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Sociétaire de Kuban Krasnodar (D1 Russie), Ibrahima Baldé ne comprend pas son absence prolongée de l’équipe nationale. Le Pikinois indique avoir, depuis les JO de 2012, des bisbilles avec le sélectionneur Aliou Cissé, qu’il exhorte à l’oubli pour l’in- térêt du football sénégalais.

Ibrahima, votre choix d’évoluer dans le championnat russe n’a-t-il pas freiné votre élan international ?

Les gens le disent mais moi je ne le pense pas. Peut- être qu’il y a autre chose derrière, mais moi je ne pense pas que le seul fait de jouer en Russie soit une explication. Même mon coach ne comprend pas pourquoi je ne suis pas appelé en équipe nationale. Pourtant, je fais tout ce qu’on demande aux attaquants en club. C’est-à- dire marquer des buts.

Qu’est-ce qui est derrière selon vous ?

Je ne peux pas le dire. Peut-être que vous, vous avez la réponse. Si l’actuel coach était un nouveau dans la Tanière, je pourrais dire qu’il ne me connaît pas. Mais, j’ai travaillé sous les ordres d’Aliou Cissé, il me connaît super bien. C’est un grand qui connaît ma mentalité, mon état d’esprit et mon tempérament de gagneur. Je me dis que s’il ne m’appelle pas, il y a une raison ou il y a quelque chose que moi je ne maîtrise pas du tout. J’ai ma place dans cette équipe nationale et ça tout le monde le sait.

«Aliou Cissé est un grand frère que je respecte bien mais après, il s’est passé quelque chose que j’ignore»

Quelles sont vos relations réelles avec Aliou Cissé ?

Au début, nous avons eu des relations positives. C’est un grand frère que je respecte bien. Il aime bien ce qu’il fait. Mais après, ils’est passé quelque chose que j’ignore. Je ne comprends pas en fait.

A Londres pendant les Jo, vous auriez eu un problème avec Aliou Cissé à la veille du match contre l’uruguay…

Moi, je ne pense pas que le truc qui s’est passé à Londres depuis 2012 continue à habiter le sélectionneur au point qu’il ne m’appelle pas en équipe nationale. Non. S’il cherche à gagner et qu’il a des joueurs qui peuvent l’aider à y arriver, même s’il a des problèmes avec un joueur, je pense qu’il l’appellerait. Moi, je ne pense pas qu’il y a un problème entre nous. Même si c’était le cas, il doit y avoir un esprit de dépassement pour l’intérêt du football sénégalais.

Qu’est-ce qui s’est passé réellement ?

Il y a certaines choses que je préfère garder pour moi. Ce n’est pas la peine que j’y revienne. A mon entraîneur en club, je dis souvent qu’il y a des attaquants meilleurs que moi et qui jouent dans les championnats plus médiatisés. Je ne parle jamais de ce problème avec le sélectionneur.

Avez-vous eu des contacts avec Aliou Cissé depuis sa nomination ?

Non. Franchement, depuis 2012 on n’a eu aucun contact indirect ni direct. Il est dans son coin. Cela me fait très mal. Je ne comprends pas. C’est quelqu’un que je respecte beaucoup. Si j’étais en fin de carrière, on aurait compris. Mais là, je n’ai que 26 ans. J’ai envie de porter ce maillot national.

Regrettez-vous tout ce qui s’est passé à Londres ?

Moi, je n’ai jamais eu à regretter dans ma vie. J’ai toujours assumé en tant que professionnel. Ce n’est pas aujourd’hui que je vais changer.

Qu’est-ce que vos coéquipiers vous disent de la Tanière et surtout de son fonctionnement ?

Je discute beaucoup avec Idrissa Gana Guèye, Cheikhou Kouyaté, Zargo Touré, même avec Dame Ndoye avant qu’il ne prenne la décision d’arrêter avec la sélection. Ils me disent tout le temps que c’est moi qui manque au groupe. Je trouve tout cela dommage. à la limite, c’est triste. Ça me fait très mal que d’un seul coup ça se passe ainsi. Que tout s’écroule pour moi en équipe nationale sans pour autant comprendre les décisions. Si je ne jouais pas et qu’on me fasse venir tout le monde saura que je ne fous rien en club. Mais, là, je marque, je joue des matchs et on m’oublie. Non. Je n’y crois pas. Il ne faut pas oublier que j’ai aussi un circuit. Au Sénégal, on a tendance à oublier vite. J’ai fait un bon parcours et j’ai toujours fait mes matchs en équipe nationale. C’est triste de ne pas savoir réellement ce qui se passe.

«Certains joueurs sont la cinquième roue de la charrette en clubs. Pourtant, ils sont en équipe nationale»

Apparemment, vous avez besoin d’explication ?

Bien sûr. Qu’on me dise exactement ce qui ne va pas. A chaque match de la sélection, je m’attends à une convocation. Mais, il faut dire qu’il y a certains joueurs qu’on convoque que moi je ne connais même pas. Je ne sais même pas dans quel championnat ils jouent.

Comme qui par exemple ?

Non, je ne dirai pas de nom. vous connaissez mieux que moi ce qui se passe dans la Tanière. On fait appel à certains joueurs qui ne jouent même pas dans leurs clubs ou bien ils sont la cinquième roue de la charrette. Pourtant, ils sont en équipe nationale. De l’autre côté, moi qui joue, qui fais mes matchs en championnat, on ne me convoque pas. Je respecte la décision du coach et celle de la Fédération. Les dirigeants qui sont là savent ce que je vaux. Mais le plus important, c’est de continuer à faire mes preuves.

Avec le recul, quel avenir prédisez-vous à l’équipe nationale du Sénégal ?

On a tout ce qu’il faut dans cette équipe nationale avec des footballeurs de haut niveau. Malheureusement, il nous manque toujours la mentalité et l’état d’es- prit. à chaque match, on voit de nouvelles têtes. Ce n’est pas normal. Il faut mettre en place une ossature. Des équipes comme le Ghana, la Côte d’Ivoire ont des joueurs qui sont là depuis des années. Malheureusement, au Sénégal, on a une spécialité bien de chez nous. Il faut construire quelque chose, mais on a un problème de fond dans notre équipe. Pourtant, nos joueurs évoluent dans de bons championnats, mais l’équipe n’est pas aidée.

Pensez-vous pouvoir revenir en sélection tant qu’Aliou Cissé est là ?

Bien sûr. Tant qu’Aliou Cissé est là, je lui montrerai que j’aime autant que lui ce maillot national. En club, je marquerai des buts pour l’équipe nationale, je vais courir comme jamais pour l’équipe nationale. J’ai toujours senti ce maillot-là. Et je ne l’échangerai jamais avec quoi que ce soit. Grâce à la génération des Aliou Cissé et autres, je quittais mon Pikine natal à pied pour venir les supporter au stade. à la fin de la rencontre, je repartais à la maison à pied quel que soit le résultat. Je n’avais même pas 100 FCFA pour prendre le Ndiaga Ndiaye ou le Car-rapide. Donc, si aujourd’hui, j’ai la chance de porter ce maillot et de défendre les couleurs de mon pays, de grâce qu’ils me laissent le faire parce que c’est une croyance en moi.

«Gana, Kouyaté, Zargo,… me disent tout le temps que c’est moi qui manque au groupe»

Quel bilan à mi-parcours tirez-vous de votre saison avec Kuban Krasnodar ?

Tout se passe bien même si cette année, les choses ne se sont pas passées comme on le souhaitait. Personnellement, c’était un peu compliqué avec l’arrivée de l’actuel entraîneur. Il m’a proposé un renouvellement de contrat que j’ai décliné. Du coup, j’ai marqué 3 buts en championnat et 2 en coupe. Maintenant, on attend les phases retour qui démarrent au mois de mars. Mais, là, je suis sur le départ parce que c’est ma dernière année de contrat. C’est vrai que les dirigeants m’ont proposé un nouveau challenge avec un contrat de trois autres années supplémentaires, mais mon objectif est de revenir dans un championnat où la médiatisation sera de mise. Il n’y a pas mal d’équipes qui se sont intéressées.

Que gagnez-vous sportivement en Russie ?

Il ne faut passe mentir. Dans la vie, il n’y a pas que le football. C’est vrai que professionnellement, les russes ont encore du chemin à faire par rapport à l’organisation mais financièrement, c’est le top. Quand je rentre chez moi, je rends toujours grâce à Dieu. Et grâce au championnat russe, j’ai réalisé beaucoup de mes rêves. Je viens d’une famille modeste et, Dieu merci, aujourd’hui j’ai mis cette famille dans une situation confortable sans oublier mes propres affaires. Après le football, il y a une autre vie.

Quel objectif majeur vous fixez-vous ?

A 26 ans, je n’ai qu’une seule envie : retrouver l’équipe nationale le plus tôt possible.