’ont pas manqué. Très tôt dans la saison, en août, il s’était signalé par un doublé victorieux face à Ajaccio. Mais c’est un autre doublé, magistralement, inscrit qui a marqué les esprits. Lors de la 17ème journée, le 5 décembre, le mythique stade Gerland est paré pour la fête afin de célébrer le dernier match de championnat de l’Olympique Lyonnais que l’enceinte sportive accueille. Cheikh Ndoye va gâcher les festivités des Gones sur deux coups de casques. Lyon s’incline par 2 buts à 0.

Quelques jours plus tôt, il avait failli faire tomber le Psg sans les interventions salutaires de Kevin Trapp, l’excellent gardien allemand du club de la capitale française. Lyon et Paris, il n’en fallait pas plus pour attirer le gotha des clubs européens. Mi-décembre, une demi-douzaine d’émissaires de clubs anglais se lance aux trousses du Sénégalais pour le superviser lors du déplacement d’Angers à Bordeaux (1 à 1).

Pourtant, six ans plus tôt, Cheikh Ndoye était encore loin des projecteurs et son nom n’était inscrit sur aucun calepin de grands clubs européens. L’été dernier, le Sco d’Angers tout fraîchement promu en Ligue 1 est allé le chercher à Créteil, en Ligue 2, pour lui faire franchir un cap. « Cela faisait un bout de temps que j’attendais cette occasion. Avec Angers, ça c’est passé très vite ».

Dans la carrière de Cheikh Ndoye, tout n’est pas allé toujours très vite. Il lui aura fallu attendre ses 29 printemps passés pour que le Rufisquois puisse avoir l’opportunité d’évoluer dans le haut niveau. « Je n’ai jamais oublié d’où je viens. Et puis, c’est un défi à tous ceux qui disaient que j’étais fini pour le haut niveau car j’avais 29 ans ». En 2008/2009, Cheikh Ndoye est encore menuisier à Rufisque après bien des espoirs déçus. Passé par la Css puis Yakaar, c’est Salif Diao, ancien international sénégalais, qui lui donne l’occasion de percer dans le foot en l’envoyant en 2007 faire des essais à Stock City, en Angleterre. Non concluants. Il ne se décourage pas non plus sur un coup du sort (blessure) qui fait capoter un autre essai en Arabie Saoudite.

La troisième tentative sera la bonne. Salif Diao, toujours lui, le fait venir à Epinal en septembre 2009. Il va y signer un contrat en compagnie de deux autres Sénégalais : Christophe Diedhiou et Ibrahima Seck. Sur le terrain, les trois acolytes sont les grands artisans du passage d’Epinal du monde amateur à l’antichambre de l’élite française (Ligue 2).

   « Milieu box to box »

Après Créteil, Cheikh Ndoye continue à rattraper le temps perdu. Sous sa houlette, Angers est troisième de la Ligue 1 avec 31 points derrière l’intouchable Paris SG et l’As Monaco. Avec 5 buts, deux passes décisives en seulement 16 matches, Cheikh Ndoye a des statistiques qui n’ont rien à envier à celles de Steven Gerrard, son idole, au meilleur de sa forme. Comme l’ex-international anglais, Cheikh Ndoye se définit comme « un milieu défensif qui fait du box to box » avec une appétence particulière à se retrouver devant le but adverse. Avec « un mental fort », Cheikh Ndoye « déteste la défaite » et l’échec. « Je viens de loin. C’est une motivation supplémentaire. Je prends ma chance pour ne rien regretter. Je ne fais pas attention à ce qui se dit car je me concentre sur le terrain ». Certes, mais les appels des sirènes britanniques ne vont-il pas finir par avoir un écho favorable chez lui ? Angers n’est pas prompt à lâcher son capitaine sénégalais pour aller évoluer sous un autre pavillon. « Pas avant la fin de la saison, assure Saïd Chabane, le président du Sco d’Angers dans la presse française. Après, quand vous êtes le 19e budget de L1 (Ndlr : environ 24 M€), il est difficile de retenir les joueurs qui flambent. ». Stoïque, Cheikh Ndoye ne tire pas de plan sur la comète. « On verra quand une proposition de transfert se présentera », dit-il sagement. L’international sénégalais se concentre sur le terrain où son « grand âge » était l’origine d’interrogation sur d’éventuels intérêts de transfert. A 29 ans, on n’a plus du temps à perdre dans le football. « C’est ce qu’on dit, fait-il presque la moue pour se démarquer des idées toutes faites qui sont parfois toutes fausses. Certains sont dubitatifs à mon sujet et pensent que 29 ans est un âge très avancé. Je sais que je peux durer encore quelques années dans le foot ».

Interrogé sur cette durée en formulant évasivement 5 ou 6 ans, Cheikh Ndoye ne répond pas mais sourit puis acquiesce. Pour cela, il compte s’appuyer sur ce qui fait sont son secret : « Je me repose tout le temps, je ne sors pas, je ne traîne pas après les entraînements. Je ne sors que pour aller faire des courses ». Sage décision.