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Tidiane Kassé

Un football où l’on devient champion avec la moitié des points possibles, où le meilleur buteur marque environ une fois tous les 2,5 matches…, ce football ne progresse pas.

On a vu tomber le florilège de belles expressions sur Génération Foot. D’une presse à une autre, il n’y a pas eu assez de superlatifs pour rendre compte de ce qui demeure un exploit quasiment inédit pour tout cinquantenaire, voire tout sexagénaire féru de foot.

En effet, il faut remonter à 1964 pour rencontrer l’Us Ouakam, dernier club de Division 3 (National 1 aujourd’hui) s’offrir la Coupe du Sénégal. Rien à dire donc qui écaille un tant soit peu le succès de Génération Foot. Cela pouvait relever d’un hold-up, ils sont « passés à la caisse », offrant au public un bonheur dont les dimanches se comptent peu.

Depuis une semaine donc que la Coupe dort à Déni Biram Ndao, on peut se poser les questions d’avenir.

Au regard de son tableau de bord, Génération Foot est en avance sur ses prévisions. Cela ne saurait surprendre. Avec son niveau d’organisation, ses moyens didactiques et son attelage technique, le National ne pouvait être qu’un tremplin pour cette formation. Les préjugés sont également favorables pour la Ligue 2 qu’elle attaque les mois à venir. Si ce n’est la saison prochaine, celle qui suit devrait tenir les promesses de la logique de progression vers la Ligue 1.

Le jeu développé par Génération Foot en finale de Coupe du Sénégal élargit bien l’espace de production de sens, dans un football sénégalais où les facteurs de plaisir sont rares. Il faut cependant attendre de voir ce que cette équipe tient sous sa godasse, sa capacité à endurer et à relever les défis du haut niveau.

Pour cette finale, elle est allée au-delà des capacités du Casa Sports. Mais la fraicheur physique d’une équipe qui domine le National et compense son manque de compétition par un travail interne efficace peut frapper un tel grand coup.

Il serait intéressant de voir cette formation contrainte à la rigueur et à l’intensité de la Ligue 2, voire de la Ligue 1. Diambars est passée par là. Championne du Sénégal en 2013 en surfant sur les étoiles, l’équipe a gardé dans son Adn la recherche de la différence par le jeu. Mais son empreinte n’est plus de la première fraicheur.

Les limites des centres de formation qui accèdent à l’élite émergent vite dans un football qui ne tire pas vers le haut, et où le jeu de chaises musicales sur le podium donne une fausse impression de progrès. Un football où l’on devient champion avec la moitié des points possibles, où le meilleur buteur marque environ une fois tous les 2,5 matches, où tout le monde sait qu’il y a vingt ou trente ans les footballeurs étaient meilleurs à leurs postes, ce football ne progresse pas.

C’est le cadre qui commence à s’améliorer avec les efforts de la Ligue professionnelle, mais pas le jeu. A l’épreuve des compétitions africaines, on sent les limites.

Les progrès qu’on encense par le biais des centres de formation s’apparentent à un accident de l’histoire. Un centre de formation est comme une bourse des valeurs et l’équipe d’une saison ne résiste jamais à l’attrait du mercato. Les meilleurs seront vendus. Quand les valeurs internes ne suivent pas pour remplir les places vides et que la greffe extérieure ne réussit pas (cas de Diambars il y a deux saisons), le recul ou la stagnation s’installe.

La logique est la même pour les clubs traditionnels. Le temps n’est plus où un supporteur du Jaraaf pouvait vous réciter le onze de son club sur trois saisons.

La place des centres de formation est à discuter. Un espace peut leur être ouvert et des limites définies. Notamment dans l’accès aux compétitions africaines, voire à certains niveaux de l’élite. En Espagne, l’équipe B du Fc Barcelone, qui accueille les produits de La Masia, termine souvent aux places d’honneur de la Segunda Division qui donnent accès à la Liga. Mais il ne peut y avoir deux Barça dans le même championnat. Donc elle cède sa place.

Mais en fait, qu’est-ce qui différencie un club traditionnel sénégalais d’un centre de formation ? Peut-être le confort de la prise en charge. Sinon la logique est la même.