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Il est de ces joueurs pour qui le football se conjugue au temps des idéaux. Jeu, fidélité, fondamentaux. Mansour Ayanda est fait de ce bois. Ce bois qui forge la classe des joueurs d’un autre rang. Joueur de cœur et de charme, l’actuel membre du staff technique du Jaraaf a, après avoir soulevé des foules d’ici et d’ailleurs, décidé de partager ses acquis. Au détour d’une séance d’entraînement au stade Demba Diop, qui lui a si souvent servi de jardin, Ayanda nous ouvre ses souvenirs et ses cœurs : Kussum, Jaraaf, ballon. Place au jeu !

LE PRESENT

«Présentement, je travaille avec le Jaraaf. D’habitude, je ne restais pas longtemps à Dakar, j’étais le plus souvent dans les pays du Golfe, au Koweït, notamment. J’y ai passé une partie de ma carrière de joueur et j’y ai laissé de bons souvenirs. Mais maintenant, je suis derrière Abdoulaye Sarr, pour apprendre et profiter de sa grande expérience. J’ai intégré le staff technique du Jaraaf. Ici, nous travaillons en équipe derrière l’entraîneur principal, Abdoulaye Sarr et son adjoint Amadou Diop «Boy Bandit». Et petit à petit, le travail que nous effectuons est  en train de porter ses fruits, aussi bien pour le compte de l’équipe que pour chacun de nous, sur le plan individuel. Actuellement, j’ai une vie tranquille. Après les entraînements, je suis en famille, chez moi à Sacré-Cœur, sinon à la Médina où j’ai grandi.»

LES DEBUTS

«Ma carrière a débuté auprès d’Ass Diack. J’ai eu la chance d’avoir été formé au football dès le bas âge. J’ai intégré l’équipe des minimes du Jaraaf quand j’avais 8 ans. J’ai joué au sein de toutes les catégories du club. Mais, c’est avec l’Asc Kussum de la Médina (Navétanes) que je me suis fait réellement découvert, pendant que j’étais encore en catégorie Junior au Jaraaf. C’est de là que je me suis forgé une réputation avant de rejoindre l’équipe première du Jaraaf. A l’époque, j’étais très jeune. D’ailleurs, après avoir explosé en «Navétanes» entre 1988 et 1989, on m’a emmené à Toulouse, en France, pour y rejoindre le centre de formation, mais le Jaraaf n’avait pas laissé l’affaire prospérer, car j’étais parti sans respecter les règles de l’art. Il y a eu beaucoup de bruit par la suite autour de mon voyage et je suis revenu au pays. A mon retour, j’ai disputé quatre matches de championnat et j’ai été convoqué en équipe nationale par Claude Leroy, je n’avais pas encore 20 ans. Ma première sélection, c’était Sénégal – Sierra Léone, en 1989. Je suis entré en cours de jeu et j’ai inscrit un but. Par la suite, j’ai eu plusieurs sélections en équipe nationale, car même si je n’ai pas disputé de compétition internationale comme la Can, j’ai disputé plusieurs éliminatoires ainsi que des matches amicaux et les tournées qu’on effectuait un peu partout.»

LA SELECTION

«L’équipe nationale nous était, à l’époque, d’un très grand apport. Cela nous avait permis d’avoir beaucoup d’ambitions et de travailler d’arrache-pied pour rejoindre l’équipe nationale. On donnait tout notre possible pour y accéder. Un joueur sans un passage en sélection nationale, c’était un joueur à qui il manquait encore beaucoup trop de choses. Aujourd’hui, la donne a changé. C’est peut-être parce que le niveau a baissé, mais on ne voit plus un joueur local accéder à l’équipe nationale A.»

LA CARRIERE D’EXPAT

«J’ai commencé par l’Arabie Saoudite. L’équipe nationale était à Dubaï pour une tournée, c’était fréquent à l’époque, et un agent m’a repéré et proposé un grand club saoudien, Al Shabab. J’ai accepté. J’ai fait 7 saisons à Al Shabab, puis j’ai rejoint Al Khadissia, ensuite je suis allé au Koweït, dans deux grands clubs. D’abord, deux ans au Koweït Club avant de terminer ma carrière à Al Arabic. Ce choix de jouer dans les pays du Golfe m’a certainement empêché de jouer en Europe, mais c’était mon destin. J’avais des qualités qui auraient pu me permettre de réussir dans les grands championnats européens, mais dans la vie, chacun suit son étoile. Je ne regrette pas ce passage de ma vie, surtout que j’y avais trouvé mon compte sur le plan financier. J’y ai aussi évolué sous les ordres de grands techniciens comme le Français Jean Fernandez ou le Brésilien Carlo Santana.»

LES AUTRES

«Je n’avais pas d’idole. Je ne m’identifiais pas à un joueur en particulier. Concernant les joueurs sénégalais que j’ai vu jouer après moi, je constate qu’il y a quelqu’un comme El Hadj Diouf qui me ressemble le plus. Je trouve que nos qualités se rapprochent, notamment dans la prise de balle, l’audace technique… A part lui, je pense à Pape Ciré Dia (Jaraaf), parmi les joueurs locaux. Quand tu le vois appréhender un ballon, tu sens nettement la différence avec la plupart des autres joueurs. Ce qui manque à ces derniers, c’est la possibilité de répéter les bonnes performances. Ils doivent aussi avoir une meilleure relation avec le ballon. La balle a un cœur, il faut l’apprivoiser pour pouvoir l’envoyer où l’on veut, comme on veut. C’est ce que des joueurs comme Cristiano Ronaldo ou Messi ont compris.»

LE CARNET SOUVENIRS

«Il m’arrive souvent de rencontrer des gens qui me rappellent des matches que j’avais même oubliés. Mais, mes deux prestations qui me reviennent le plus souvent, c’est d’abord le match Jaraaf-Jeanne d’Arc, en 1991 pour le compte de la finale de la Coupe du Sénégal et Jaraaf-Us Rail en 1992, en quart de finale de la même compétition. Ce qui était impressionnant, le journaliste Abdoulaye Diaw a d’ailleurs l’habitude de le dire, c’est que j’avais inscrit deux buts quasi identiques lors de ces deux rencontres. Pratiquement, je peux dire que ceux qui n’avaient pas vu le but de 1991 ont pu se rattraper l’année suivante. C’était sur une reprise de volée à l’entrée de la surface de réparation, après un centre de Moussa Badiane. Les deux buts étaient identiques à tel point que c’était le même passeur. La carrière de joueur est faite de hauts et de bas, mais jusqu’à mon départ pour les pays du Golfe, je procurais du plaisir au public du football sénégalais qui me le rendait bien.»

LE MIROIR

«Ma première qualité, c’est la maîtrise technique que j’avais. Cela m’aidait à me sortir de toutes les situations compliquées. Cela me permettait aussi d’avoir une certaine polyvalence dans les différents postes de l’animation offensive. J’avais aussi une bonne qualité en matière de technique de frappe. Jusqu’à présent, Abdoulaye Sarr (entraîneur du Jaraaf) me dit que même maintenant, je frappe mieux que la plupart des joueurs actuels. Mais c’est le résultat de ce qu’on a appris dès le bas âge. Quand on n’acquiert pas certaines techniques en étant enfant, on ne peut plus se rattraper avec l’âge. Il faut revenir à ces préceptes, apprendre aux enfants le b-a-ba, l’art du contrôle, de la passe, du déplacement, de la frappe… Les techniciens aussi doivent faire l’effort de renouveler leurs connaissances, d’aller faire des stages, rencontrer d’autres réalités afin de progresser, eux-aussi, pour faire progresser leurs joueurs.

Quand j’étais joueur, mon défaut, c’est qu’à mes débuts, je ne respectais pas trop les entraînements. Pour moi, le football s’arrêtait au statut de loisir. Certains dirigeants me sermonnaient et me reprochaient le fait que je jouais encore au football de rue. C’était ma passion. Quand je quittais les entraînements au Jaraaf, je terminais le soir au quartier à jouer sur le bitume avec des amis. Il m’arrivait même de sécher des séances d’entraînement, pour jouer au quartier avec mes gars. Je peux même dire que c’est ma passion pour mon Asc, Kussum, qui a quelque peu freiné mon ascension. J’avais fait la promesse que tant que je n’avais pas offert un trophée à mon Asc, je n’allais pas l’abandonner pour aller jouer en championnat. J’ai tenu promesse. J’ai été l’acteur principal de la première coupe qu’on a remportée en marquant au moins un but à chaque match, alors que l’année précédente, nous avions échoué en finale. Cela a forgé en moi un esprit de compétiteur. C’est pourquoi, je ne suis pas d’avis, comme certains, que les «navétanes» influencent négativement sur l’essor du football national. Le football reste le même, tant que les joueurs gardent la même discipline et jouent pour les mêmes idéaux.»

LE LEGS

«La plupart des joueurs de l’équipe actuelle du Jaraaf ne m’ont pas vu jouer. Mais ils ont tous eu écho de mes performances et me questionnent à ce propos. Certains ont des parents qui leur ont parlé de moi. Cela crée une relation de confiance entre nous car il n’y a pas que moi qui ai un passé au sein du staff technique. Aujourd’hui, il n’y a pas un technicien au Sénégal qui a un passé aussi glorieux que celui de Abdoulaye Sarr (ancien entraîneur de l’équipe nationale A, avec laquelle il a atteint notamment les demi-finales de la CAN 2006 (Égypte), sans compter le fait qu’il est celui qui a le plus duré sur le banc de l’équipe nationale en tant qu’entraîneur adjoint) par exemple. Que dire de Boy Bandit qui a été capitaine de l’équipe nationale ? Les joueurs se sentent en confiance et savent qu’ils peuvent, tous les jours, apprendre et progresser avec ce staff. Du coup, ils sont très réceptifs. Souvent, je leur dis de redoubler d’efforts, car ils peuvent être amenés à partir à l’étranger. Et dans ce cas, ils devront s’astreindre à un volume de travail beaucoup plus intense que ça. Quand tu vas à l’étranger, tu travailles trois fois plus. Le fait d’avoir dans le staff des gens qui ont ce vécu international, mais aussi chez leurs coéquipiers, aide beaucoup les joueurs et il leur suffit d’écouter pour s’en tirer à bon compte.»

iGFM