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Seul Sénégalais à jouer dans le championnat professionnel argentin, Lamine Diagne veut creuser son chemin et sortir de l’anonymat sud-américain. A 20 ans, l’attaquant de Baracas Central n’a que deux objectifs : décrocher un contrat en Europe et intégrer la Tanière.

Il en rêve depuis tout petit. Porté par la flamme du Mondial 2002, à l’image de milliers de gamins de son âge à l’époque de la glorieuse aventure asiatique des « Lions » de Bruno Metsu, Lamine Diagne voyait les fibres de son destin emprunter la voie royale de la Tanière, l’un des objectifs qui guident aujourd’hui son aventure sud-américaine. « J’ai toujours rêvé de défendre les couleurs de mon pays. Je pense que cela devrait être l’objectif de tout Sénégalais qui aime son pays, où qu’il soit. J’aime le Sénégal et je me battrai toujours pour cela », lance-t-il, l’air quelque peu désolé. Si ses propos sont sans ambiguïté, le jeune attaquant de 20 ans voit de jour en jour les portes de l’équipe nationale se refermer, sans même qu’il n’ait le temps de caresser un bout de ce rêve pour lequel il sue tous les jours. Car dans la lointaine Argentine, le natif de Diourbel sait qu’il n’a que très peu de chance de goûter à ce bonheur suprême d’inscrire son nom dans les annales du football sénégalais.  « Depuis que je joue, je n’ai jamais eu de contact avec les responsables du football sénégalais. On aurait aimé que les gens s’intéressent à nous, parce qu’on joue dans un championnat très difficile. Je suis convaincu que s’ils viennent en Amérique latine, ils trouveront de bons joueurs, qu’ils essaient au moins », dit le buteur de Baracas Central, auteur de 12 buts en 8 matches de deuxième division argentine.

Loin des radars médiatiques qui tissent la toile des champions, Lamine Diagne ne perd toutefois pas espoir de porter un jour le maillot de l’équipe nationale du Sénégal. Le joueur, qui va fêter ses 21 ans le 19 avril prochain, voudrait bien croire que la lumière s’allumera un jour, comme ce destin hors du commun qui l’a conduit jusqu’au pays de Maradona. Un parcours atypique et un voyage très, peut-être même trop précoce pour un minot de son âge. Eloigné de la chaleur et de la tendresse maternelles, Lamine débarque, à l’âge de 13 ans, en Argentine, un monde où le climat, la barrière de la langue, la culture et le mode de vie présentent tout ce qu’il y a d’hostile. Et c’est en « aventurier », sans doute destiné à une carrière de « Modou-Modou », que son oncle le « confie » à un parent, « parce qu’il voulait que j’aide ma mère puisque je suis son fils aîné », explique-t-il. Le début a été difficile. Il fallait être très fort mentalement pour pouvoir s’en sortir. C’est quelque chose qu’on ne peut pas expliquer, il faut le vivre pour le comprendre réellement. Parfois, on a envie de tout laisser, mais quand on pense à ce qui nous a poussé à venir, on trouve toujours la force de continuer », poursuit le Diourbellois. Malgré les difficultés, Lamine a su vaincre ses angoisses pour tracer son propre chemin. « J’aurai pu faire un autre métier, mais j’ai dit à mon entourage que c’est le foot qui m’intéressait. J’ai alors fait des tests à Veles et l’entraîneur m’a dit que je lui plaisais », confie-t-il.

Depuis son entrée au centre de formation de Veles, Lamine Diagne n’a cependant jamais cessé de valser de club en club. De Veles au National de Monte Video (Uruguay), des All Boys à San Telmo, et après un passage de six mois à la réserve du mythique club de River Plate, le longiligne attaquant a déposé à nouveau ses valises à Baracas Central pour s’offrir une petite stabilité qui pourrait peut-être lui ouvrir les portes de l’Europe, comme son ancien coéquipier à Veles, l’international sénégalais Ibrahima Baldé. Le joueur est en fait convaincu que seul ce voyage pourrait donner de la crédibilité à son talent et forcé le regard des techniciens de l’équipe nationale. « Pour être vu, il faut évoluer en Europe. Je pense qu’un joueur qui quitte l’Amérique latine peut jouer n’importe où, parce qu’il n’y a pas de football plus dur que celui qui y est pratiqué. Mon objectif est de quitter le championnat argentin et rejoindre l’Europe pour avoir la chance de jouer un jour pour mon pays », soutient-il.

Lesoleil