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Comment avez-vous vécu l’élimination de l’Equipe na­tionale locale du Chan 2016 ?

Quand on vit ce genre de match-là, on ne peut qu’être déçu. Je pense que notre équipe a très vite mis les Guinéens dans le confort. Puisque le scénario qui ne devait pas se réaliser, c’est que les Gui­néens ouvrent le score. Malheu­reusement, c’est ce qui s’est passé. Ce qui fait que ça devenait compliqué. Je pense que c’est sur nos limites que la Guinée est passée plutôt que sur sa vraie qualité. Parce que sur ce match-là, on a dominé de bout à bout les Gui­néens. On se rend compte qu’on aurait pu éviter les deux buts pris à l’aller (2-0 en faveur de la Guinée). Mais je pense que tout compte fait, on apprend des défaites de ce genre. On a le sentiment qu’on s’est bien battu et qu’il y avait de la place pour passer. C’est pour cela que je parle de déception.

Comment expliquez-vous cette élimination des Lions locaux ?
Cette élimination s’explique pour beaucoup par les mutations qu’il y a eues dans ce groupe entre le premier et le deuxième tour. Et qui sont des problèmes qui se posent de manière structurelle sur notre football.  Entre une saison et une autre, on perd trop de joueurs. Entre deux tours d’élimination de Chan, on perd trop de joueurs. On est dans un éternel recommencement. Les entraîneurs ne sont pas des magiciens. Il faut repenser tout ça pour voir comment faire pour retenir nos joueurs. Sur le plan individuel, nos joueurs sont meilleurs. Du côté de la Guinée, c’est l’As Kaloum et Horoya qui forment l’ossature de l’équipe locale où il y a des joueurs de l’équipe A comme le capitaine. Sans leur manquer de respect, je peux dire qu’on les a bousculés dans leurs derniers retranchements. Il faudrait qu’on trouve les moyens de sédentariser nos joueurs. Ces joueurs qui gagnent 100 à 150 mille francs maximum ici, pour 300 mille de plus, ils vont au Maroc, en Guinée, comme les Khadim Ndiaye, Kassé et autres. Le latéral gauche de cette équipe (Amadou Touré ex-As Pikine) a migré à Horoya. C’est ça le vrai problème.

Quelle politique pour rendre plus forts les clubs sénégalais en retenant leurs meil­leurs éléments sur place ?

Il est temps que l’Etat nous aide. On ne les demande pas de nous donner de l’argent. L’Etat peut peser sur les sociétés nationales et privées pour aider le football. Pourquoi ne pas mettre en branle la loi sur le mécénat dans le sport ? Inciter les sociétés nationales et privées à investir dans le football.  Il suffit d’un petit bout de pouce pour franchir un palier. Je sais qu’on a un potentiel réel dans nos clubs. Si on continue comme ça, on n’aura pas de résultats. Et tout le monde va se décourager. C’est les moyens, il n’y a pas de secret. La Fédération, la Ligue professionnelle et les dirigeants de clubs se battent pour faire vivre nos équipes. Mais les limites sont objectives. On a besoin de l’apport des autorités. On ne les demande de faire forcément comme au Gabon où les sociétés nationales et privées aident les clubs de football. On l’a vu aujourd’hui, sur un match où on a perdu 2-0 à l’aller, tous les Sénégalais était venus. Le stade était plein. C’est ça qui montre la valeur du football sénégalais. Il faut que les autres investissent dans le football. Investir dans ces jeunes. Avec des salaires au moins de 500 mille, nos joueurs seraient restés sur place. C’est dur parce qu’on a l’impression qu’on est en train de construire sur du sable mouvant. Parce que tout ce qu’on fait se dérobe sous nos pieds. Mais on va continuer à travailler.

N’est-il pas temps que le Caf entérine un règlement pour permettre aux joueurs évoluant dans les championnats africains de participer avec leur sélection au Chan ?

L’idée de base c’est de développer le football local partout en Afrique. Quand un joueur ne migre pas dans les grands championnats, cela devrait lui permettre de garder son statut de footballeur local. Et prendre part avec sa sélection au Chan. Cela donnerait plus de valeur au Chan et permettrait aux pays comme le Sénégal, grand exportateurs de joueurs, de pouvoir continuer à jouer avec ses meilleurs atouts. Tant qu’on ne change pas ce sera difficile. Ce n’est donc pas étonnant qu’on soit éliminé sur deux campagnes, même si les deux pays (Mauritanie et Guinée Conakry) qui nous ont éliminés ne sont pas meilleures que nous.