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Cheikhou Kouyaté est heureux comme un môme à Disneyland. Quand tous ses coéquipiers ont fini de rejoindre les vestiaires, lui, comme perdu, semble chercher encore à reconstruire les souvenirs impérissables qu’il vient de se créer sur la pelouse de Sam Nujoma Stadium. Il se tient la tête, les reins, serre davantage sur son bras le morceau rouge qui lui confère le statut de guide de la «Tanière», plonge sa tête entre ses deux mains… Une crise émotionnelle qu’on justifierait difficilement pour un match qui, pour le capitaine d’un jour, avait tout d’une formalité face à des «Brave Warriors» sans armes et pour un milieu de terrain généralement prolifique en club (2 buts en 4 matches de Premier League cette saison, 4 buts la saison précédente, ndlr). Mais oui, lui, sa gâchette régulière à Anderlecht et à West Ham s’est souvent transformée en pétard mouillé dès que recouverte du maillot national. Une aberration. «A chaque sélection, mon entourage me faisait la même remarque. J’inscris régulièrement des buts en club mais en Équipe nationale, je commençais à durer (première sélection en 2012, face à l’Afrique du Sud, ndlr) et je trouvais de plus en plus long le temps passé sans marquer. Pas pour une gloire personnelle, mais juste pour faire plaisir à ceux qui m’en parlaient à longueur de journée. La veille du match, je n’ai pas dormi. Toute la nuit, on me répétait la même chose. C’était devenu un fardeau !»

Un fardeau, à tel point que juste après avoir prolongé le ballon de la tête dans les filets de Virgil Vries, portier namibien, il a engagé un sprint vers le point de corner, criant à tue-tête : «Jërëjëf Yalla ! Jërëjëf Yalla ! Wuy sama ndey !» (Merci mon Dieu ! Merci mon Dieu ! Oh maman !» Après coup, il en rigole, tout en rappelant, cerise sur le gâteau, sa passe décisive sur le second but de Sadio Mané : «J’étais libéré. Je pensais direct à ma maman qui ne dort jamais quand je joue.» Et quand on lui rappelle la maxime rapportée par l’actuel empereur des buts, le Portugais du Real Madrid, Cristiano Ronaldo, qui soulignait après une période de disette que «les buts, c’est comme du ketchup, quand ça vient, ça ne s’arrête plus», Kouyaté rit aux éclats et promet d’envoyer la sauce à volonté. Diafra Sakho, son coéquipier en club et en sélection, plus habitué que lui à faire trembler les filets, est averti.