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Présent au Sénégal pour les besoins du « Challenge Afrique U18 » qui s’est tenu à Saly, l’ancien international Japhet Ndoram n’en a pas moins été un spectateur averti de la Can U23 qui dispute ses demi-finales demain. Avant de retourner hier en France, l’ancien très doué milieu offensif du Fc Nantes et de l’As Monaco est revenu pour nous sur ce qu’il a vu dans cette compétition et sur comment il voit la suite, avec notamment le Sénégal et l’Algérie qu’il pronostique en finale.

« Ndoram, vous avez pu suivre beaucoup de matches du premier tour de cette Can U23. Qu’en avez-vous retenu ?

Globalement, on a vu de belles équipes. Homogènes dans l’ensemble. Il y a le Sénégal qui a fait une forte impression avec trois succès en autant de matches. Cette équipe a impressionné par son impact physique et par sa discipline tactique. A mon avis, elle sera difficile à battre maintenant qu’elle est dans le carré d’as, d’autant qu’il a l’avantage de joueur à domicile. Mais, j’étais basé à Saly et j’ai vu qu’à Mbour aussi, il y avait de très bonnes équipes.

L’Algérie et le Nigeria sont d’ailleurs sortis de la poule de Mbour. Comment les voyez-vous pour la suite de la compétition ?

Ce sera dur pour le Nigeria, parce que physiquement ses joueurs tiennent difficilement 90 minutes. L’Algérie elle, a une valeur athlétique réelle. Ils étaient dans une poule assez relevée et qui, à mon avis, était de meilleure qualité que celle de Dakar. En gros, les portes de la finale sont ouvertes aux 4 équipes du dernier carré.

Vous ne voyez donc pas de favoris en demi-finales ?

Si ! Disons plutôt le Sénégal et l’Algérie. Car, physiquement, je suis un peu sceptique pour le Nigeria, même si son entraîneur, Samson Sia Sia, est un ami.

Pourtant, contre l’Algérie, lors du dernier match, le Nigeria a tenu sans prendre de but en seconde mi-temps ; ce qu’il n’avait jamais réussi lors de ses deux précédents matches…

Oui, mais c’était un match qu’il fallait gérer en fonction du résultat de l’autre rencontre du groupe B (Mali – Egypte à Mbour Ndlr). Et puis, le Nigeria n’a pas beaucoup fait tourner son équipe ; contrairement au Sénégal qui a ménagé certains joueurs lors de son dernier match. Cela pourrait jouer sur le cours des choses.

Pensez-vous que la suspension pour cumul de cartons du capitaine et métronome nigérian Azubuike Okechukwu puisse jouer sur l’issue de ce match ?

Absolument ! C’est leur maître à jouer et rampe de lancement de presque toutes leurs attaques. A mon avis, c’est d’ailleurs le seul qui sortait du lot par ses qualités techniques, mais aussi par son impact physique. Parce qu’on le voyait partout, se battant sur toutes les balles et orientant bien le jeu. Il va certainement manquer au Nigeria.

 Vous êtes un observateur averti du football africain que vous avez longtemps suivi pour certains clubs français. Comment jugez-vous son niveau actuel ?

Il est assez athlétique et a fait des progrès tactiquement. Les équipes ont globalement beaucoup évolué. Les qualités athlétiques, c’est presque inné chez nous. Ce que je regrette, c’est que techniquement il y ait encore trop de déchets.

Pourtant, généralement, on dit que le footballeur africain est très technique. N’y a-t-il pas là une contradiction ?

Mais non, puisque la technique individuelle c’est une chose, la technique collective, c’en est une autre. Et cette technique collective, je ne suis pas persuadé qu’on l’ait encore.

  Et comment expliquez- vous cela ?

Pour ne pas chercher trop loin, regardez au Sénégal comment il manque d’espace à Dakar par exemple pour jouer au football. Et c’est presque pareil dans toutes les capitales africaines. On construit partout, si bien que les enfants n’ont plus assez d’espace pour le sport et le foot en particulier. Dès lors, ils n’ont plus cette technique de base que nous et nos aînés avions et qui faisait que quand on allait en Europe, on avait quelque chose de plus que ceux que nous trouvions sur place.

  Pour en venir à votre pays, le Tchad, on a vu que les choses bougeaient un peu puisque votre équipe nationale a récemment battu l’Egypte, même si elle s’est fait laminer au retour…

Oh, vous savez, c’est compliqué ! Car quand le foot fait un pas en avant, il en fait deux en arrière. A la fédération, on n’a pas de gens passionnés de football, au point que la gestion est catastrophique. Imaginez que pour ce match retour dont vous parlez, l’équipe nationale est arrivée au Caire à une heure du coup d’envoi et a dû rallier le stade directement à partir de l’aéroport. Comment peut-on être performant dans ces conditions. La fédé, c’est un peu n’importe quoi et comme l’Etat ne s’intéresse pas au football, la réussite ne peut pas être au rendez-vous. Et c’est dommage, parce qu’on a le talent chez nous, un peu comme partout en Afrique ; mais sans travail, le talent ne conduit nulle part ».