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Pape Sané, international sénégalais de 23 ans, ne veut pas brûler les étapes. L’un des grands artisans de la montée en Ligue 2 avec le Fc Bourg-Péronnas pour un bilan de 21 buts (co-meilleur buteur) et 7 passes décisives en 32 rencontres, l‘avant-centre sénégalais, en vacances à Dakar, explique dans cet entretien pourquoi il ne veut pas changer d’air en dépit de nombreuses sollicitations.

Votre contrat avec le Fc Bourg-Péronnas vient d’être prolongé. Qu’est-ce que cela suscite en vous ?
Je pense que c’est une bonne chose que de se faire prolonger par Fc Bourg-Péronnas. Cela permet d’évoluer en Ligue 2 française. C’était un souhait et cela s’est concrétisé.

N’est-ce pas manquer d’ambition que de vouloir jouer en Ligue 2 alors que d’autres clubs vous sollicitent ?
Non du tout. Je suis très ambitieux. Mais je pense qu’il ne faut pas brûler les étapes. Il n’y a pas de soucis à ce niveau. C’est vrai qu’il y a d’autres clubs étrangers évoluant en Allemagne, au Portugal en Belgique, en Turquie qui ont cherché à m’enrôler. Mais je n’ai pas envie de changer d’air pour l’instant. Je ne veux pas rencontrer des problèmes d’adaptation. Je n’ai pas envie d’aller dans un autre pays parce que ce sera difficile pour moi. Parce que je vais tout recommencer. Je suis bien en France, j’ai envie de continuer en France ma progression. Parce que la Ligue 2 c’est un bon niveau professionnel. Mon souhait est d’évoluer en Ligue 2 pour continuer ma progression.  La Ligue 2  est aussi bien suivie à l’extérieur.

Vous semblez vous complaire en Ligue 2 ?
Non, il y a des paliers à gravir. Je ne peux pas dire que j’ai atteint les sommets. L’essentiel pour moi est de commencer une nouvelle saison d’une belle manière et de continuer à bosser et à progresser. En début de saison, je n’y m’attendais pas. Je croyais que je n’allais pas faire une bonne saison et être meilleur joueur de National 1 et co-meilleur buteur avec  21 buts. C’est un réel plaisir pour moi.

Au-delà du maintien que vous visez certainement, quel sera votre ambition personnelle pour cette nouvelle saison ?
Je ne veux pas faire moins que ce que j’ai réussi. Si j’arrive à réussir de belles choses avec mon club, comme j’ai réussi à le faire la saison dernière, là je pourrai changer de pays, aller vers d’autres destinations. Pour l’instant je reste en France.

Si on vous demande de comparer la Nationale 1 et la Ligue 1 sénégalaise où vous avez eu à évoluer avec le Casa Sports et le Jaraaf…
Je dirais que la Nationale 1 est plus physique, plus tactique et ça va plus vite. On n’a pas le temps de réfléchir. L’écart est très grand entre le niveau de la Nationale 1 et celui de la Ligue 1 sénégalaise. Au Sénégal, on fait face à un problème d’infrastructures. Et les clubs font face à des problèmes de moyens. En France, le joueur dispose d’un préparateur physique. Dans mon club, à chaque mercredi, nos poids sont vérifiés. On contrôle notre alimentation et puis on a droit à des massages, des bains chauds etc… Il y a une grosse différence.

Justement, un mot sur vos deux anciens clubs, Casa et Jaraaf…
Je ne peux que les remercier. Parce que le Jaraaf, c’est mon club formateur. Au Casa Sports, je me suis épanoui. Franchement, j’ai été bien accueilli là-bas. Demba Ramata est un coach que je remercie aussi. J’ai été champion du Sénégal avec le Casa Sports lors de l’unique saison où j’ai joué là-bas. J’ai fait toute ma formation au Jaraaf. Le Jaraaf est en difficultés, mais j’espère qu’ils vont se maintenir. L’équipe a de bons joueurs dont l’expérimenté Pape Ciré Dia. J’espère qu’ils vont s’en sortir. En début de saison, le Casa Sports était en difficulté, mais là ça va mieux. Il faut savoir que j’ai rejoint le Casa parce que je n’avais pas un temps de jeu suffisant au Jaraaf où j’ai évolué en cadet, junior et senior.

Un entraîneur sénégalais qui vous a marqué ?
Je me rappelle de mon coach au Jaraaf Lamine Dieng. Il avait dit que je serai l’attaquant du futur. Il m’estimait. Je ne jouais pas beaucoup au Jaraaf lorsqu’il est arrivé sur le banc de l’équipe, mais le premier jour de son entraînement, il a demandé qui est celui-là ? Les gens ont répondu que je suis junior. Il a ajouté : je viens d’arriver, je ne te connais pas. Mais je suis convaincu que tu as les qualités pour devenir professionnel. Et que si tu bosses bien, tu deviendras professionnel. Et il m’a dit une chose que je ne vais jamais oublier : «tu seras le futur attaquant des Lions». Je lui ai répondu en rigolant que je ferai tout pour le devenir.

Et la Tanière, vous y pensez ?
Je ne suis pas pressé d’intégrer la Tanière. C’est à moi de faire mes preuves pour mériter la confiance de l’entraîneur. Comme l’a dit Aliou  Cissé, la porte est ouverte à tout le monde. Il faut seulement faire ses preuves et j’espère que mon heure va sonner. Tout joueur sénégalais rêve de porter le maillot national. De servir son pays. Mais je ne pense pas trop à l’Equipe nationale. Je pense à ma carrière. Les Diafra Sakho sont passés en National, en Ligue 2 avant d’atterrir en Premier League.  Je veux donc faire comme Diafra. Peut-être que d’autres portes vont s’ouvrir.  J’ai été sélectionné en Equipe nationale locale pour jouer  contre l’équipe A du Chili où il ne manquait que Alexis Sanchez et Vidal. Les Chiliens nous ont battus par 2 à 1, j’étais l’auteur du seul but de mon équipe. C’était 2012.

Est-ce Aliou Cissé a les moyens d’apporter à l’équipe du Sénégal ce que les autres techniciens n’ont pu réussir avec les Lions ?
Pour moi, Aliou Cissé est l’homme de la situation. Ce que j’aime chez Aliou Cissé, c’est son caractère. Il ne se laisse pas faire. Et pour moi cela a son importance. Il y a beaucoup d’équipes favorites sur le papier mais c’est sur le terrain que tout se décide. Il n’y a plus de petites équipes. J’espère que le Séné­gal va se qualifier pour la Can 2017. Dans le groupe K, je ne vois pas une équipe qui pourrait l’arrêter.

La qualification des Juniors en demi-finale du Mondial U20 peut-elle créer le déclic du  football sénégalais ?
C’est un groupe à conserver qui peut valoir des satisfactions au Sénégal dans un avenir proche. On peut remporter une coupe d’Afri­que avec cette équipe. Ils ont du talent. Il faut bien gérer ce groupe, c’est des joueurs qui peuvent connaître  une très grande carrière. C’est une bonne chose pour le football sénégalais. Et puis une demi-finale en Coupe du monde, on ne l’aura pas tous les jours.