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Mame Birame Diouf
Mame Birame Diouf célébrant son but contre l'Egypte

Les « Lions » ont pris ce match par le bon bout en marquant d’entrée (7ème mn). Globalement, ils ont bien maîtrisé la situation par la suite, se payant, il est vrai, quelques sueurs froides, mais rien de bien méchant au bout du compte. C’est que, malgré quelques difficultés dans sa mise en pratique, le dispositif mis en place par Alain Giresse (3 défenseurs axiaux, deux milieux défensifs, deux excentrés, un milieu offensif et deux attaquants) a beaucoup gêné les Egyptiens, surtout en première mi-temps. En fait de difficultés, les excentrés ont rarement eu le rendement offensif attendu d’eux, et la liaison milieu – attaque n’était pas des plus huilée. Si bien que les « Lions » ont eu peu d’occasions. Heureusement que la première a suffi à dégoupiller la situation et à les propulser en phase finale.
Bouna Coundoul, le portier et capitaine sénégalais a passé une soirée plus tranquille que redoutée. Juste quelques balles relativement chaudes à négocier et il s’en est bien sorti.
Kara Mbodj, Djilobodji et Salif Sané qui composaient la défense centrale à trois ont encore tiré leur épingle du jeu. Jamais mis à défaut dans le jeu aérien (c’est la moindre des choses pour ces grands gabarits), ils ont également été intransigeants dans le jeu au sol.
Cheikh Mbengue et Stéphane Badji, les excentrés ont chacun joué une mi-temps plutôt acceptable. Autant le premier s’est plutôt bien débrouillé lors des 45 mn, autant ses « absences » après la pause ont failli coûter cher au Sénégal.  Si bien qu’aucun centre n’est venu de son côté. Quant au second, comme bridé en première mi-temps, il s’est montré un peu plus offensif en deuxième avec, cependant des centres jamais bien dosés.
Idrissa Gana Guèye et Cheikhou Kouyaté, en sentinelles devant la défense, ont bien joué leur rôle de tampon. Mais, si le premier a abusé du jeu latéral, le second s’est illustré par ses montées balle au pied qui ont souvent fait la différence. Assurément, Kouyaté a réussi l’un de ses meilleurs matches en sélection.
Pape Kouli Diop, en meneur de jeu, n’a pas assez joué en profondeur, « ignorant » par deux fois d’intéressants appels de Sadio Mané. Mais a beaucoup couru, au point de perdre de sa lucidité. On lui doit cependant le but sénégalais puisque c’est sur son centre que Mame Birame Diouf a marqué. Il a été remplacé par Alfred Ndiaye (73ème mn) qui n’a pas toujours utilisé à bon escient sa puissance physique.
Sadio Mané et Mame Birame Diouf, le duo d’attaquants, ont posé beaucoup de soucis aux Egyptiens. Le premier par ses décrochages et ses départs balle au pied, le second par sa puissance et son activité débordante. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien que, carbonisé, il a été remplacé (78ème mn) par Diafra Sakho qui n’a pas eu le temps de s’illustrer.

Que c’est beau des « Lions » qui rugissent…
Le Caire : Dans le vestiaire sénégalais, dans le « ventre » du stade national du Caire et à l’hôtel, Fairmont Heliopolis, les joueurs sénégalais ont savouré, à sa juste valeur, leur qualification à la Can 2015, aux dépens de l’Egypte. Aucun n’a boudé le plaisir de s’être imposé en territoire hostile et tous ont déjà en tête la dernière rencontre de mercredi prochain à Dakar, face au Botswana. Et plus loin, la Can que le Sénégal retrouve après avoir manqué la précédente en Afrique du Sud.

Cheikhou Kouyaté (milieu de terrain) :
« C’est un gros sentiment de fierté qui nous habite. Nous savions que ce ne sera pas facile, surtout après les intimidations lors de la séance d’hier (vendredi). Mais, cela nous a plutôt motivés. C’est sûr que Sam Allardyce ne sera pas content, parce qu’en venant en regroupement, il nous (avec Diafra) avait souhaité la défaite. On n’espère pas se blesser pour pouvoir, au moins, disputer la Can ».

Pape Kouli Diop (milieu de terrain) :
« On essaie de se concentrer sur chaque coup-franc, parce qu’on sait que c’est important dans ces genres de matches qui, en général, se jouent sur des détails. Nous avons eu la chance de marquer sur notre premier coup franc. Aucun joueur n’aime être sur le banc. J’ai essayé de répondre aux attentes du coach. Il m’a titularisé contre la Tunisie et j’avais fait un bon match. Mais malheureusement, nous avions perdu. Et là, si nous avons gagné, c’est parce que l’équipe a sorti un vrai match.

Idrissa Gana Guèye (milieu de terrain) :
« C’est tout à fait normal qu’on soit bousculé à un moment donné par des Egyptiens qui jouaient chez eux. Mais, nous étions venus pour avoir un résultat et nous l’avons eu, la manière en plus. Nous allons maintenant nous concentrer pour le dernier match qu’il nous faudra gagner pour espérer prendre la première place de notre poule. Mais, l’essentiel qui était de se qualifier est fait ».

Alfred Ndiaye (milieu de terrain) :
« L’essentiel était de nous qualifier et nous l’avons réalisé. Il nous reste un match et il ne faut rien lâcher. La Guinée équatoriale rappelle un mauvais souvenir, mais les groupes ne sont pas les mêmes. Nous voulons écrire une nouvelle page de l’histoire du football sénégalais ».

Diafra Sakho (attaquant) :
« Je suis fier de ce qu’on a réalisé lors de ce  match de  qualification. On s’est battu pour le peuple sénégalais et on ne peut qu’être content de ce qui s’est passé. Nous pouvons nourrir des ambitions pour la Can parce que nous avons les joueurs qu’il faut. C’est à nous de montrer à tout le monde que nous avons des moyens de faire de bonnes choses. Il est temps que le Sénégal gagne la Can ».

Sadio Mané (attaquant) :
« C’était difficile, mais nous avons été solidaires et nous avons été récompensés à l’arrivée. Contre le Botswana, il faudra gagner ce match. Pour la Can, le désistement du Maroc n’est pas pour nous déstabiliser, nous sommes prêts à aller partout. Je fais partie des nominés au Ballon d’or, mais je n’y pense pas trop. Pour moi, le plus important, c’est l’équipe ».

Salif Sané (défenseur) :
« J’ai encore joué dans l’axe central, mais cette fois dans une défense à 3. Et ça n’a pas été difficile. C’était plutôt tranquille et nous avons géré. Pour moi, ce sera une première de disputer une Can. Nous allons essayer, une fois là-bas, de donner le meilleur de nous-mêmes. Et pourquoi pas gagner cette Can ».

Kara Mbodj (défenseur) :
« Pour le moment, nous savourons la victoire et la qualification. Ce qui nous permettra de plonger vite dans le match contre le Botswana, qu’il nous faut gagner. Notre objectif était de nous qualifier. Nous devons poursuivre le travail afin d’être prêts. Il faut que nous continuions à travailler dur pour réaliser de bonnes choses ».

Pape Ndiaye Souaré (défenseur remplaçant) :
« On ne réalise même pas ce qu’on vient de faire. Je ne suis pas déçu de m’être retrouvé sur le banc. Il reste encore un match, mais la qualification est déjà acquise. Et c’est l’essentiel. On va maintenant se concentrer pour terminer en beauté les matches de poule ».

Mamadou Bâ (gardien de but remplaçant) :
« J’avais annoncé que nous allions éliminer l’Egypte et c’est fait. Nous allons savourer notre victoire et après, préparer le match de mercredi contre le Botswana. Cette équipe est soudée et elle veut aller loin. Il faut que les gens soient patients. Nous pouvons faire de bonnes choses en Guinée équatoriale.»

Lignes libres : Guinée équatoriale, revoici les « Lions »…
Le Caire : Les « Lions » retourneront donc en CAN, l’année prochaine, après avoir raté la précédente édition en Afrique du Sud. Et pour pimenter la chose, ce retour à la lumière se fera en Guinée équatoriale, là même où ils avaient touché le fond, en 2012. Trois défaites en trois matches de groupe. Soit un inédit zéro pointé qui avait entrainé des prolongations d’un mauvais goût, avec le limogeage du sélectionneur national d’alors, Amara Traoré et tous les développements qu’il y avait tout autour.
Une déroute qui n’avait pas été sans rappeler celle, tout aussi célèbre de « Caire 86 », où malgré une génération particulièrement talentueuse de footballeurs et un départ canon face à l’Egypte, pays hôte (victoire 1 – 0 en match d’ouverture), le Sénégal n’avait pas passé le cap des rencontres de groupe. D’où un certain symbolisme lié à cette qualification acquise … au Caire même. « Là où on l’attendait le moins », pour reprendre l’expression de Me Augustin Senghor, le président de la FSF. Et aux dépens de l’Egypte, recordman au nombre de victoires en CAN, avec 7 titres, qui, en plus, était dos au mur puisqu’ayant besoin absolument de s’imposer pour maintenir vivant son rêve de ne pas manquer une … troisième CAN d’affilée. La preuve, son coach, Shawky Gharib, avait soutenu avant la première journée et son match de Dakar face aux « Lions » qu’il n’était pas question que son équipe ne se qualifie pas à la CAN 2015.
Pourtant, la réalité est bien là : ce sont la Tunisie et le Sénégal, dans un ordre final qui sera déterminé mercredi à l’issue de la 6ème et dernière journée, qui ont d’ores et déjà décroché leur billet. Une qualification avant terme donc, comme pour la CAN 2012 déjà en Guinée équatoriale. Mais la comparaison ne devrait pas aller au-delà. Car, dans deux mois, il faudra définitivement chasser le fantôme de Bata, la capitale économique du seul pays hispanophone d’Afrique où les « Lions » avaient bu le calice jusqu’à la lie. Au moins, les « Lions » n’iront pas cette fois en campagne la fleur au fusil, comme ce fut le cas en 2012, lorsque forts de leur parcours sans faute en éliminatoires, ils s’étaient presque mis dans la peau de favoris avant même le coup d’envoi de la compétition. L’actuel groupe n’est certes peut-être pas, intrinsèquement, moins doué que son prédécesseur pour ne pas dire plus. « Techniquement, nous avons la meilleure équipe d’Afrique », s’est même plu à dire un officiel de très haut niveau, il y a quelques semaines. Cependant, « le football ce n’est pas que cela », pour paraphraser quelqu’un qui avait eu la maladresse de parler ainsi d’un certain type de footballeur.
Oui, ce groupe est de qualité. Mais il traine encore quelques insuffisances dans le jeu, même si sa prestation d’ensemble de samedi au Caire a été assez encourageante. Pour le retour en CAN et en Guinée équatoriale, il faudra cependant encore hausser le niveau et apprendre à bien gérer un tournoi qui n’a souvent que de lointaines ressemblances avec les éliminatoires. Faute de l’avoir compris, le Sénégal était passé à côté de son sujet. On ose espérer que la leçon a été retenue.

L’homme du match : Mame Birame Diouf, terreur des Egyptiens
Le Caire : Ce Diouf leur rappellera certainement un autre Diouf dont ils avaient appris à retenir le nom : « Hag Diouf », ainsi qu’ils appelaient El hadj Diouf du temps de sa splendeur. Encore que l’ancien joueur de Lens, Liverpool et Bolton entre autres clubs ne leur a jamais fait aussi mal que ce Mame Birame Diouf. Au premier jour des éliminatoires de la Can 2015, c’est le buteur de Stoke City (Premier league anglaise) qui avait annoncé leur calvaire en se jouant de Sherif Ikramy à la 17ème mn sur un service en profondeur de Dame Ndoye. Samedi au stade national du Caire même, il a encore été leur bourreau en frappant encore plus tôt en reprenant de la tête, dès la 7ème mn, un coup franc superbement tiré par Pape Kouli Diop. Anéantissant tous les espoirs égyptiens de se relancer dans la course à la qualification pour « Guinée équatoriale 2015 ».
Mais, le héros du jour a refusé de tirer la couverture à lui. «Je suis content d’avoir marqué ce but qui offre la qualification au Sénégal. C’est une victoire collective car nous avons bien défendu », a-t-il si justement déclaré en fin de match.  Et pour cause, il n’a pas rechigné aux tâches défensives, prêtant main forte à ses partenaires dans tous les compartiments du jeu. Au point de se retrouver complètement lessivé et de céder sa place à Diafra Sakho à 12 mn de la fin. Il pouvait aller se reposer. Il avait encore frappé là et quand ça fait mal. Cet autre Diouf, les Egyptiens ne sont pas prêts de l’oublier.

Matar Bâ, ministre des Sports : « Je viens de virer tous les arriérés de salaires »
Le Caire : C’est un ministre des Sports aux anges qui a accueilli la qualification des « Lions » à la prochaine Can. Pour Matar Bâ, « nous avons été meilleurs et nous pouvions même mettre d’autres buts ». Une bonne raison donc pour lui de féliciter les joueurs et l’encadrement qui a été « à la hauteur ». Surtout qu’après avoir marqué « très tôt », les joueurs « ont bien géré le match jusqu’à la fin ». Ce qui, à ses yeux, est une bonne chose, puisque ce n’était pas toujours le cas par le passé.
Matar Bâ a profité de la joie collective pour faire une belle annonce : « Je viens de faire un virement à la fédération pour qu’on prenne en charge les arriérés de salaires des entraîneurs du Sénégal ». Dans la foulée de ces dispositions, le ministre des Sports a également promis que « l’Etat est disposé à mettre les moyens qu’il faut » dans la préparation de la prochaine Can afin de « faire circuler des ondes positives dans la Tanière ». Car, selon lui, aucune équipe africaine ne peut malmener les « Lions » pendant 90 minutes. Ce qui fonde sa conviction que le Sénégal ira à la prochaine Can avec la « possibilité d’avoir quelque chose là-bas ».