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Idrissa Gueye, le milieu de terrain du LOSC, a été désigné, sans discussion, joueur régional de la saison par la rédaction de «La Voix des Sports».Le Sénégalais succède au palmarès à Marko Basa. C’est la récompense d’une belle régularité et du talent d’un joueur appelé à partir sous d’autres cieux.

Idrissa, quelle est votre réaction au moment de remporter ce trophée de joueur régional de la saison ?

«Ça fait plaisir! Je ne m’y attendais pas du tout. J’ai vu que l’année dernière, c’était Marko Basa qui l’avait gagné. Quand je l’ai appris, j’étais super content. C’est un encouragement pour continuer comme ça. Ça me fait dire que je suis dans le droit chemin.»

Avant vous, ce sont des symboles comme Eden Hazard, Dimitri Payet ou Marko Basa qui l’ont emporté…

«Ce sont de très grands joueurs qui sont passés au LOSC. Je vais essayer de faire comme eux, de tracer mon chemin, même si je ne suis ni Eden Hazard, ni Dimitri Payet. Je suis plus un joueur qui progresse tranquillement, qui suit son bonhomme de chemin sans griller les étapes.»

Est-ce que vous venez de vivre votre meilleure saison ?

«Oui, cette saison, j’ai vraiment passé un cap. J’ai enchaîné les matchs et les bonnes performances, j’ai marqué plus de buts, fait plus de passes décisives. J’ai apporté davantage à mon équipe que lors des années précédentes.»

Vous avez beaucoup joué, sans jamais être blessé, quel est votre secret ?

«Franchement, je ne fais pas trop attention à ce que je mange. Je pense juste à bien récupérer. J’essaie toujours de bien dormir. Sinon, je continue à voir mes potes, à avoir une vie normale en dehors du foot. J’ai juste un rituel, c’est d’aller me faire masser deux jours avant le match. Sinon, il n’y a rien de particulier.»

Quand on interroge vos proches, un point revient souvent, c’est qu’il ne faut pas vous déranger pendant la sieste…

«Ah, c’est sûr! Là, vous me dérangez (rires). J’aime bien dormir juste après l’entraînement. Je mange et je monte dormir.»

Revenons sur la saison lilloise, qu’en avez-vous pensé ? Êtes-vous déçu ?

«Oui, je suis déçu parce qu’on aurait pu finir mieux, mais je suis quand même satisfait de la deuxième partie de saison qu’on a pu faire. C’est dommage qu’on ne se soit réveillé qu’en deuxième partie de saison. On aurait pu aller chercher l’Europe, voire le podium. Je suis un peu déçu parce que j’aime gagner. Ça fait un peu mal…»

Cette saison, Salomon Kalou et Pape Souaré, vos deux meilleurs amis, ont quitté Lille, comment l’avez-vous vécu ?

«On était super proches, on se retrouvait souvent pour aller manger dans des restaurants africains, ou chez l’un, chez l’autre. Au début, c’était compliqué de les voir partir, mais bon… Il me restait quelques potes. Je m’entends super bien avec tout le vestiaire, mais j’étais toujours avec Ryan(Mendes) ou Soualiho (Meïté). On est restés soudés. Après, c’est le football qui est comme ça. Moi aussi plus tard, je suis peut-être amené à partir. Les autres aussi… Le plus important, c’est de toujours rester en contact. C’est ce qu’on a réussi à faire. Salomon, je suis allé le voir en Allemagne, Pape pas encore, parce qu’on joue souvent en même temps…»

Kalou, c’est quelqu’un qui vous a beaucoup aidé à progresser ?

«Oui, c’est vrai. On va dire qu’on s’est entraidé. Lui, quand il est arrivé, il a connu quelques difficultés, il a été critiqué. C’est lui qui est venu vers moi, qui m’a parlé. J’ai trouvé ça sympa et surprenant. Un nom comme Salomon Kalou, c’est quand même pas n’importe qui. J’en ai parlé avec mes potes, je ne comprenais pas trop pourquoi il venait vers moi (sourire). Le feeling est bien passé, il s’est rabaissé à mon niveau et à tous les entraînements, il me parlait.»

Qu’est-ce qu’il disait ?

«Ce qu’il me répétait tout le temps, c’était de gérer mes efforts. Il me disait ça pour pouvoir progresser offensivement. Il n’arrêtait pas de me dire ça. Moi, de mon côté, je l’ai aidé un peu aussi. Quand le public le sifflait, il n’était pas très bien. Je lui disais de ne pas s’en faire, que l’important, c’était de marquer des buts. Lui, il voulait trop en faire, alors parfois, il perdait des ballons. Après les entraînements, on bossait un peu ensemble, c’était sympa pour tous les deux.»

Est-ce que c’est le meilleur joueur que vous ayez connu ?

«Non, pour moi, le meilleur, c’était Eden Hazard. À l’entraînement, il n’en faisait pas plus, il était là sans être là, mais en match, il était capable de faire la différence à tout moment. C’est un vrai joueur de foot! Salomon, à l’entraînement, c’était un peu pareil. C’est le genre de joueurs qui n’ont pas besoin de bosser, ils ont déjà toutes les qualités pour être bon. Moi, j’ai besoin de courir, de me sentir prêt physiquement pour être bien le jour du match. Je suis quelqu’un qui aime travailler, tout ce que j’ai eu, je l’ai gagné tout seul.»

Vos bonnes performances vous ont mis en avant sur le plan médiatique, comment gérez-vous cela ?

«J’ai du mal à parler à la presse, je n’aime pas trop ça. Je suis timide et je n’ai pas confiance en moi face à la presse. Je travaille avec quelqu’un dans ce sens-là aussi. Ça me permet d’être plus à l’aise. Il faut s’ouvrir, parler, c’est important pour un joueur de football. Je suis beaucoup plus ouvert cette année que les années précédentes. Ça fait partie du métier de footballeur, j’essaie de l’intégrer dans la vie quotidienne.»

Quel bilan tirez-vous de vos années lilloises? Que représente Lille ?

«C’est ma base! Lille, le club, tout. Tout a commencé ici. J’ai eu la chance d’avoir mon premier contrat, mes premiers salaires, ce sont des choses qui marquent. Je reviendrai toujours à Lille, j’ai une attache pour la région et ça restera toujours, même si je suis amené à partir.»

Vous êtes devenu un vrai Chti ?

«(avec l’accent) Ouais, hein! (rires) C’est ma deuxième maison et puis maintenant, je mange de la sauce Maroilles, je suis vraiment un Chti! Une entrecôte bien cuite avec la sauce Maroilles, c’est délicieux!»

Vous venez du quartier populaire de la Médina, cela vous a-t-il aidé à vous forger un caractère ?

«Déjà, je n’ai plus peur des coups, parce que des coups, tu en prends tout le temps! Et puis, je jouais toujours pieds nus. Je n’y arrivais pas avec des crampons. Quand j’ai signé dans une école de foot, ma mère m’a acheté des crampons, mais je n’y arrivais pas. Dès que l’entraîneur ne regardait pas, j’enlevais mes chaussures, et là, ça allait! (rires)»

À quel moment avez-vous pensé à devenir professionnel ?

«Je ne sais pas. Tout petit, je jouais au foot pour jouer au foot. C’est à Diambars qu’ils nous ont un peu donné cette mentalité de savoir qu’on était là pour faire notre vie. Après quelques années, quand des clubs viennent, tu te rends compte qu’il y a des choses à faire et tu te mets vraiment à travailler.»

Qu’en est-il de votre avenir ?

«Comme je l’ai toujours dit, je suis en contrat au LOSC jusqu’en 2018. Après, il y a des contacts, il y aura des offres, il faudra tout étudier et voir ce qui me convient le plus. Voir l’offre qui me permettra de grandir, de franchir des étapes et qui collera à mes ambitions. Mais je suis bien au LOSC et si je suis amené à rester ici, ce n’est pas la fin du monde. Mais tout le monde sait que l’Angleterre est un championnat qui m’attire, même si je ne suis pas fermé aux autres championnats.»

Peut-on vous voir dans un autre club en France ?

«Non, je ne me l’imagine pas. Quitte à rester en France, autant rester à Lille !»

Vous êtes-vous fixé une date limite avant laquelle vous prendrez votre décision ?

«Non, pas forcément. Je ne me prends pas la tête avec ça. On en parlera au moment venu. Tranquillement, on fera un choix, soit de rester, soit d’emprunter un autre chemin.»

Mais au fond de vous, vous devez tout de même avoir une volonté, quelle est-elle ?

«J’ai envie de changer, j’ai envie de grandir, de passer des étapes. Mais je ne force à rien. Je ne pars pas pour partir. Si ça se fait, tant mieux, si ça ne se fait pas, il n’y aura pas de problèmes.»