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Depuis qu’il a pris les rênes de l’équipe nationale du Sénégal de football, Aliou Cissé a amorcé une certaine rupture, notamment dans la publication de la liste des «Lions» lors des matches amicaux ou internationaux. A la place de la traditionnelle conférence de presse, l’ancien capitaine du Sénégal choisit une publication, via le site de la Fédération et sa page facebook. Une formule qui n’enchante pas l’ancien président de la Fédération sénégalaise de football (FSF). El Hadji Malick Sy «Souris», présentement à Pékin sur invitation du président Lamine Diack, considère qu’en agissant ainsi, «Aliou Cissé a commis une faute professionnelle».

Aliou Cissé qui était le capitaine des Lions à l’époque de votre présidence, est devenu sélectionneur national. Comment appréciez-vous le début de son travail sur le banc de l’équipe ?

Il ne faudrait pas commettre les mêmes erreurs qu’en 1992. Même si nous avons perdu, nous avions l’une des meilleures équipes d’Afrique. Malheureusement, cette génération n’a pas apporté son expérience au Sénégal. Elle a totalement disparu, alors que c’était de grands professionnels. Ils étaient les pionniers qu’on n’a pas utilisés. Les Oumar Guèye Sène, Thierno Youm etc. A part Lamine Ndiaye qui a fait une carrière d’entraîneur, tous les autres, pratiquement, sont dans d’autres choses. Il faut quand même utiliser les anciens professionnels qui rentrent au Sénégal. Il faut leur donner des responsabilités soit dans les régions, soit la petite catégorie etc.
Quant à Aliou Cissé, je l’ai choisi avant de choisir Metsu. Quand je suis arrivé à la Fsf, il n’était pas capitaine. C’était Pape Malick Diop avec le père de qui, j’ai joué à la Jeanne d’Arc de Dakar. Pape Malick était très fort. Mais, j’ai vu que c’est Aliou (Cissé) qui repositionnait les joueurs. Là, j’ai dit : «j’ai trouvé mon capitaine» parce qu’il aime ça. Il assume naturellement le leadership. J’ai dit à Metsu, celui-là, il faut en faire le capitaine. C’est rare de voir ça dans ce domaine. Mais, je connais le football même si je ne suis pas entraîneur.

Que pensez-vous de la méthode Cissé ?

Etre entraîneur n’a rien à voir avec être capitaine. Le capitaine tempère juste. Mais l’entraîneur, doit être un vrai imam. Il faut savoir tout gérer. Il faut qu’il (Aliou Cissé, Ndlr) soit zen. Il faut être meilleur en tout, dans le comportement, dans la façon de parler, dans la gestion du groupe. Certainement, sa personnalité va impacter le groupe. Il me semble qu’il n’a pas fait une conférence de presse pour la publication de la liste des Lions devant affronter la Namibie. C’est une faute professionnelle.

Et pourquoi ?

C’est son métier. Il est sélectionneur national. Dans tous les pays du monde, les entraîneurs viennent parler à la presse. Ce n’est pas une séance d’explication devant les médias, c’est une communication. La prochaine fois, je pense qu’il devrait aller faire face à la presse comme il est de tradition. Il n’a pas à expliquer ses choix. Il va juste communiquer sa liste.
D’ailleurs, je dois préciser que le volet communication d’un entraîneur doit être géré par un professionnel. C’est ainsi dans tous les pays du football. En 2002, nous avions Cheikh Tidiane Fall, puis Lune Tall qui nous gérait cette relation presse-équipe nationale. Ils sont du métier. Ils savaient à quel moment parler et comment le faire. Il faut que cette partie soit déléguée à un professionnel parce que le sélectionneur a d’autres choses à faire, pour éviter des conflits avec des journalistes.

Aliou Cissé utilise souvent les réseaux sociaux pour communiquer. Notamment facebook. Vous n’êtes pas d’accord avec cette forme de communication ?

Non ! Aliou Cissé (intuitu personae) peut, lui le faire. Mais là, il est sélectionneur de l’équipe nationale du Sénégal. Il est payé pour ça. C’est un agent de l’Etat du Sénégal. On ne communique pas par facebook quand on gère l’Etat. Maintenant, s’il a des affaires personnelles à passer, il n’a qu’à utiliser le moyen de communication qu’il veut. Il ne doit pas persister dans ce domaine. On ne communique pas via facebook. Sinon des Chefs d’Etat allaient faire des déclarations à la Nation via les réseaux sociaux (rires).

Il vous a rencontré depuis qu’il est nommé à la tête de l’équipe nationale ?

Je l’ai reçu une fois. Mais, nous n’avons pas encore eu le temps de discuter de certaines choses, dans le fond, de ce qu’il compte faire. Je crois qu’il va le faire parce que c’est dans son intérêt.

Comment avez-vous vécu les contreperformances du Sénégal en Guinée-Equatoriale en 2012 et en 2015 ?

En 2015, c’est l’entraîneur (Alain Giresse, Ndlr) qui nous a complètement sacrifiés. On ne chance pas une équipe en deux matches. Comment peut-on changer une équipe au deuxième match contre l’adversaire le plus faible. Il a sacrifié l’équipe. Le réflexe normal, logique aurait été de mettre sa meilleure équipe pour se qualifier après la première victoire devant le Ghana. Mais, il a fait l’inverse. C’est incroyable !

Vous discutiez avec Metsu de certains de ses choix ?

Bien sûr ! Metsu, on s’attendait. On s’est parlé avant qu’il ne signe au Sénégal. On aimait bien discuter de football ensemble. Par exemple, la façon dont on a joué à la coupe du monde 2002, on en avait déjà discuté, même si l’on avait gardé pour nous. Quand nous avons décidé de replacer Aliou Cissé devant la défense, c’est qu’on était convaincu que les grandes performances sont réalisées par les défenseurs. Les attaquants étaient visibles. Si nous avons été aussi loin au Mondial 2002, c’est parce qu’on avait une grande défense, de formidables défenseurs, Tony (Sylva), (Lamine) Diatta, (Ferdinand) Coly, (Omar) Daf, Malick (Diop), (Habib) Bèye, puis Aliou Cissé devant.

Vous êtes le dernier président coopté de la Fsf. La cooptation qui permettait à l’Etat d’envoyer au sein du Comité directeur des personnes ressources a disparu. Est-ce une bonne idée ?

J’ai été coopté trois fois. Je ne suis jamais venu à la Fsf par mon club, parce que j’avais d’autres choses à faire. Je travaillais dans l’administration. D’abord, c’est avec le grand Abdoulaye Fofana qui était coopté dans le comité provisoire et j’étais son adjoint.
Ensuite en 1992, lors de la CAN. Abdoulaye Makhtar Diop était ministre des Sports, Daouda Faye responsable de l’organisation. J’ai été coopté pour diriger la Fédé que j’ai quitté d’ailleurs, tout de suite après la défaite du Sénégal. Dix ans après (2002), j’ai été rappelé par le président Abdoulaye Wade, sur proposition du ministre des Sports, Joseph Ndong. Cette fois, on réussit. Mais, le constat, c’est qu’au Sénégal, l’échec et la réussite produisent les mêmes maux. On m’a fait partir. Et depuis lors…

Vous avez claqué la porte en pleine assemblée générale lorsque le ministre des Sports Youssoupha Ndiaye a parlé de blanchissement sans cause.

Effectivement ! C’était assez rocambolesque (rires). C’est inédit d’ailleurs. Depuis lors, je ne viens plus au stade. La dernière fois, je suis reparti pour Aliou Cissé, pour son premier match. Il y avait eu un rapport de la Cour des Comptes, mais il n’y a pas eu d’investigation et la presse n’a pas fouillé le rapport.

Pourtant si président. Sud Quotidien avait l’exclusivité de ce rapport. Nous l’avions publié ?

Effectivement. Il y a eu un non-lieu, mais le mal est déjà fait. Et jusqu’à présent, l’Etat du Sénégal ne nous a pas dit «merci». Il ne nous a jamais réuni pour nous remercier de ce que nous avons fait. Mais ce sont les aléas du sport du haut niveau. On encaisse les victoires et les défaites.