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Respectivement attaquant et défenseur dans l’équipe réserve de l’Atlético Madrid, Momar  Ndoye et Fallou Gallas Wade ont passé au peigne fin leur saison avec le champion de la Liga espagnole. Par ailleurs, les deux Colchoneros ne comprennent pas pourquoi ils tardent toujours à intégrer.

Entretien croisé

Comment avez-vous atterri à l’Atletico Madrid ?

Momar : J’étais avec mon frère en Espagne en 2007. J’évoluais dans une petite équipe avec laquelle les dirigeants m’ont vu à l’oeuvre. Et, après des tests qui ont duré 6 mois, j’ai intégré l’Atletico Madrid.

Fallou : J’ai passé des tests au CNEPS de Thiès organisés en 2008 par Lamine Savané. Le directeur sportif du club était présent et je lui ai tapé dans l’oeil. C’est ainsi que j’ai eu mon ticket pour rejoindre l’Atletico Madrid. Auparavant, j’étais élève au Centre sauvegarde de Cambérène, candidat au BFEM. Mes parents insistaient beaucoup sur les études. C’est mon prof d’éducation physique qui m’a suggéré de faire des tests.

Racontez-nous un peu la vie en club…

Momar : Ce n’est ni bon ni mauvais. Quand on est noir, on doit beaucoup se battre. Si vous ne travaillez pas mieux que les autres, on risque de vous oublier. Il faut toujours se démultiplier. Après, il faut aller suivre des cours pour maîtrise la langue. Le racisme existe, même si je ne le sens pas.

Fallou : Il y a des Sénégalais. De temps en temps, on mange notre ceebu jën. C’est nousmêmes qui faisons la cuisine. Et comme l’a dit Momar, on est tenu de doubler les efforts pour faire la différence. C’est ce qu’on a fait pour arriver dans l’antichambre de l’équipe qui a joué la finale de la Ligue des Champions.

Quelle appréciation faites-vous du football espagnol ?

Momar : C’est un jeu rapide fait de courtes passes. Ce n’est pas comme en France ou en Angleterre. Le ballon circule vite et le jeu est porté vers l’avant.

Fallou : J’aime beaucoup le football anglais car il est plus rythmé. Seulement, le football espagnol va au-delà de tout ça. C’est plus tactique et technique. Quand on assimile le football espagnol, les autres championnats deviennent faciles. Ici, on ne cherche pas le beau jeu, mais le placement sur le terrain.

Comment se passe la cohabitation avec des stars comme Diego Costa ?

Momar : Ils sont biens et simples. Souvent, on s’entraîne avec eux. Ils nous conseillent  e faire plus d’entraînements. Ils nous considèrent comme leurs petits frères.

Fallou : Ils n’ont aucun problème. Ils sont simples et abordables. En dehors de ce qu’on voit à la télé, ce sont des gens normaux qui s’amusent. On se chambre beaucoup entre nous. Vraiment, à ce niveau, il n’y a pas de souci.

Êtes-vous satisfait de votre saison ?

Momar : Après la saison, on a fait le bilan. Dans l’ensemble, je suis satisfait.

Fallou : C’est positif, en dehors de notre filiale, ce n’était pas évident. En un moment donné, on était en bas de tableau. Certains de nos éléments ont intégré l’équipe première. On en a beaucoup souffert. Finalement, on s’en est sorti. On a joué le maintien là où l’équipe première a joué la Ligue des Champions. Maintenant, toutes les catégories de l’Atletico Madrid jouissent d’un grand respect. Partout où on se rend, on nous respecte.

Comment voyez-vous votre avenir en club ?

Momar : C’est évident qu’il y a la concurrence, comme partout, mais on va continuer à se donner à 100% en s’entraînant dur même si c’est le coach qui choisit. Il a toujours le dernier mot. On prie Dieu de nous venir en aide pour la suite de notre carrière.

Fallou : Il nous reste un an en tant que joueur réserve. C’est à eux de voir si on va devenir pros. À notre niveau, il s’agira de garder la forme. Jusqu’à présent, le club compte sur nous. Ce n’est pas parce que le club a besoin de vous que vous y restez. C’est aussi à nous de voir ce qu’il y a de mieux pour nous. Et s’il faut partir jusqu’en Ukraine, il faut le faire. En regardant certains championnats, je me dis que je peux jouer dans tel ou tel autre club.

Comment avez-vous vécu le titre de champion d’Espagne que votre club a remporté 18 ans après son dernier sacre ?

Momar : C’était super pour nous tous de remporter le titre de champion. On a perdu la finale de la Ligue des Champions. De tout temps, on ne parlait que du Barça et du Real Madrid. Il fallait changer les choses. Nous avons fait une belle saison. On a perdu la finale de la Ligue des Champions, c’était dur. On avait les jambes lourdes.

Fallou : On était content, et tout le monde portait notre maillot. Quand les enfants grandissaient, ils demandaient souvent à leurs parents : «Je suis d’où ?» (comme club de référence). Ils ne savaient pas quoi les répondre car on ne gagnait jamais. Ces enfants-là ont grandi et c’est la première fois qu’ils voient leur équipe gagner le championnat. Ils ont maintenant une identité remarquée. C’est vraiment émotionnel. Nous avons raté le doublé championnat – League des champions. Mais, nos joueurs se sont blessés au mauvais moment. C’est la loi du sport.

On va terminer avec l’équipe nationale Olympique du Sénégal, pourquoi vous n’y êtes pas ?

Momar : Cela ne dépend pas de nous. On ne peut rien dire. Si le coach fait appel à nous, on viendra. Ils doivent venir nous superviser en club. Dans le cas contraire, on ne se fâchera pas. Mais on mérite plus de respect de la part de nos dirigeants.

Fallou : Que ce soit l’équipe olympique ou A’, parfois je me dis que c’est insensé. Nous sommes des joueurs de l’Atletico Madrid. On nous doit un minimum de respect. Cela fait 6 ans qu’on est en formation en Europe, on s’est tué pour intégrer l’équipe réserve. Il  nous reste un pas à faire pour intégrer l’élite. Notre gardien de but joue dans l’équipe A du Maroc, Kader en Tunisie. D’autres joueurs vont dans les sélections de moins de 20 ans. Ils reçoivent tout le temps des convocations. Ils nous demandent souvent : est-ce que vous êtes des Sénégalais ? Mais, nous voulons aussi participer à la construction de l’avenir de l’équipe du Sénégal. Ce n’est pas uniquement par chance que nous sommes à l’Atletico, nous avons mérité notre place. Même pour un match amical, on est partant. J’ai eu à dîner avec Aliou Cissé, c’est un excellent entraîneur, le dernier mot lui revient. On est prêt, même pour l’équipe nationale. Nous ne sommes pas des binationaux, ni des tri-nationaux. Nous sommes des Sénégalais pure souche.

©Stades