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«J’assume tout ce qui s’est passé à Kaolack…»

Après s’être aguerri pendant des décennies dans le monde de la lutte, Gaston Mbengue est forcément prêt à en découdre dans le football. Au cœur d’une accusation d’arrangements qui a fini de jeter l’opprobre sur lui, le président du Ndiambour de Louga a attendu le sacre de son équipe pour répondre à la hauteur des attaques subies. Et, comme à son habitude, Gaston Mbengue ne s’est pas défilé pour rendre coup pour coup.

Trois ans après que vous avez pris la tête du Ndiambour, le club vient d’accéder à la Ligue 1, avec à la clé, un titre de champion. Finalement, le projet d’en faire le Psg du Sénégal est en passe de se transformer en Monaco du Sénégal…

Maintenant, on vise même à en faire le Fc Barcelone du Sénégal !

N’êtes-vous pas en train de sauter des étapes ? Et si vous commenciez par savourer cette victoire, en Ligue 2 ?

On savoure ! La fête a été très belle au lendemain du sacre. C’est la victoire de tout Louga. C’est le résultat d’un travail collectif de tous ceux qui s’identifient à la ville, au club. A côté du président que je suis, toute la population de Louga s’est donnée à fond durant toute la saison. Ça fait 8 ans que le club était en deuxième division alors que sa place est dans l’élite. Aujourd’hui, c’est chose faite. Que cela se fasse pendant mon mandat ne peut que me réjouir, mais ce n’est pas pour autant que je vais tirer la couverture sur moi. C’est la solidarité et le travail qui nous ont permis d’en arriver là, il faut qu’on continue sur cette lancée. J’en profite de l’occasion pour remercier les sages, les marabouts, les supporters, les autorités…

« Je suis en train de mener une grande réflexion pour voir si je resterai ou pas. »

Qu’est-ce qui est à la base de la réussite de cette saison ? Peut-on supposer que vous avez dû injecter beaucoup de moyens financiers pour y arriver ?

L’argument financier est forcément à prendre en compte, mais il faut savoir que le Ndiambour n’est pas très riche. Il y a surtout la volonté, la solidarité et le travail qui sont à la base de cette réussite. C’est clair qu’on a injecté beaucoup de moyens, mais moi, quand je construis une maison, je ne fais pas beaucoup de calculs, je dépense sans compter. J’ai mis ce que je pouvais mettre, j’ai des amis qui ont mis ce qu’ils pouvaient également. La saison nous a pris beaucoup d’argent. Nous avons dépassé la centaine de millions de FCfa. Pour un club en Ligue 2, c’est énorme. Nous fonctionnons comme un club de Ligue 1. Nous payons les meilleurs salaires, nous avons logé tous nos joueurs. Nous avons essayé de les mettre dans de bonnes conditions. Il y a des autorités de Louga qui se sont investies également. C’est le cas du maire de Louga (Moustapha Diop, par ailleurs ministre délégué chargé de la Micro-finance, ndlr) mais aussi de ma sœur, Aminata Mbengue Ndiaye (ministre de l’Elevage, ndlr). Il y a également Samba Kanté, directeur de la Saed, qui nous a aidés. En dehors d’eux, ce sont mes amis qui ont fait l’essentiel. Les autres politiciens ont brillé par leur absence. Malheureusement, quand ils veulent des voix, ils font du club leur alibi, mais ensuite quand le club a besoin d’eux, on ne les voit plus.

Si vous dépassez la centaine de millions en Ligue 2, quels seront le budget et les ambitions pour la Ligue 1 ?

Pour la saison prochaine, on verra. Je ne sais pas encore si je serais toujours là. Je suis en train de mener une grande réflexion pour voir si je resterai ou pas.

Peut-on bâtir un club solide avec autant d’incertitudes ?

On en saura plus dans un mois tout au plus. Quoi qu’il en soit, c’est que le Ndiambour continuera de progresser.

Ce parcours a tout de même été entaché par des accusations voilées lors de l’avant-dernière journée, face à l’As Saloum. Cela vous a-t-il atteint ?

Dieu est le meilleur Juge. Son jugement a été déterminant. Nous nous sommes sacrifiés pendant trois ans. Nous avons tout entendu. En une semaine, beaucoup de choses fausses ont été dites, entre notre déplacement à Kaolack lors de l’avant-dernière journée (défaite 0-1) face à l’As Saloum et la dernière journée à Louga (victoire, 3-1, devant l’Etics de Mboro). Ce qui se dit n’a aucun sens. Je ne peux pas m’être battu tout ce temps pour faire monter mon club et attendre d’être si proche du but à l’avant-dernière journée pour tout jeter à l’eau. On ne peut pas empêcher les mauvaises langues de parler. Aujourd’hui, tout est clair. Non seulement nous avons réussi notre montée, mais également nous sommes champions de la Ligue 2. La vérité a triomphé.

« Je dois juste dire qu’il n’y a que les dirigeants de la Ligue de football professionnel qui ne m’ont pas appelé. »

Les rumeurs font état d’arrangement entre le président de l’As Saloum, Sidy Traoré, et vous. Pouvez-vous nous dire ce qui s’est passé pour que de tels soupçons puissent naître ?

Heureusement que vous parlez de bruit, de rumeurs. Rien ne s’est passé. J’ai la conscience tranquille. Une radio a raconté des bêtises et certains se sont mis à parler. Moi, je n’ai pas de problèmes de conscience. J’assume tout ce qui s’est passé. Je peux vous jurer que tout ce qui se raconte est faux. Comment peut-on se baser sur des rumeurs pour salir les gens qui travaillent ?

Il se dit que vous étiez descendus, avec Sidy Traoré, en plein match, pour parler au staff technique et aux joueurs. C’est peut-être ça qui a pu éveiller des soupçons d’arrangement…

Si on suit la même logique, on dira aussi qu’il y a des arrangements sur des penaltys sifflés lors de la dernière journée ou encore sur des résultats qui n’arrangent pas certains… Dans ce cas, même lors de cette dernière journée, on aurait pu aussi parler d’arrangement alors, parce que je suis également descendu parler à mon banc.

« Il y a des choses beaucoup plus importantes à éclaircir dans le football »

Mais la place d’un président, c’est dans les tribunes, non ? Qu’aviez-vous de si urgent à leur dire ?

Je suis d’accord. Mais il y a des circonstances qui peuvent expliquer qu’un président descende. Il fallait d’abord commencer par demander avant de salir mon nom. Je répète qu’il ne s’est absolument rien passé. Lors de la dernière journée, je suis encore descendu pour demander aux gens de se calmer après le match. A Kaolack également, je suis descendu avec le président de l’As Saloum pour calmer les ardeurs, car il commençait à avoir de la tension et on voulait éviter que ça déborde. Si on ne l’avait pas fait, on allait nous taxer d’irresponsables. A la mi-temps, mon équipe n’est pas allée rejoindre les vestiaires à cause de cette tension palpable. Le président de l’As Saloum n’était même pas descendu au même endroit que moi. Il n’y a eu rien d’autre. Il faut qu’on soit plus sérieux et plus élégant que ça. Nos dirigeants doivent être plus grands que ça. Je ne vis pas à partir de rumeurs. Je remercie d’ailleurs le président de la fédération, Me Augustin Senghor, qui ne fait pas partie du bureau de la Ligue de football professionnel, mais qui a été l’un des premiers à m’appeler pour me féliciter et féliciter mes joueurs. Pourtant, c’est son club qu’on a coiffé au poteau (l’Us Gorée classée 2e, ndlr). Au niveau de la fédération, tout le monde m’a appelé. Mbaye Diouf Dia (président de Mbour PC, responsable de la Petite Catégorie à la FSF) a été le premier à m’appeler. C’est un homme d’un grand cœur, qui travaille sans faire du bruit pour rien. J’ai aussi reçu les appels de Abdoulaye Sow, Amadou Kane… Je crois que si toutes ces autorités du football avaient des soupçons sur mon intégrité, elles n’allaient pas m’appeler. Je dois juste dire qu’il n’y a que les dirigeants de la Ligue de football professionnel qui ne m’ont pas appelé. Aucun d’entre eux ne s’est manifesté. Pourtant, ce sont eux qui organisent ce championnat. C’est dommage. De toute façon, ça ne me fait rien. Je trouve juste que c’est inélégant.

Vous prenez mal le fait de n’avoir pas été appelé par les responsables de la Lsfp ?

Oui. Je le prends mal. Au moment où on véhicule du n’importe quoi, ils auraient pu tirer tout ça au clair. Moi, je ne suis pas dans des magouilles ou des combines. Ceux qui font les combines se connaissent.

Justement, pour tirer tout ça au clair, que diriez-vous si la Ligue décidait de mener une enquête ?

Je suis quitte avec ma conscience. Je ne me reproche rien du tout. Ils n’ont qu’à enquêter sur leurs propres cas. Qu’ils fassent des enquêtes sur leur gestion. Il y a des choses beaucoup plus importantes à éclaircir dans le football.

Lesquelles ?

C’est à eux de le dire.