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Même s’il a pris sa retraite internationale, Diomansy Kamara suit avec un intérêt particulier l’évolution de l’équipe nationale du Sénégal. Le sociétaire d’Eskisehirspor (D1 Turquie) reste optimiste pour la  qualification des Lions à la prochaine CAN-2015. Entretien

Diomansy, à 33 ans, quel avenir vous donnez-vous ?

Pour l’instant, je suis en reflexion. J’arrive en fin de contrat avec mon club. Ils m’ont proposé une prolongation que j’ai refusée. Parce que ça fait trois ans que je suis là-bas. Aujourd’hui, j’ai besoin de découvrir un nouveau challenge. Là, je profite des vacances au Sénégal avec la famille, les amis, les cousins. Le mercato est encore long, nous étudions toutes les propositions qui se présentent. On aura le temps de donner une suite à tout ça.

Pourquoi avez-vous refusé cette proposition ?

J’ai fait trois ans dans ce club. Là, il y a certaines équipes turques qui m’ont approché. J’ai mis une quarantaine de buts en trois saisons. On est arrivé en finale de la Coupe de Turquie que nous avons perdue contre Galatasaraay. Je pense que c’est un cycle et si les cycles finissent, il faut savoir partir à temps avant que ça ne soit trop tard. J’ai laissé une bonne image et là, j’ai envie de découvrir autre chose.

La Turquie n’est-elle pas une destination par défaut ?

Non, je ne pense pas. J’ai joué plus de dix ans en Europe de l’Ouest. 4, voire 5 ans en Italie et 8 en Angleterre. Quand la Turquie est venue, j’étais déjà en fin de contrat à Fulham. Je suis parti voir les infrastructures du club. Lors de ma première année, on a fini 5ème, on a joué la Coupe d’Europe. Je pense que pour moi la Turquie n’était pas un choix par défaut. C’est aller dans les pays du Golfe qui est de jouer sa carrière. Mais, la Turquie est pour moi une très bonne destination avec des matchs assez élevés. Aujourd’hui, ce championnat enregistre l’arrivée de certains grands joueurs notamment Didier Drogba, Schneider et autres. C’est vrai que ce championnat n’a pas le niveau de l’Angleterre, mais c’est mieux pour moi. La qualité de vie de ce pays musulman me plaît énormément. C’est important pour moi de pouvoir pratiquer ma relegion normalement.

N’avez-vous pas déconseillé Issiar Dia de se rendre au Qatar puisque vous n’aimez pas ce championnat ?

J’ai vainement déconseillé Issiar Dia quand il a pris la décision de partir au Qatar. On en a longuement discuté avant qu’il ne parte. Ce n’est pas que je n’aime pas les pays du Golfe, mais si un footballeur souhaite y aller, il doit vraiment être en fin de carrière. Quand on connaît la qualité du joueur, je dis encore une fois, ce championnat qatari n’était pas le plus indiqué pour Issiar. Il a reçu une grosse proposition. Il a fait le point avec son entourage et il a décidé d’y aller sans problème. Mais personnellement, je l’avais déconseillé d’y aller aussi jeune.

Quelle est la différence entre les trois championnats que vous avez connus ?

Le championnat Italien est très tactique. C’est vrai que j’y étais dans les années 2000. Pendant ce temps-là, c’était l’un des meilleurs championnats au monde avec toutes les grandes stars telles que Roberto Baggio, Del Pierro, Zinedine Zidane, Rivaldo. C’était un championnat très tactique. Après, le championnat anglais, en tant qu’attaquant avec les espaces qui se créent, c’était le top. Chaque footballeur rêve de jouer un jour ou l’autre en Angleterre. Pour la Turquie, c’est un championnat assez physique. On peut se faire du plaisir parce qu’il y a aussi assez d’espaces.

Quelle appréciation faites vous de la saison des Sénégalais d’Europe ?

Pour la plupart, les Sénégalais jouent dans de grands championnats européens. J’étais surpris par le petit qui joue à Nantes (Djilobodji). C’est une des surprises du championnat. On peut parler également de Sadio Mané qui a fait une très bonne saison avec son club autrichien. Moussa Sow a été champion avec Fenerbahçe, sans oublier Demba Bâ qui a fait une bonne saison même s’il ne jouait pas souvent à Chelsea.

Personnellement, êtes-vous satisfait de votre saison ?

Bien sûr que oui. C’est vrai que je n’ai pas marqué autant de buts que les deux dernières saisons. Là, je n’ai marqué que 5 buts avec 6 passes décisives. On est quand même arrivé à une finale de Turquie. Une chose qui n’est plus arrivée depuis trente ans. Sur le plan individuel, j’aurais pu marquer plus.

Le départ d’Alfred Ndiaye à Seville n’a-t-il pas affecté votre équipe ?

On était déçu de son départ parce que c’est un pion essentiel  de l’équipe, avec un énorme potentiel. Malheureusement, il avait un différend financier avec le club et il a dû quitter le navire avant. On avait perdu aussi notre défenseur central qui s’est blessé aux ligaments en janvier. Ces deux pertes ont affecté l’équipe.

Quelles sont les vraies raisons de votre retraite internationale ?

Il n’y a pas de vraie ou fausse raison de mon départ de l’équipe nationale. Dans ma tête je dis que chaque chose a un début et une fin. Quand je venais en équipe nationale, j’avais 21 ans et je l’ai quittée à 31 ans. Il faut savoir laisser la place aux autres. En 10 ans, j’ai eu une soixantaine de sélections, j’ai fait ce qui était de mon ressort. Mais, c’était l’occasion pour moi de partir, surtout avec l’arrivée des Olympiques qui avaient fait bonne figure aux derniers JO de Londres avec le petit Sadio Mané qui arrivait. Moi, je ne suis pas quelqu’un qui s’accroche. Quand je sais que c’est le moment de partir je n’hésite pas. C’est pour cela qu’au Sénégal et un peu partout on me respecte parce que j’ai su me retirer au bon moment. Je n’ai pas attendu d’être sur les rotules ou d’être sur le banc pour quitter la sélection. Je suis parti par la grande porte et je suis content de cette décision.

Votre non-sélection à la CAN- 2012 a-t-elle précipité votre décision ?

C’est vrai que j’étais très déçu. Je ne m’y attendais pas. j’avais fait les éliminatoires avant que ce petit coup de massue ne tombe sur moi. Mais après, je dis que c’est un mal pour un bien quand on voit tout ce qui s’est passé làbas. C’était même peut-être mieux que je n’y soit pas allé, même si j’avais envie d’y être. Cela a aussi précipité ma décision, mais aujourd’hui, je ne le regrette pas.

Êtes-vous prêt à revenir sur votre décison ?

Non, cela est entériné depuis lors. Je ne prends jamais une décision à la légère. Le football sénégalais m’a énormément apporté, aussi bien au niveau footballistique qu’au niveau social. J’espère pouvoir le représenter à nouveau mais pas en tant que joueur. J’ai tourné cette page.

Pensez-vous que le Sénégal pourra se qualifier à la CAN- 2015 ?

Le Sénégal va sortir de son groupe. Aujourd’hui, s’il y a un Sénégalais qui ne croit pas en cette équipe, il doit changer de nationalité. Nous avons un très bon groupe avec de très bons joueurs et un bon coach. Sur le plan sportif, on est mieux que l’Égypte et la Tunisie qui sont en reconstruction. Après, il va falloir mettre ça en application sur le terrain.

Faites-vous confiance à Alain Giresse ?

Franchement oui. C’est un bon coach. Malheureusement, ça lui paraît difficile au Sénégal parce qu’il n’a pas encore une équipetype. Il a eu des résultats avec le Gabon et le Mali. Il a aussi fait deux demi-finales de Coupe d’Afrique. C’est l’entraîneur idéal pour l’équipe nationale du Sénégal. Il faut le laisser travailler en paix. Et on doit tirer tous vers le même côté. Moi, je ne veux pas qu’on dise qu’il n’a pas d’identité de jeu ou que c’est le roi des matchs nuls. Non, Alain Giresse travaille sérieusement et il faut le laisser continuer son boulot. Il faut absolument que le Sénégal se qualifie pour la CAN-2015.

Qu’est-ce qui ne va pas dans cette équipe du Sénégal ?

Il manque un leader. On a de bons footballeurs, mais pas quelqu’un qui pourra haranguer la troupe. C’est ce capitaine comme Aliou Cissé qui manque au Sénégal. il manque rééllement des hommes de personnalité. À mon époque, il y avait Ferdinand Coly, Aliou Cissé, El Hadji Diouf, Khalilou Fadiga, Salif Diao. Des hommes qui avaient un certain caractère et une culture de la gagne. Malheureusement, c’est ce qui manque aujourd’hui à cette équipe du Sénégal.

Que faut-il faire pour que l’équipe retrouve un leader ? 

Ça c’est inné. On a de très bons joueurs avec d’énormes qualités. Il faut dire que le fait de jouer pendant un an en dehors du Sénégal ne leur a pas facilité la tâche. C’est une très bonne chose d’être proche du peuple et de ses supporters. Cela peut galvaniser les hommes.

Suivez-vous la Coupe du  monde 2014 ? 

Je la vis en Afrique. Même si le Sénégal n’est pas qualifé, on suit la compétition avec une attention particulère.

Quelle appréciation faites vous des prestations des pays africains ?

On est déçu par la prestation des équipes africaines hormis la Côte d’Ivoire qui a gagné son premier match contre le Japon. Au niveau comptable, ce n’est pas le top pour les équipes africaines.

Qu’est-ce qui explique cela ?

C’est le très haut niveau. Les équipes sont meilleures que nous. Quand on voit le Nigeria faire match nul vierge avec l’Iran, on dit qu’il y a problème dans le football africain. Le champion d’Afrique en titre n’arrive pas battre une nation comme l’Iran. Je dis qu’on doit se poser des questions. J’espère qu’une ou deux équipes pourront sortir des matchs de poule pour honorer le continent.

Pourtant les joueurs africains évoluent dans le plus haut niveau des championnats  euroépens…

Bien sûr. Un joueur comme Yaya Touré qui est l’un des meilleurs milieux au monde, qui joue actuellement à Manchester City, est très bon. Mais au niveau tactique, on pèche souvent. La preuve, l’Algérie a joué très bas contre la Belgique. Dans le football moderne, l’enthousiasme ne suffit pas. Il faut d’autres qualités. Malheureusement, on n’en a pas.

Les frasques ne sont-elles pas à l’origine des déboires des équipes africaines ?

C’est l’éternel problème en Afrique. Le Cameroun avec ses histoires de primes. On n’entend jamais ces choses-là dans les sélections européennes. En Afrique, il y a toujours cet amateurisme qui fait qu’on n’avance pas. On ne parle que de futilités. Si ce n’est pas les questions de primes, c’est une histoire de brassard. On risque de contiuer à être en retard par rapport aux écuries européennes.

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